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Il paraît que les farandoles ne tuent pas... sauf le féminisme !

mercredi 1er août 2001, par Nicolas Bégat

Par Maggy Grab

La répétition de la ronde, action menée par les féministes pour la manifestation du vendredi 20 juillet à Gênes a donné lieu, lors de la conférence de la session sur le genre, dans le Forum Social, à une mascarade orchestrée sous les caméras des télévisions italiennes.

En tant que féministe avérée, je me faisais une joie de prendre part lors du Forum Social de Gênes à la conférence, organisée par l’association Donne Contra, dédiée au genre et sous le thème « femmes et mondialisation ». Le programme me semblait fort prometteur...En invitée d’honneur, était affichée la présence de Lucia Marina Dos Santos, du mouvement des Sans Terre et Starhawk, une Américaine connue pour son engagement dans la lutte pacifique.
Avant même que le débat ne s’installe, une agitation se propage sous la tente, lieu de discussion et enceinte annexe du grand forum. Les invitées, les organisateurs ainsi que le public se lèvent sous le mot d’ordre « que table rase soit faite ». La salle est nettoyée de toutes les chaises faisant obstacle à ce qui se dessine petit à petit comme un futur lieu de cérémonial. L’espace vidé, la procession peut enfin commencer. En tête de cortège Starhawk, érigée en grande prêtresse, et judicieusement munie d’un tambourin à clochettes, enseigne la danse qui formera l’action des femmes durant la manifestation du vendredi. Le mouvement n’étant qu’une marche devant dessiner un escargot, le problème se portait plus sur le rythme de la chanson ainsi que sur les paroles qu’il fallait fredonner... En espagnol, je vous prie ! (et pourquoi ne fut-il pas question de chanter dans toutes les langues du monde ?) Au demeurant, il ne s’agit pas d’une tâche bien compliquée. Les mots-cultes sont « um nuevo mundo es possible » (un nouveau monde est possible). Les voilà donc, nos joyeux tourneurs, se donnant la main, formant un escargot sur le rythme d’un tambour à clochette et psalmodiant, cette phrase hautement transcendantale « un nouveau monde est possible ». Mais à qui donc est destinée cette ronde de l’amour et de la non-violence ? Que ne furent pas ma surprise et ma colère quand je découvrais que toute cette mascarade n’avait pour objet que d’alimenter le sujet de la télévision italienne du soir. Soumettons-nous à un exercice simple de projection du journal de 20 heures. Imaginons le présentateur télévisuel, sur fond d’images finement sélectionnées pour l’illustration, lisant son script sur lequel est écrit : « Cet après-midi, les féministes se sont livrées à une répétition de la farandole qui sera l’expression de leur révolte, lors de la manifestation de vendredi, contre les prises de pouvoir des grandes puissances multinationales et expriment aussi leur refus de la libéralisation mondiale, tandis que les syndicats, eux, ont, enfin, décidé de mettre en place une union sacrée et de former une action européenne lors des prochaines revendications sociales, etc. ». La scène est affligeante, non ?

Quid du féminisme ?

Où sont passées les discussions sur la pauvreté qui touche massivement les femmes et les problèmes de la dette dans les deux-tiers des pays du monde ? Et les débats sur les mutilations corporelles des femmes ? Et qu’en est-il de ce qui se passe dans le domaine de la contraception en Italie depuis l’élection de Berlusconi (voir émission de Cyberfemmes du 15 septembre) ? Et je vous épargne tous les problèmes auxquels s’est confrontée l’organisation de Donne Contra pour obtenir une plage horaire pour la mise en place d’une session sur le genre... Il paraît que la farandole ne tue pas mais...elle assassine le féminisme.

Quand il y a encore de l’espoir

Etant d’une nature plutôt optimiste, je m’assois pour assister au débat qui doit enfin avoir lieu, les caméras de télévision vacant à présent sous d’autres tentes à la recherche de sujets qui ne peuvent être que plus prolixes. Lucia Marina Dos Santos a à peine un temps de parole de dix minutes qu’elle est, on ne sait trop comment, évincée de la scène pour laisser place à la grande prêtresse de tout à l’heure... La fameuse Stathawk. Le débit de parole de cette Américaine pour nous expliquer en quoi elle est une sorcière et son histoire de la lutte féministe depuis les années 70, me semble n’avoir aucun rapport avec le thème annoncé. Il m’est facile de m’interroger au vu du temps qu’elle a passé à un discours sans fin en nous comptant tous ces combats de guerre aux Etats-Unis...Etre affligée, énervée, outrée sont des sentiments à mon opinion des plus légers à ressentir face à ce simili forum sur les femmes.

Quand il n’y a plus d’espoir

D’un optimisme sans fin, je lis, de retour à Paris, les "lignes d’Attac". L’article traitant de Gênes, du côté femmes, fait bien état du succès de la réunion qui a eut lieu du 15-16 Juin, rassemblant un grand nombre de féministes du monde entier. Mais de la farandole et de la danse de l’escargot, il n’est question ! Les féministes d’Attac se sont finement désengagées d’une critique qui aurait bien été constructive.

En conclusion, moi je dis qu’il ne sert à rien d’organiser un forum sur le genre si on ne sait pas bien chanter !

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