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Tamara de LEMPICKA 1898-1980

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

>Dans ce portrait de son amie Suzy Solidor, Tamara de Lempicka retrouve le secret de sa force platique : braver un interdit en mettant sa culture au service de la provocation. Non seulement elle lui dénude le sein, mais elle place le modèle sur le devant de la scène pourrait-on dire, dans un jeu d’obliques qui structurent et architecturent l’espace d’affirmation de soi. Le buste de Suzy Solidor s’intègre à la ville tout en s’en détachant, dans une saine provocation qui n’a évidemment rien à voir avec cet "ingrisme pervers" dont la qualifia Arsène Alexandre aprés avoir vu ses premiers nus. Il revint d’ailleurs sur cette expression dans un article paru dans "La Renaissance" de 1929. "Un art aussi surveillé, aussi volontaire, exigeant autant d’attention, d’absorbtion mentale et manuelle que celui-ci, n’a pas de place pour la perversion, écrit-il. Puis, faisant référence au célèbre aphorisme de Pascal, "l’homme n’est ni ange ni bête, mais qui veut faire l’ange fait la bête", il poursuit : "Une artiste aussi remarquable que celle-ci trouve dans son énergie et sa faculté généralisatrice, juste le point de rencontre, ou de fusion entre la bête et l’ange, et elle nous laisse rêveurs si sortirent la forme et le modelé que nous prisons aujourdhui si vivement".

>Mais comme le remarquait Michèle Brun lors d’une conversation sur cette toile, si Tamara de Lempicka se réfère à l’art du passé, ce serait plutôt à la sculpture antique qu’elle découvrit lors d’un voyage en Italie dans les années 1926-27, notemment à l’Amazone blessée d’aprés Phidias, qui se protège des coups en levant le bras droit, exactement comme le fait Suzy Solidor dans le portrait. Cette double affirmation de fragilité et de présence guerrière correspond bien au personnage de la chanteuse qui n’a pas peur de vivre ouvertement ce qu’elle est. Tamara théatralise cette position sociale, tout en introduisant l’émotion dans les volumes et dans sa façon de découper l’espace. Rien de plus sensuel que ce buste à demi dénudé face à une femme qui aime le corps des femmes.

>Marie-Jo Bonnet
>paru dans Lesbia magazine, septembre 1994

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Iconographie

- Suzy Solidor - 1935, huile sur panneau, 46 x 37,5, S. h.g.
- L’Amazone blessée - marbre d’aprés Phidias. Musée Capitolino.
Château Musée - Haut de Cagnes - 06800 Cagnes-sur-Mer
Tél : 93 20 85 57

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