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Québec

L’économie sociale est solidaire

mardi 2 avril 2002, par Dominique Foufelle

A Trois-Rivières, au Québec, une poignée de féministes décidaient il y a plus de dix ans de prendre l’illettrisme à bras le corps. Elles sont aujourd’hui à la tête d’une palette variée d’entreprises d’économie solidaire créées par leurs propres stagiaires, majoritairement des femmes.

Plus de 3 500 personnes travaillent dans une des 625 entreprises de l’économie sociale au Québec. Les garderies, les coopératives forestières ou d’habitation, les services d’aide domestique, les troupes de théâtre… forment le gros des activités couvertes par le secteur. Mais, qui lit économie sociale doit comprendre économie solidaire à la Française, car, au Québec, "notre" économie sociale est qualifiée de "vieille".
Le Centre d’organisation mauricien de services et d’éducation populaire (COMSEP), créé il y a quinze ans par douze femmes dont l’activité principale était la cuisine, représente aujourd’hui un des fleurons de l’économie sociale outre-Atlantique. Organisme sans but lucratif, le COMSEP favorise la création d’emplois par l’éducation populaire. Conscientes du taux élevé d’illettrisme (au Québec, on préfère dire analphabétisme, une personne sur quatre est concernée dans le territoire du Grand Trois-Rivières, à 100 km au sud-ouest de Québec), ces femmes ont décidé de développer des formations pour lutter contre l’exclusion. Selon une de ses membres, "dans la lutte contre la pauvreté – ce sont les femmes qui sont le plus affectées -, l’économie sociale est incontournable."
Aujourd’hui, aidées pour moitié par des subventions d’Etat, elles sont propriétaires de plusieurs bâtiments qu’elles louent aux entreprises qu’elles accompagnent, à des prix très modestes. Ainsi, analphabètes, handicapé-es, itinérant-es, immigré-es, familles monoparentales, populations pauvres, âgées, ex-psychiatrisées, assistées sociales, toutes personnes exclues de fait du marché du travail, bénéficient de formations longues adaptées pour créer, à terme, leurs propres emplois. Une fois l’emploi créé, les salaires décidés sont plus élevés que dans le privé : 11$ canadiens de l’heure pour un-e ébéniste au lieu de 8$, 13$ contre 9 pour une couturière.

Activités multiples


Le COMSEP organise également des activités connexes comme l’accès libre à Internet dans différents lieux, un comptoir vestimentaire, un journal quotidien, un service de restauration… Près de 4000 personnes participent chaque année à ces activités et plus de 400 en sont membres. 125 y sont bénévoles dont 80% de femmes.
Parmi les fiertés de Sylvie Tardif, l’une des fondatrices, l’ébénisterie, fondée en 1999 et dans laquelle une quinzaine de personnes travaillent quotidiennement. Spécialisée dans la fabrication de meubles en bois, elle vend sa production aux particuliers comme au secteur privé. Elle fabrique également des piquets pour les clôtures, exportés aux Etats-Unis.
Chaque personne en stage est encadrée par un coordinateur, lui-même issu de la filière et une psychologue répond aux demandes des personnes en difficulté. Bien d’autres activités sont orchestrées par le COMSEP, comme l’usine de couture, un atelier de stylistes, un autre de conditionnement de café équitable et évidemment Bouff’elles, restaurant hors pair, qui accueille, chaque jour, plus de 30 personnes. "On essaie de décider les menus de façon participative", explique la diététicienne. Ce qui caractérise tou-tes les employé-es : leur optimisme ! Comme le souligne Josée, une autre fondatrice, "avoir un emploi, même pas rémunéré, c’est déjà énorme !".

Promouvoir les alternatives de travail


En 1995, le COMSEP a créé ECOF (Economie communautaire de Francheville) dont la mission est d’améliorer les conditions de vie des personnes défavorisées "socio-économiquement et/ou faiblement scolarisées". ECOF fait également la promotion de formules alternatives de travail qui allient à la fois la formation et la réinsertion, et la production de biens et services utiles à la collectivité. ECOF sensibilise la population et plus particulièrement les milieux économiques institutionnels et politiques.
Partie prenante dès 1995 de la campagne " du pain et des roses " contre la pauvreté et les violences faites aux femmes, le COMSEP était totalement impliqué dans la Marche mondiale des femmes. D’ailleurs, ses fondatrices se disent féministes. A noter une originalité : le COMSEP a mis en place un groupe "femmes" mais aussi un groupe "hommes "…

COMSEP 749, rue Saint-Maurice - Trois-Rivières (Québec) G9A3P5
Tél. : (819) 378-6963 – Fax : (819) 378-0628
mailto : comsep@tr.cgocable.ca

P.-S.

Joëlle Palmiéri

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