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Une caméra pour lutter

mardi 1er mai 2001, par Nicolas Bégat

Par Maggy Grab

Mina Saidi, réalisatrice, utilise le documentaire pour rompre le mur du silence des femmes issues de l’immigration. Aujourd’hui très présente à Evry, elle offre le média à des femmes qui n’ont plus de moyens d’expression.



Mina Saidi est une des fondatrices de l’association Relief qui œuvre auprès des femmes immigrées au travers de l’image. C’est en Afrique que Mina a eu envie de prendre sa caméra, d’utiliser l’image pour montrer. Elle est alors consultante dans le domaine du développement urbain. Révoltée par la vision des bailleurs de fonds comme la Banque mondiale qui ne connaissent pas la situation des femmes sur le terrain, leur vie au quotidien. Elle témoigne par ces documentaires. Elle filme pour mettre au pied du mur les décideurs, pour les mettre face à leurs responsabilités. Son premier documentaire porte sur le parcours de trois femmes suivies dans leur vie quotidienne. Mina nous explique que la situation des femmes des villes diffère de celle des campagnes. Celles qui ont quitté leurs villages n’entrent plus dans une structure traditionnelle bien établie. En immigrant dans les villes, beaucoup n’appartiennent plus à aucune structure, et certaines entrent dans la petite délinquance, par le vol ou la prostitution. C’est ce milieu qu’elle met en abîme dans ses films.
De retour en France, forte de dix années d’expérience africaine, avec deux autres amies qui ont le même parcours, elles fondent, en 1993, l’association Relief (qui signifie « aider » en anglais). Elles ont la même ambition que durant ces années de missions : travailler auprès des femmes immigrées des quartiers défavorisés en faisant passer un message par l’image.
Puis, elles sont sollicitées par les services de l’immigration de la Mairie d’Evry pour animer un programme d’échange culturel par la diffusion de documentaires. Le festival « Images d’elles » est mis en place et tous les mois et demi, un film est montré à ces femmes du quartier. Il est suivi d’un débat, avec la présence du réalisateur ou de la réalisatrice. Tous les sujets sont abordés et les discussions sont parfois vives dans le public. Les préjugés sur la culture des unes et des autres restent à dépasser. C’est la mission de ce festival, de leur permettre de connaître d’autres cultures dans leur complexité. En outre, il encourage les initiatives. Un soir, le documentaire iranien diffusé montrait une femme excédée par les obligations maritales et familiales. Elle décide de s’évader par la peinture et va jusqu’à recouvrir la façade de sa maison. Les femmes d’Evry se sont emparées de cette idée. Avec les services sociaux, elles ont mis en place un « atelier peinture » qui aujourd’hui encore est actif. Par ses différentes actions, le festival a pour mission de rendre aux femmes de quartiers défavorisés leur autonomie. Pour Mina, elles sont enfermées dans l’assistanat, par les aides qu’elles reçoivent des institutions. Elles sont enfermées dans les murs de leur cité qu’elles ne franchissent pas. Mais, l’envie et le besoin de faire des choses, de sortir de leur quartier doivent venir de ces femmes mêmes. Or, cette démarche ne peut se réaliser sans une valorisation d’elle même, ce que l’image confère. L’association Relief œuvre dans ce sens. Elle les filme, simplement, dans leurs activités avec les travailleurs sociaux, dans leurs sorties à Paris ou pour la première fois à l’Opéra... Le résultat leur est donné. Elles disposent des cassettes qu’elles montrent à leur famille. Le même travail est opéré dans d’autres communes. Les cassettes s’échangent et on discute de ce que les autres femmes de quartiers ont réalisé.

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