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Journée Internationale des Femmes - Gadget ou symbole ?

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

Par Dominique Foufelle

La Journée des Femmes est-elle en passe de devenir aussi compassée que la Fête des mères ? Pas partout, pas pour tout le monde. Sans en être dupes, des femmes saisissent cette occasion de venir sur le devant de la scène.

Oui, la Journée des Femmes est une idée des femmes elles-mêmes. Elle a jailli lors de la Conférence internationale des femmes socialistes en 1910, à l’initiative de Clara Zetkin. Quant à la date, elle varia, jusqu’à ce qu’en 1921, Lénine institue le 8 mars. Il entend ainsi commémorer la manifestation des ouvrières à Saint-Pétersbourg le 23 février 1917 (8 mars sur notre calendrier julien), considérée comme le coup d’envoi de la Révolution. La Journée est adoptée dans les pays communistes, et fêtée en grandes pompes. Son succès en France en 1948 est à porter au crédit du PC et de la CGT. Un peu trop, justement. Pour la " désofficialiser " et lui donner la grâce d’une véritable initiative populaire, L’Humanité a, en 1955, un coup de génie : faire du 8 mars la commémoration d’une grève d’ouvrières en 1857 à New-York. Et ça marche ! La Journée s’internationalise, et les féministes américaines elles-mêmes colportent la fiction. Les chercheuses françaises Françoise Picq et Liliane Kandel découvrent le pot-aux-roses en 1982 : la grève de 1857 n’a jamais existé. La révélation ne fait pas l’effet d’une bombe. Le 8 mars est désormais bien implanté, et nul-le ne se soucie plus qu’il s’agisse, ou non, d’une fête communiste. C’est d’ailleurs cette même année que le gouvernement français l’officialise.

Raflée par les politiques ?

Et aujourd’hui ? Telles les beaux livres en décembre et la vie sexuelle des Français en août, " les femmes " vont-elles devenir un sujet incontournable du mois de mars, à traiter si possible en avance sur ses concurrents et sous un angle original ? On peut s’irriter d’avoir vu fleurir tant de couvertures aux titres aguicheurs. Ou tant de municipalités fêter rituellement leurs chères administrées en s’appuyant sur l’infatigable bonne volonté des militantes de terrain, les élus réservant leur présence à l’heure du discours. En 1982, quand le 8 mars avait été officialisé en France par le gouvernement socialiste, des ricanements s’étaient fait entendre dans les rangs des féministes : reines du jour, certes - mais demain ?
Aux alentours du 8 mars, il est désormais de bonne politique sous nos latitudes de rappeler qu’on est un féministe convaincu, et même de la première heure. Après tout, pourquoi pas, si cette date-symbole est l’occasion d’attirer l’attention des citoyen-ne-s sur des problèmes réels ? Comme cette année en France, dans la foulée du projet de loi discuté à l’Assemblée, les inégalités professionnelles. Ou, après la déclaration de l’Onusida, le rôle des comportements sexuels machistes dans la propagation du VIH. Le tout étant que l’affaire ne soit pas lâchée dès le lendemain.

Femmes contre la mondialisation

La Journée Internationale des Femmes ne serait-elle plus célébrée que par les politiques et les médias, et abandonnée par les militantes ? Certes non. Si le 8 mars a perdu en France de sa vigueur protestataire (quoique les associations organisent encore courageusement rencontres, débats et festivités à cette occasion), dans les pays où s’exprimer est déjà une victoire pour les femmes, la date a gardé sa force symbolique. En cette année 2000, elle aussi symbolique, deux initiatives internationales, qui se relaient l’une l’autre, ne l’ont pas dédaignée : la Marche Mondiale des Femmes et le processus " Pékin + 5 ". Mais, loin de se limiter à des célébrations d’un jour, les participantes s’en sont servi pour faire connaître des actions de longue durée et de grande envergure.
Le 8 mars, donc, le coup d’envoi de la Marche Mondiale des Femmes en l’an 2000 a été donné dans 50 pays. Les organisatrices y travaillent depuis octobre 1998. Sur l’impulsion des Canadiennes, inspirées par le succès de la " Marche du pain et des roses ", au Québec, en 1995. L’action se concluera le 17 octobre devant l’ONU à New-York, par la remise à Kofi Annan des 10 millions de signatures que les 3500 groupes participants dans 146 pays se sont engagés à récolter. Les signataires se portent solidaires de la plateforme de revendications de la Marche Mondiale.
Cependant, chemin faisant, bien des choses se passent. Il ne s’agit pas de faire du porte-à-porte, pétition à la main. Mais d’organiser des événements d’éducation populaire, de mars à octobre. Avec pour objectifs : sensibiliser, informer les femmes de leurs droits, et relayer les multiples initiatives déjà en cours, engagées par les citoyennes elles-mêmes. Moins le pays est avancé dans le domaine des droits des femmes, plus des problèmes dramatiques s’inscrivent dans le quotidien des femmes (avec en leitmotiv, les violences), plus fréquemment ils sont abordés sous l’angle festif, par le biais de la musique, du théâtre et du chant. Sans concurrence des ateliers, colloques, conférences de presse, et bien sûr marches et manifestations.
Notons qu’Internet a grandement contribué au succès de l’entreprise. C’est par le l’intermédiaire des mailing lists que les nouvelles circulent, que les contacts se créent, que les bonnes pratiques s’échangent. De l’aveu-même des organisatrices, sans courrier électronique, ce n’aurait pas été possible, parce que trop cher. Certes, on n’est pas équipées individuellement aux quatre coins du globe ; mais on se partage l’outil, et les groupes qui le possèdent propagent l’information.
Le processus " Pékin + 5 " est un autre témoignage du bon usage d’Internet à des fins non marchandes. Des forums de discussion, comprenant, témoignages, informations et débats, ont alimenté les rapports devant être présentés à l’ONU en juin par les ONGs, en contrepoint de ceux des Etats ayant adhéré à la Déclaration de Pékin, et devant rendre des comptes sur les avancées en matière d’égalité des droits et des chances depuis 1995. Le 8 mars à New-York, on était en pleine réunion préparatoire, élaborant les résolutions à discuter lors de la rencontre de juin.
De ces deux initiatives complémentaires, se dégage une première évidence : les femmes s’organisent au plan international. Beaucoup de participantes se réclament du féminisme, mais ça n’est pas un critère de sélection. Quoi qu’il en soit, les querelles théoriques n’ont pas cours, ou du moins n’entravent pas l’action. Si les plateformes comprennent des thèmes " classiques ", malheureusement non encore obsolètes, comme les violences domestiques, la liberté de procréation, l’égalité dans l’éducation, elles débordent largement sur le politique. L’accès aux prises de décision et les droits économiques prennent une place grandissante. Et surtout, les femmes se sont mises d’accord pour désigner dans la mondialisation un ennemi commun.
Il suffit de se pencher attentivement sur les revendications exprimées et les actions entreprises, pour s’apercevoir que le monde, pour ces féministes de l’avenir, ne se divise pas en deux camps regroupant d’un côté les femmes, de l’autre les hommes. Elles dénoncent très clairement un système. Il s’agit de défendre la paix, l’environnement - la vie, en somme. Les femmes sont convaincues qu’on n’y arrivera pas sans elles. Leurs bonnes pratiques, notamment dans le domaine de l’économie solidaire, incitent à les prendre très au sérieux. C’est d’ailleurs ce que font des bailleurs de fonds de plus en plus nombreux. On est à des années-lumière de la victimisation !
Alors, en attendant, si la Journée Internationale des Femmes les aide à se faire entendre - va pour la Journée !

Dominique Foufelle,
(paru dans Politis du 9 mars 2000)

Surfez pour en savoir plus

* Marche Mondiale des Femmes : www.ffq.qc.ca/marche 2000
On peut demander la brochure " Mosaïc - Changing the world step-by-step ", très belle, très encourageante, qui rend compte d’iniatives concrètes partout dans le monde, au prix conseillé de 10$ à :
Marche Mondiale des Femmes - Fédération des Femmes du Québec - 110, rue Ste-Thérèse - 307 - Montréal, Québec - Canada H2Y 1E 6
* Pékin + 5 : www.womenaction.org

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