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Sommet CEE-Afrique : libéralisme contre développement

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

par Pascale Castro-Belloc

Un premier sommet Union Européenne - Afrique devrait prochainement voir le jour. L’idée, lancée par le Portugal, est de régler les problèmes créés entre les deux continents par l’introduction de l’euro, et d’élaborer de nouveaux accords commerciaux.
En effet, les accords de Lomé, considérés comme trop protecteurs pour les pays africains bénéficiaires, et contraires à une véritable libéralisation des échanges, sont remis en cause par plusieurs pays européens et les USA.
Mais à ces projets s’en ajouteront d’autres, encore plus rentables ! Dans les coulisses, les deux continents scelleront leur amitié dans le sang, car les perspectives sont probablement, essentiellement militaires.
Sur 53 pays africains, plus de la moitié sont en guerre. Ces conflits ont coûté huit milliards de dollars à l’Afrique australe pour 1998, un centième des dépenses militaires mondiales (800 milliards de dollars). Pendant ce temps, le groupe britannique British Aerospace (numéro 3 mondial) a réalisé un chiffre d’ affaires défense de 10,09 milliards (dollars) tandis que la France a vendu pour 7,6 milliards (euros) d’armements.
Jacques Chirac a exprimé son soutien à la proposition portugaise le 4 février dernier. Cet appui conforte l’amitié franco-lusitanienne dont le Président français s’est fait le chantre. Lisbonne a donné, il est vrai, des gages de sa bonne volonté en réservant un accueil favorable à la déclaration franco-britannique de Saint-Malo.
Conclue en décembre 1998, cette dernière fait état d’un accord qualifié d’« historique » par Tony Blair, pour doter l’Union Européenne d’une « capacité autonome d’action, appuyée sur des forces militaires crédibles, avec les moyens de les utiliser et en étant prête à le faire afin de répondre aux crises internationales. »
Cette stratégie permettrait à l’Europe de surmonter ce double défi que M.Chirac évoquait à Saint-Malo : « l’emploi » et « l’affirmation de l’Union européenne sur la scène internationale, avec une véritable politique étrangère et une défense que les Européens soient capables de mettre en oeuvre eux-mêmes.
Les amitiés européennes se renforcent donc sur fonds de stratégies communes de défense et d’armements qui dessinent clairement les intérêts réels de la tenue d’un tel sommet !
Gageons que les complexes militaro-industriels (CMI) sont déjà là, embusqués dans les travaux préparatoires.
Pour la façade médiatique, une solution sera cherchée à la diminution continue des aides octroyées par les pays du G7 au titre de l’aide au développement, qui représentent 0,22% du PNB en 1997 alors qu’elles étaient de 0,25% en 1996 et de 0,33% en 1992.
Ou encore, on discutera toujours entre amis, de l’application européenne du document adopté en 1996 par les pays membres de l’OCDE « Le rôle de la coopération pour le développement à l’aube du XXIe siècle » dont l’objectif est de réduire de moitié d’ici à 2015 la proportion de personnes vivant dans l’extrême pauvreté.
Les matières premières seront évoquées et de nouveaux accords commerciaux envisagés, moins favorables à l’Afrique que ceux de Lomé, mais restant tout de même à la faveur prétendue du plus pauvre et pour conclure, les participants se féliciteront de leur entente cordiale.

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