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L’Afrique bénéficiera largement de l’annulation de la dette des pays pauvres

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

Par Thomas Hirenee Atenga
Par courtoisie IPS service francophone, Inter Press Service, Cotonou, Bénin

Le système de la dette est complètement pervers. Certains pays d’Afrique remboursent plus aux pays riches qu’ils ne produisent. La pauvreté que cela engendre partout dans le monde et en particulier en Afrique, touche particulièrement les femmes qui assurent la survie quotidienne et l’éducation de leurs enfants. La décision prononcée le 14 juin 1999 à Paris par Dominique Strauss Khan qui vise à annuler la dette, n’en est que mieux accueillie par les pays endettés.

L’Afrique sera largement bénéficiaire de l’initiative prise par les pays industrialisés pour annuler 65 milliards de dollars de dette du tiers-monde. Le ministre français de l’Economie, Dominique Strauss Khan qui a rencontré les groupes de pression en faveur de l’annulation totale de la dette des pays pauvres le 14 juin dernier à Paris en France, s’est refusé de donner plus de détails sur les mécanismes qui vont régir cette initiative prise par le groupe des sept Etats les plus industrialisés (G7). D’après les critères qui ont été revus par le G7 et la Russie, l’annulation des 65 milliards de dollars ne concerne que les pays dont le service de la dette dépasse de 150% les exportations et de 250% le montant du budget. Dans cette optique, seuls 37 pays sont concernés. Les pays africains suivants : l’Ouganda, le Burkina Faso, la Cote d’Ivoire, le Mozambique, le Mali, la Tanzanie, le Sénégal et le Bénin en sont bénéficiaires. Les cas de la Guinée Bissau, du Togo et des deux Congos ont été mis en veilleuse à cause de l’instabilité politique. Sur les 65 milliards qui seront annulés, 50 le seront au titre de la dette multilatérale qui concerne les prêts accordés par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque Mondiale et les Banques Commerciales. Les 15 milliards restants le seront au titre de la dette bilatérale, c’est-à-dire, les prêts accordés par les pays riches dans le cadre de l’aide publique au développement. Pour que leurs budgets n’en souffrent pas, il a été décidé de vendre une partie du stock d’or du FMI, environ 10 millions d’onces d’or, soit 2,6 milliards de dollars US. Cette réduction de la dette a été obtenue grâce à la pression de ’’Jubilé 2000’’, un mouvement né en Angleterre et qui demande l’annulation, le 1er janvier 2000, de la dette du tiers-monde, notamment des 52 pays les plus pauvres de la planète. Le groupe de pression a lancé, il y a deux ans, une pétition pour rechercher 22 millions de signatures en faveur de l’annulation de la dette. Il en a déjà recueilli la moitie. L’appel de Jubilé 2000 en direction des nations les plus riches du monde s’appuie sur le fait que le nouveau millénaire doit être l’occasion de redonner espoir aux millions de personnes condamnées à la pauvreté par l’endettement insupportable de leurs pays. Il s’agit, selon le groupe, d’effectuer l’annulation dans la transparence, en assurant la participation de la société civile et d’utiliser les ressources destinées au remboursement de la dette extérieure, pour la réalisation des programmes d’éducation et de santé en faveur des populations. Les associations favorables à l’annulation de la dette se sont félicitées du geste, mais le trouvent toujours insuffisant. Jubile 2000 parle même de ’’miettes’’ à distribuer aux 52 pays du monde les plus pauvres et les plus endettés (PPTE). D’après les calculs de certains observateurs, si les 65 milliards que le G7 plus la Russie s’apprêtent à annuler étaient répartis entre citoyens des PPTE, cela ne représenterait que 2,83 dollars US ou 18 Francs français par an et par habitant. ’’A peine cinq miches de pain’’, conclut le porte-parole du Conseil National de Solidarité des Evêques de France qui prenait part aux discussions. ’’Nous demandons l’annulation complète de la dette et non un aménagement qui ne sera pas effectif avant six ans’’, a insisté un délégué de Jubilé 2000. Jubile 2000 est convaincu que pour susciter l’engagement des pays riches à annuler carrément la dette, seule la logique radicale l’emportera. C’est pourquoi une grande manifestation est prévue le 20 juin prochain à Cologne (Allemagne), pendant que les chefs d’Etats et de Gouvernements du G7 plus la Russie se réuniront pour entériner la décision de la réduction de la dette. A cause de la dette, tout développement est impossible pour les pays du Sud. Jubilé 2000 cite le cas de la Tanzanie dont le revenu annuel par habitant est de 140 dollars US. Un enfant sur dix n’y atteint pas un an, mais chaque habitant doit aux pays riches, au FMI ou la Banque Mondiale, plus de 250 dollars US. Le cas du Mozambique ou le gouvernement dépense 3% de son budget pour la santé, 8% pour l’éducation et 33% pour le remboursement de la dette, est aussi mis en exergue pour montrer le caractère inique et pervers du système de la dette.

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