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France

La convivialité, un choix politique

samedi 6 avril 2002, par Dominique Foufelle

A l’heure où les usines à bouffe des franchisés font servir par un personnel esclavagé une cuisine insipide et prétentieuse, les restaurants de quartier redonnent aux "métiers de bouche" leur noblesse, en privilégiant l’accueil et l’échange.

Les restauratrices de "Plein Sud" ne se contentent pas de vendre de la nourriture, elles font connaître et valorisent leurs cultures. En l’occurrence, des cultures du Sud, comme c’est majoritairement le cas dans ces restaurants d’un nouveau type, qui fleurissent dans des quartiers abandonnés à leur triste sort, à l’initiative de femmes.
Le repas est traditionnellement un moment de détente et de convivialité. Contenter ses papilles et son estomac incline à la bienveillance. On parle de tout et de rien – en France, immanquablement de bouffe. On questionne la cuisinière sur les secrets de la recette dont on se régale. Et puis, peut-être sur le pays où elle a été créée…Des petites choses, mais qui font que ce pays n’est plus tout à fait " étranger ".

Veux-tu goûter à ma culture ?


En eux-mêmes, ces restaurants sont presque toujours interculturels, à l’image des quartiers où ils s’implantent. Les rôles n’y sont pas cloisonnés : chacune se retrouve à tour de rôle à la cuisine ou en salle. Pierrette Soumbou, de Plein Sud, raconte la joie et la fierté de ses compagnes à montrer leur savoir-faire, leurs spécialités étant en quelque sorte les ambassadrices de leur pays, de leur culture. Le désir de les mettre en valeur a créé une émulation, profitable à la clientèle. Le plaisir de la découverte mutuelle a été partagé avec des Normandes (Plein Sud est à Rouen), elles aussi ravies d’offrir ce qu’elles aimaient.
Partager la nourriture, régaler ses visiteurs, et pour ceux-ci complimenter les hôtes : c’est une tradition qui appartient à toutes les cultures. Beaucoup s’alarment, non sans raison, de ce qu’elle se perdrait en Occident. Dans les foyers, sans doute pas encore. Mais dans les restaurants, le rapport marchand a très nettement pris le dessus : on commande, on mange, on paie, on s’en va. Les clients retrouvent dans les restaurants de quartier une disponibilité, un plaisir à donner du plaisir, une chaleur de l’accueil, qui font du repas une vraie pause pacificatrice – et facilitent leur digestion, à n’en pas douter.

Des tables d’hôte aux tables de la paix


On a dit que la nourriture se partageait dans toutes les cultures ; mais entre les cultures, c’est moins fréquent. Or, accepter la nourriture de l’autre, c’est l’accepter elle-lui aussi. Pour des immigrées dont la culture est ignorée, voire méprisée, les "métiers de bouche" représentent une voie d’expression et de reconnaissance. Car ces femmes cuisinent "comme à la maison", de façon authentique, et ne se présentent pas avec l’obséquiosité qui rassure tant d’adeptes du "couscous" ou du "chinois". Il s’agit ici de travailler avec les outils qu’on possède, là où on vit. Un restaurant de quartier, comme un service-traiteur, c’est, outre une activité économique possible pour les femmes, un lieu de rencontres et de vie pour la population. Un message d’espoir, puisqu’on y démontre qu’on peut créer à la fois du travail et du lien social dans un espace que tous, y compris ses habitants, donnaient comme perdant, perdu.
L’interculturalité n’est pas que le jardin de roses dans lequel se promènent les adeptes de la " world music ". Les conflits inter-ethniques ou inter-religieux qui dévastent l’Afrique ou l’Asie ont aussi exercé leurs méfaits au sein des communautés immigrées. A voir comment des femmes parviennent, en dépit des orages, à faire de leurs associations des lieux d’échange et de dialogue, on se dit une fois de plus qu’il serait urgent qu’elles siègent aux tables des négociations de paix.

P.-S.

Dominique Foufelle

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