Accueil du site > Ressources > Attac, l’heure du féminisme

Attac, l’heure du féminisme

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat



Lors de l’assemblée générale d’Attac, les 27 et 28 octobre 2000 à St-Brieuc, " Femmes d’Attac " a pris la tribune pendant 25 minutes pour exprimer sa conviction de l’urgence de la prise en compte de la dimension du genre dans la lutte contre la mondialisation financière. Nous retranscrivons ici l’ensemble des interventions

.

ATTAC, association de type nouveau

Par Jacqueline Penit, ATTAC Paris 14e, groupe " femmes et mondialisation "

A l’aube de ce nouveau siècle, ici, en France, une nouvelle association est née : ATTAC ! Sa croissance, fabuleusement rapide, suggère que dans un avenir proche, l’idée de "faire de la politique autrement" ne sera plus une simple formule incantatoire. Comme cela a été très bien dit dans le rapport d’activité présenté ce matin, "nous ne sommes pas un mouvement politique mais nous produisons du politique". L’enjeu de ce qui se discute et se fait dans notre association n’échappe à personne. Ni à nous qui sommes dedans, ni à ceux qui du dehors voudraient bien récupérer un peu de la vitalité, de la créativité de nos débats et de nos actions. Le siècle que venons de quitter a été marqué par de profonds bouleversements. Beaucoup d’entre nous serons d’accord pour dire que dans son héritage, le XXe siècle nous a laissé deux expériences majeures : d’abord celle des régimes dits "socialistes" et de leur échec et puis celle d’une mondialisation dominée par la montée du néolibéralisme.

Nous autres femmes, pensons que le XXe siècle nous a aussi laissé un autre héritage : celui d’une émancipation sans précédent des femmes, dans les sociétés occidentales. C’est la conquête du droit à l’avortement et à la contraception qui a permis ce formidable bond en avant. Dans une interview du 5 octobre 2000, au journal "Le Monde", Françoise Héritier, anthropologue, professeur honoraire au Collège de France déclarait : " La réappropriation de leur corps a constitué pour les femmes une " révolution essentielle". C’est vrai, je me suis aperçu que quelque chose de fondamental s’était passé au cours de ce siècle". Ainsi, nous, les femmes, sommes dans une situation nouvelle dans l’histoire de l’humanité. Depuis 25 ans, nous avons conquis les moyens de contrôle nos maternités et donc de pouvoir participer à part entière, avec les hommes, à l’activité économique et politique.

Ici, aujourd’hui, nous femmes d’Attac, pensons que "produire du politique de façon nouvelle", nécessite, que s’installent dans notre association ATTAC de nouvelles pratiques politiques. D’une part, il est urgent d’intégrer le concept de genre (masculin/féminin) aussi bien dans notre vocabulaire que dans nos analyses. Rappelons que cet été, à La Ciotat, une femme a fait remarquer que le thème de l’université était intitulé : "pour une économie au service de l’homme". Il aurait été plus opportun d’utiliser le terme "humain" en lieu et place d’"homme". Plusieurs pays (Canada, Etats -Unis) l’ont bien compris et ont remplacé ce terme "homme" par les termes "humain" ou "personne humaine" dans tous les documents officiels. Par ailleurs, il est urgent que les travaux du comité scientifique deviennent sexués, que les analyses économiques intègrent le concept de genre et que les propositions politiques qui en découleront tiennent compte de la disparité de genre dans la répartition des richesses. Enfin, si ATTAC préfigure ce que sera la démocratie politique de demain, il faudra qu’elle s’approprie un nouveau mode fonctionnement dans toutes ces instances : celui de la démocratie paritaire . Sur 15 membres du Bureau National d’ATTAC, deux seulement sont des femmes. Sur 30 membres du conseil d’administration, 10 sont des femmes !! Une représentation égale des femmes et des hommes au sein de toutes les instances d’ATTAC devrait constituer rapidement un nouveau mode de fonctionnement de notre association.

De l’incontestable lien entre le mouvement des femmes et le mouvement social

Par Chryssi Tsirogianni, ATTAC Paris 14e, groupe " femmes et mondialisation ", membre des Pénélopes

Dans le cadre des perspectives d’action d’ATTAC, nous voudrions annoncer aujourd’hui la constitution d’un groupe " femmes et mondialisation " dans ATTAC, un groupe qui prend en compte la dimension des femmes dans l’analyse économique.

Nous oublions peut-être que les femmes, premières victimes des contraintes libérales, luttent contre la mondialisation libérale par le biais de leur travail comme par leur engagement politique.

Sur le plan du travail, dans plusieurs pays du monde, elles luttent contre le chômage et la pauvreté en créant elles-mêmes leur travail. Par exemple, elles montent des coopératives, produisent et vendent leurs produits. Les femmes s’engagent dans l’économie solidaire en montrant le chemin d’une alternative économique au libéralisme.

Sur le plan politique, organisées dans les structures comme la Marche Mondiale, elles contestent les inégalités de tout type, proposant un projet global de société égalitaire et équitable pour tout le monde, hommes et femmes. Des femmes de plus de 150 pays du monde entier ont marché et déposé une lettre-manifeste contre les politiques ultra-libérales de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Elles ont manifesté pour le maintien du service public, l’annulation de la dette du Tiers-Monde, l’instauration de la Taxe Tobin, le droit au travail, l’interdiction de la marchandisation du corps humain.

Nous vous invitons à sortir du schéma que les combats des femmes sont centrés sur leurs problèmes spécifiques. Les femmes se joignent à l’opposition anti-libérale, elles sont porteuses de résistance.

Un nouveau mouvement comme ATTAC qui se veut fédérateur du mouvement social anti-libéral devrait pouvoir voir que le mouvement des femmes aujourd’hui est porteur des revendications sociales proposant un projet global d’une nouvelle société égalitaire, équitable, basée sur une démocratie paritaire. Nous ne pouvons donc qu’ajouter, après Seattle, Millau, Prague : Bruxelles (30 000 manifestants - Marche européenne des femmes) et New York (10 000 manifestants - Marche mondiale des femmes).

Compte tenu de ce contexte, nous avons été amenés à créer un groupe " femmes et mondialisation " au sein d’ATTAC 14e, qui a vocation de devenir un groupe thématique national au sein d’ATTAC, qui fonctionnera sous forme de réseau.

Ses buts seraient :
- de mener des études, ou d’inciter ATTAC à le faire, montrant que la pauvreté est sexuée comme le monde. Pour cela nos analyses économiques sur la mondialisation devraient intégrer le concept de " genre ".
- de proposer l’instauration de la parité dans ATTAC dans l’esprit de devenir un symbole de la démocratie paritaire.
- de participer à des mobilisations des femmes pour réaliser un avenir ou tout le monde, homme et femme, vivrait dans une société équitable et égalitaire.

Nous invitons :
- les militants à prendre contact avec nous (femmes.paris14@attac.org). Y a-t-il des groupe de travail sur le même sujet ?
- compte tenu des compétences réunies dans le Conseil Scientifique, nous invitons ce dernier à élaborer un position sur ce point. Il serait dommage que les militants et militantes cherchent des sources documentaires sur le point sur d’autres sites.


Femme citoyenne ! Et comment ?

Par Nicolas Liebault, ATTAC Paris 14e groupe " femmes et mondialisation ", membre des Pénélopes.

A gauche, on a souvent coutume de penser (ou de feindre de penser) que la société patriarcale a disparu dans nos pays développés. Il n’y aurait plus qu’à la marge certaines améliorations à apporter. Or tout ce que l’on peut dire aujourd’hui, c’est que d’une part les discriminations légales envers les femmes ont disparu, et que d’autre part, le mouvement des femmes dans les années 70 a permis des avancées majeures, en particulier pour le droit à l’avortement et à la contraception. Mais je ne pense pas pour autant que l’on est sorti de la société patriarcale.

A la base, la femme reste asservie, " colonisée ", par l’homme au sein du foyer, même au sein des nouvelles générations. L’" apartheid domestique " est encore assez présent. Seulement, l’oppression se fait parfois de manière plus subtile, la mise à l’écart... Et la violence physique dans le couple demeure. S’ajoute à cela la subordination au sein du monde du travail (public comme privé) : le fait que les femmes touchent moins que les hommes n’est pas à cet égard un simple reliquat d’une sous-qualification féminine, due à une sous-scolarisation qui n’existerait plus ; il n’est qu’une traduction de la position actuellement dominée des femmes dans l’entreprise, à même niveau de qualification, qui fait par exemple qu’une femme a plus de mal à demander une augmentation qu’un homme.

Au contraire, nous observons une régression sans précédent par rapport à la dernière période. La femme est plus que jamais un objet d’exploitation sexuelle ou autre. Les publicités sexistes et la pornographie explosent, parfois sous couvert de " briser les tabous ". La prostitution se banalise de plus en plus : la stigmatisation, légitime, de la pédophilie ou de la " prostitution forcée " sert à banaliser une exploitation sexuelle en plein développement. Le libéralisme fait à cet égard chez les hommes le lit du sexisme : exploités eux-mêmes, ils reportent sur la femme en violence la frustration qu’ils subissent. On peut même suspecter le système libéral de promouvoir volontairement une image dégradée de la femme pour détourner travailleurs de la révolte en sexualisant leurs frustrations.

Or, lorsque, dans le foyer, dans le travail, sur les affiches, la femme est un objet dont on profite sous différentes formes, comment pourrait-elle ensuite être considérée par tous, y compris par elle-même, comme une citoyenne. Son corps couvre sa parole dans les réunions. Contrairement à un optimisme béat, la femme-citoyenne est aujourd’hui en pleine régression. Les hommes, consciemment ou inconsciemment, conservent l’essentiel des positions de pouvoir au sein de la société, ceci à tous les niveaux du processus décisionnel. 95% des maires sont des hommes : pourquoi ? Le nombre de parlementaires femmes n’a pratiquement pas varié depuis que la femme a le droit de vote, en 1946 : pourquoi ?

A cet égard, ATTAC a un rôle éminent à jouer. Premièrement, notre association doit " sexuer " son analyse de la mondialisation. Elle doit comprendre les liens qui existent entre la subsistance de la société patriarcale et le fonctionnement du libéralisme. Mais son action ne se limite pas à opérer des analyses. Ses militants attendent qu’ATTAC incarne un nouveau modèle de démocratie paritaire. La politique est l’image que la société se donne d’elle-même.

Prendre le risque de la poésie

Par Stéphanie Picard, Attac Nevers

En introduction aux campagnes d’ATTAC pour les mois à venir, je tiens à attirer votre attention sur un rendez-vous ICI ET MAINTENANT à ne pas manquer, un rendez-vous au quotidien au sein et hors d’ATTAC : celui de la mixité.

Un peu d’histoire

Une négligence malencontreuse dans l’intitulé de l’Université d’été d’ATTAC à la Ciotat Pour une économie au service de l’Homme) (lien vers http://www.attac.org/fra/asso/doc/d...) a rappelé une fois de plus -de trop- l’omniprésence de la sémantique patriarcale, même dans les analyses scientifiques les plus progressistes.

De ces heures, nous avons ressenti la nécessité de proposer la constitution d’un glossaire basique des termes à réformer dans les communications d’ATTAC dont la rigueur scientifique et la qualité littéraire saluée de tou-(te-)s par ailleurs ne peut indéfiniment se satisfaire de telles imprécisions qui confinent au contresens. A ce jour, deux mots font évidence :
® humain/homme : il va aujourd’hui de soit, qu’à l’heure du suffrage universel et de la parité, le mot homme ne peut plus légitimement faire office de terme générique représentant les deux sexes -qu’il n’a d’ailleurs jamais vraiment englobé.
® sexué/sexuel  : car il s’agit bien d’une répartition sexuée (ou de genre) des activités, née d’une construction sociétale, et non sexuelle qui reviendrait à dire qu’elle est naturelle, donc immuable.

...un glossaire à argumenter et à compléter, dont chacun peut se saisir ...

glossaire@attac.org

Bien sûr, le phénomène papillon ayant été déclenché à La Ciotat, d’autres "sujets sensibles" surgirent. On n’a pu que remarquer la quasi-absence de femmes à la tribune (à l’exception de Susan George pour les cours magistraux et Michèle Dessenne pour les ateliers).
...et se rappeler la faible représentation des femmes dans ATTAC, que ce soit au Conseil Scientifique (nulle), au Conseil d’administration (10 sur 30), au Bureau (3 sur 11), ou dans les instances décisionnelles au sein des Comités locaux.
Aussi, après plus de deux ans d’existence "sauvage", il est temps d’étudier ce phénomène de plus près, de l’accompagner pour en arriver au minimum aujourd’hui légal de la parité, comme l’a rappelé Gisèle Halimi à Saint Brieuc, et même plus : réussir la mixité*.

Nos expériences à tâtons dans la Nièvre

Réfléchir aux conditions d’émergence de ce pluralisme, questionner ce rapport au "pouvoir" qui éloigne les femmes des instances de décision, de cette nécessaire prise de parole pour laquelle il faut se faire si souvent violence...

Principes : Une présidence une action, Projet pour 2000/2001 d’une co-présidence mixte, Doublon sur tous les postes selon le modèle suivant le vice et la vertu, aussi nommés l’expert et le naïf sans jamais préciser qui est qui dans ce couple dual.

Achille, montre-moi ton talon

En quoi serait-ce l’apanage des femmes, de trouver la voie de la simplicité, de la discrétion (lien vers http://www.encyclopedie-naturelle.com/) et de l’efficacité ? Tel le combat de Lévy contre Goliath, nous pouvons détourner la force de l’ami -qui ne nous a pas sauvé la vie- comme on nous l’apprend dans les arts martiaux, plutôt que d’être en permanence dans la contre-référence trop sujette au danger de la fascination

Cultiver la question naïve

Et si nous** cultivions notre différence ?
En faisant émerger un autre regard sur la mondialisation, en soutenant les pratiques et les écrits de celles(ceux) que nous-mêmes désigneront comme nos experts (ex : les femmes chercheuses, les SCOP, le commerce équitable...).
Bien sûr, mais si nous allions jusqu’à cultiver en nous-même la "question naïve" comme une compétence qui nous serait propre et participerait de la réflexion ? Marylin Waring l’a bien mené avec succès enNouvelle-Zélande .

Se réapproprier le corps du monde

Poser la question du corps qui nous est si intime. Celui-là même qui rejette cette illusion néo-libérale avant notre cerveau : donner la vie (donner corps à l’espoir), être victime des violences (corps à corps), cultiver la terre (souvent reniée par le corps social), être nié-(e-) comme être à part entière (souvent ignoré-(e-) du corps électoral)...

Résistances

Résister c’est créer, à l’instar de Miguel Benassayag. Comme cette idée d’AC ! de vendre des résistances (électriques) comme signe analogique discret de reconnaissance : un magnifique et simplicissime détournement sémantique subversif du progrès du tout-technologique.

Le quotidien de nos résistances

Pour clore cette invitation, je ne voudrais pas vous quitter sans vous tendre un BISOU, bourse des idées simples pour s’offrir des utopies afin que dès aujourd’hui (n’attendons pas demain) un autre monde soit possible...

...une bourse où l’on n’échange rien que ce qui n’a pas de valeur ... bisou@attac.org

Prochain épisode :

La Bourse, l’Entropie et le brin d’herbe...


*Mixité : de mélange, "Formé d’éléments de nature différentes", (définition personnelle) parité qui n’apparaîtrait pas comme une contrainte légale, mais comme un mélange appelé de nos vœux, et dont la révolution des mentalités serait immédiatement lisible dans la façon de vivre l’association, les modes d’organisations, les prises de parole et les prises de "pouvoir" devenues dès lors gouvernances (en référence à la gouvernance des femmes indiennes illettrées qui gouvernent certains petits villages en toute collégialité).

**Nous : femmes, étrangers, minorités culturelles, hommes aspirant à plus d’humanité et de sens et tou-(te-)s celles et ceux qui s’approprieront cette définition...
Le grain de sable
mécanique des fluides
le souci du détail
la victoire de l’infiniment petit sur l’infiniment grand
"L’heure des petits" Sous commandant marcos
La bourse, l’Entropie et le brin d’herbe

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0