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L’endettement des pays pauvres, aubaine des pays riches

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

par Pascale Castro-Belloc

Le remboursement des dettes assujettit les politiques économiques africaines aux orientations que leur imposent les pays développés. Ceux-ci se penchent sur des solutions qui tendraient à diminuer le montant de ces dettes. Il n’est apparemment pas question de les annuler comme le demandent les dirigeants africains réunis en Ethiopie, ainsi que de nombreuses ONG. Les Plans d’Ajustement Structurel ne sont pas remis en cause, alors qu’ils détériorent dramatiquement, l’indice de développement humain de tous les pays endettés.

« Un choix entre le diable et l’océan », « timides et loin d’être adéquats » ! telles sont quelques unes des expressions entendues à Addis Abeba (Ethiopie) lors de la conférence organisée par les dirigeants Africains, du 6 au 8 mai, pour qualifier les « efforts » des nations créditrices pour réduire la dette africaine de 350 milliards de dollars.
L’Initiative des Pays Pauvres très Endettés (IPPE), élaborée en 1996 par la Banque Mondiale et le Fonds monétaire international (FMI),, est dans le collimateur des décideurs Africains. M. Zenawi, Premier ministre éthiopien, déclare« ce que je trouve inacceptable dans cette initiative et dans la plupart des autres initiatives de réduction de dette, c’est qu’elles sont utilisées comme comme un fouet pour appliquer et faire accepter sans conteste l’orthodoxie économique, le soi-disant Consensus de Washington, que certaines institution financières internationales s’emploient à promouvoir » Pour lui, l’échec de cette politique en Afrique à laquelle il faut ajouter la crise asiatique, « suggèrent clairement qu’elle peut et doit être remise en question ».
Le poids écrasant de cette dette constitue une sorte de chantage des pays riches pour imposer leur orthodoxie économique, alias diktats. Impossible pour les pays africains de penser de façon, indépendante et cohérente leurs propres politiques économiques.
Les dirigeants africains insistent sur la nécessité d’annuler la dette bilatérale et multilatérale. Ce qui leur donne le courage et la force de le réclamer à voix forte , c’est le fait que dans les années 60, les pays occidentaux avaient limité les remboursements de l’Indonésie à 6% pour récompenser les régime de Suharto qui venait de renverser son prédécesseur de gauche. En 1991, après la guerre du Golf, les USA ont annulé la dette militaire égyptienne estimée à 7 milliards de dollars. Comme quoi les remises de dettes ne sont pas impossible... Si en 1996, les pays riches ont lancé l’IPPE c’est parce- qu’ils ont alors, réalisé la gravité de la crise de l’endettement et considéré que celle ci ne pourrait pas être résolue en différant ou en ré-échelonnant sans cesse les remboursements. Il s’agissait alors, de ramener cette dette à un niveau dit « viable ». En fait, l’objectif de l’IPPE est de minimiser les annulations et d’augmenter le plus possible la capacité de remboursement.
En échange d’un taux d’annulation de 80%, des programmes d’ajustement structurels (PAS) drastiques, dommageables pour la population - réduction des dépenses publiques, licenciements massifs, privatisation des entreprises publiques etc.... - ont été imposés aux pays correspondants aux critères d’éligibilité Critères restrictifs puisque seuls 8 pays y correspondent, dont 5 africains. Or, 41 pays sont classés comme Pays Pauvres Très Endettés ( PPTE) par la Banque Mondiale. De surcroît, le processus d’allègement est très lent puisqu’une fois sélectionné, l’ « heureux » élu doit attendre 6 ans avant de pouvoir en bénéficier, mais la mise en place des PAS, se font dès le début.
Le communiqué de la conférence d’Addis Abeba, indique que « ce dont l’Afrique a le plus besoin est la libération des ressources consacrées au service de la dette... » Il est bien entendu que la seule réduction des dettes ne suffira pas à « générer une croissance économique durable. Il revient à chaque pays d’adopter les politiques favorables à la création d’un climat propice aux investisseurs et à une croissance économique forte et durable » déclare Shinn, l’ambassadeur américain en Ehtiopie.
Les ONG qui ont lancé la campagne « Pour l’an 2000, Annulons la dette ! » expriment leur souci d’« une attitude vigilante absolument nécessaire » vis à vis des pays créanciers. Histoire que les pays riches ne compensent pas le « manque à gagner » que constituerait une remise de dettes par une réduction de l’Aide Publique au développement (APD) qui est déjà insuffisante (0,22% du PNB pour les pays du G7 (O,45% pour la Fance), alors qu’ à Copenhague en 1995, lors du Sommet mondial pour le développement social, ils s’étaient engagés pour un montant de 0,7% affirmant un objectif de 0,7%). Dans ce cas, l’allègement de la dette n’aurait que peu d’effets bénéfiques.
Bien que les Pays-Bas soient le pays le plus grand donateur concernant presque tous les fonds multilatéraux de prévoyance et qu’ils approuvent une remise de dette rapide, ils s’interrogent néanmoins de « savoir qui paie pour la réduction des dettes ? » Ils se disent extrêmement intéressés par les « discours prononcés par les membres du G7 sur la nécessité d’un allègement profond, rapide et large », mais ils attendent des décisions concrètes qui seront proposées au cours de leur prochaine rencontre en juin à Cologne. Cinq propositions y seront examinées, destinées à renforcer et accélérer l’application de l’IPPE dans le but de permettre autant que possible à de nombreux pays (et non plus seulement 8) de faire les ajustements nécessaires (entendez APS) pour bénéficier rapidement de l’allègement de leurs dettes. L’Allemagne proposera de ramener la période de 6 ans précédant la réduction de la dette) à 3 ans.
Les ONG* soutiennent la demande d’annulation de la dette des pays pauvres comme l’ont demandé les dirigeants Africains à Addis Abeba. Elles souhaitent qu’un lien soit établi entre l’annulation de la dette et l’investissement dans le développement humain. Lien qui sera établi de manière adéquate dans chaque pays grâce à la concertation entre les gouvernements, les parlements et la société civile. Le PNUD estime que 3 millions d’enfants pourraient vivre au delà de leur cinquième année et qu’on éviterait un million de cas de malnutrition, si les sommes consacrées au remboursement de la dette, étaient utilisées au développement humain.


* La pétition mondiale « Pour l’an 2000, Annulons la dette ! » sera remise lors du G7, le 19 juin à Cologne. Un très bon dossier a été réalisé sur le sujet Campagne « dette 2000 ». Pour plus de renseignements : dette2000.jp@ccfd.asso.fr

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