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La démocratie participative au service de la cause des femmes

jeudi 1er février 2001, par Nicolas Bégat

Par Marina Galimberti

Porto Alegre, au Brésil, est la seule municipalité au monde gérée selon les principes de la démocratie participative. Ce processus, en cours depuis douze ans sous l’impulsion du Parti des Travailleurs (PT), promeut la parité entre les hommes et les femmes et contribue à l’affirmation sociale et économique des femmes des communautés de base.

Avec des services sociaux fonctionnels, des espaces verts aménagés pour la promenade et surtout grâce à la mise en place du "Orçamento Participativo" (budget participatif), Porto Alegre est la capitale au Brésil de la qualité de vie et un exemple réussi de cohabitation et de collaboration multi-éthnique.
L’ Orçamento Participativo est une forme transparente et collective de pouvoir. Tous les citoyens sont appelés à participer aux décisions sur l’organisation sociale, culturelle, politique et économique locales. Le budget de la ville est distribué selon les principes de l’économie populaire solidaire : le plan d’investissement annuel, ses critères et méthodes, ainsi que l’attribution des financements, sont décidés par les citoyens eux-mêmes, organisés en communautés par zones géographiques. Chaque communauté élabore et propose des projets économiques ou des programmes sociaux, qui sont ensuite votés à main levée par les représentants des autres communautés, en présence du Conseil Municipal, qui n’a pas le droit au vote. Les parlementaires et les élus ne peuvent pas impulser les projets, mais uniquement accompagner les propositions émanant directement de la base, qui reflètent les réalités du terrain.

L’apport du mouvement féministe

Un effet fondamental de cette pratique participative horizontale et inclusive est d’avoir donné la parole aux communautés les plus défavorisées, afin de faire émerger leurs besoins endémiques. Selon Silvia Severo, responsable de la Coordination femmes au Secrétariat des Droits de l’Homme de la mairie de Porto Alegre, ce nouveau modèle économique, alternatif au néo-libéralisme et unique au monde, a permis aux femmes, et particulièrement aux femmes de la base, d’être intégrées à tous les niveaux d’organisation de la vie publique et de participer aux prises de décisions politiques. "Dans ce contexte, tout à fait nouveau, de lutte contre le système néolibéral, les femmes sont concertées et contribuent de façon efficace au devenir de la ville. En effet, elles ont toujours participé à l’histoire et aux luttes du pays, mais leur présence n’avait jamais été reconnue ; aujourd’hui elles sont visibles et décisionnelles.
Ce sont les féministes comme moi, entrées au PT (une coalition qui regroupe diverses tendances démocrates, ayant fait front commun contre la dictature : les catholiques progressistes - qui sont majoritaires - les syndicats ouvriers, les socialistes, les troskistes, les intellectuels de gauche, les féministes...), puisque c’etait le seul parti proposant une véritable alternative sociale, qui ont introduit la question du genre dans ses programmes. Sans le mouvement féministe, et sans tous les mouvements des minorités discriminées comme les Indios, les Noirs du Brésil, les handicapés, ... les revendications sociales n’auraient pas autant avancé. L’intégration du féminisme est un avantage politique évident pour le parti et un renforcement de la lutte pour une démocratie participative qui apporte une modification profonde de la société. Sans le féminisme, je serais aujourd’hui une femme mariée, une mère, j’aurais créé une famille plutôt que de créer mon autonomie économique : lorsque j’étais une adolescente, c’était le seul modèle de référence proposé aux femmes."
Encore aujourd’hui, la majorité des femmes brésiliennes est analphabète, discriminée dans le travail, victime de violences. A Porto Alegre, les femmes qui assurent seules la survie quotidienne de la famille, représentent le tiers de l’ensemble des familles . La conquête de leur autonomie économique est un besoin que la municipalité a tout à fait saisi. Elle appuie différentes initiatives d’économie populaire sociale, dont Silvia est la coordinatrice. Parmi les projets le plus innovants, la mise en place d’un programme intégrant :
1) une phase de qualification professionnelle, dans des secteurs très variés, selon la demande des communautés,
2) des formations spécifiques au travail en coopérative et une sensibilisation aux principes de l’économie solidaire,
3) la mise à disposition gratuite pour 2-4 ans de l’équipement et du lieu,
4) la création de lieux de commercialisation temporaires (comme les Feria organisées en partenariat avec l’état de Rio Grande des Sul), ou fixes (le Mercado du Bon Fin, géré collectivement par les 30 projets d’ Etiqueta Popular),
5) des formations à la vente, à l’accueil des clients, à la comptabilité,
6) l’accompagnement du projet dans les premières années.

Un organisme de supervision d’économie populaire, dont Silvia est la coordinatrice, a été créé auprès du Secrétariat Municipal de l’Industrie et du Commerce qui agit comme conseil et accompagne la mise en place de 30 initiatives économiques, sous forme de coopératives, entreprises familiales ou entreprises autogérées créées par les communautés, sous le label Etiqueta Popular et avec la participation financière et logistique de la municipalité, qui met à la disposition des groupes les lieux et l’équipement.
Selon les principes de l’économie solidaire, il s’agit de projets élaborés par un groupe de personnes (minimum cinq) et non pas d’un individu isolé. Peu importe le secteur d’intervention du moment que l’organisation du travail est collective et horizontale, les responsabilités et les bénéfices partagés de façon équitable entre tous les participants. Ce n’est pas le gouvernement qui oriente et décide, mais la société civile qui propose, met en place et gère l’initiative.
Les critères d’acceptation des projets sont simples : les bénéficiaires doivent être en situation de "vulnérabilité sociale" : sans travail ou sans un salaire fixe, analphabètes ou avec un niveau de scolarité très bas. Des conditions propres à beaucoup de femmes de Porto Alegre :
ce programme s’adresse tant aux hommes qu’aux femmes, mais les femmes représentent 90% de l’ensemble des bénéficiaires.

Une gestion des ressources spécifiques pour les initiatives des femmes

Pour Helena Bonuma, députée PT au Parlement du Gouvernement du Rio Grande del Sul, ces premiers résultats ne sont pas encore suffisants, pour donner aux femmes les mêmes opportunités que les hommes. Féministe de longue date et dix-huitième femme élue depuis la fin de la dictature militaire, elle est la porte-parole d’un projet de loi qui prévoit la création d’une ligne budgétaire spécifique et permanente de gestion des ressources pour et par les femmes.
Fruit du travail de huit ans d’élaboration fait par un collectif d’associations de femmes de la ville, ce projet part du constat que les femmes sont toujours les plus menacées par la précarité, la violence, la discrimination, malgré leur présence active dans les postes de prise de décision du Plan de Développement Economique du Secrétariat de l’Industrie et du Commerce (PDE/SMIC). Il est donc nécessaire de prévoir un appui spécifique aux initiatives économiques de genre, basé sur la mise en place d’un budget permanent du PDE/SMIC, la création d’un crédit pour les femmes, la mise en place d’espaces de commercialisation, de lieux de formation et d’échange de pratiques.
Selon Helena Bonuma, "c’est seulement par la mise en place d’une politique publique intégrée de façon constitutionnelle et permanente à la politique de la Ville, qu’il est possible de construire une autonomie solidaire pour les femmes de la région".

Coordination femmes au Secrétariat des Droits de l’Homme

Le secrétariat comprend actuellement plusieurs commissions : femmes, handicapés, Indios, peuples afro-brésiliens, jeunesse. En 1993 avait été mise en place la commission femmes noires, puis en 1997 la coordination femmes, dans le but d’une plus grande autonomie des femmes dans la présentation de propositions au budget participatif,.
Depuis la création de la coordination femmes en 1999, une tranche importante du financement publique a été allouée à des projets visant à :
- combattre les violences domestiques et sexuelles (création de la maison d’accueil des femmes victimes de violences et de leur enfants, Viva Maria, suivi juridique, aide à la recherche d’un logement et du travail),
- renforcer la qualification professionnelle des femmes dans le secteur de la santé (prévention , santé reproductive, violence et sida ),
- favoriser l’accès à l’éducation,
- développer des initiatives d’économie solidaire.
Pour plus d’informations site de Porto Alegre : www.portoalegre.rs.gov.br

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