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TWA, Association des Femmes Tibétaines en exil

vendredi 1er juin 2001, par Nicolas Bégat

Entretien avec Passang Dolma, Secrétaire adjointe de l’association

TWA, association des femmes tibétaines, est devenue une force politique et sociale majeure, comptant plus de 10 000 membres sur une population exilée de 130 000 tibétains. Reflétant la nécessité de démocratiser la vie politique et sociale de la communauté en exil, elle vise également à sensibiliser l’opinion internationale à travers les réseaux internationaux de femmes.



Quand et comment est née votre association ?

TWA, qui signifie Tibet Women’s Association, fut fondée, à l’origine, le 12 mars 1959 au Tibet, date à laquelle des milliers de tibétaines se sont rassemblées à Lhassa pour protester contre l’occupation illégale de notre patrie par la Chine. Parce qu’elles manifestaient pacifiquement devant le Palais du Potala, de nombreuses femmes furent brutalisées par les troupes chinoises. Certaines furent même arrêtées, emprisonnées, torturées et battues sans même être jugées. Mais 1959 est la date de naissance symbolique de notre association. Ce n’est que bien après, en 1984, que TWA fut réorganisée officiellement en Inde. Aujourd’hui, notre association compte plus de 10 000 membres ainsi que 40 branches dans le monde entier, en particulier en Inde, au Népal, en Europe, au Japon, aux Etats-Unis et au Canada. TWA se considère comme la continuité naturelle de nos nombreuses sœurs courageuses qui se sacrifient au Tibet pour la liberté et la protection de notre pays.

Quels sont les objectifs de votre association ?

Notre objectif principal est de sensibiliser l’opinion internationale sur les abus dont sont victimes les tibétaines dans notre pays sous occupation chinoise. A travers ce travail de sensibilisation et d’engagement dans les affaires nationales et internationales, TWA alerte les communautés au sujet des abus spécifiques perpétrés sur les femmes, que ce soit les stérilisations et les avortements forcés, ou encore les restrictions dans les domaines religieux, politique, social et culturel. TWA confère également une grande priorité à la contribution des femmes tibétaines pour la préservation et la promotion de notre religion, de notre culture et de l’identité du peuple tibétain. Enfin, TWA s’occupe de la communauté tibétaine dans son ensemble, en organisant des débats et des activités dans les domaines religieux, culturel, éducatif, social, ainsi qu’en ce qui concerne l’environnement et la participation politique des femmes.
Quelle est la situation actuelle des femmes au Tibet ?
La situation actuelle à l’intérieur du Tibet est critique. Nous ne percevons aucune amélioration, au contraire, la situation s’aggrave de jour en jour. Dans aucun domaine les droits des tibétains sont respectés et la violation des droits humains est continuelle.

Pouvez-vous communiquer avec les tibétaines vivant au Tibet ?

Non, il est totalement impossible de communiquer directement avec elles. Jusqu’à présent, nous recevons des informations par l’intermédiaire des tibétaines qui ont fui le Tibet après avoir subi des souffrances inhumaines, qu’elles aient été, soit emprisonnées, soit stérilisées de force etc.
Les femmes peuvent-elles défendre leur droits à l’intérieur du Tibet ?
Il est très difficile de protester au Tibet car toute action, aussi minime soit-elle, est sévèrement réprimée, non seulement la personne incriminée mais aussi toute sa famille.

Pourquoi les femmes tibétaines en exil veulent-elles s’impliquer en politique ?


Cela nous semble primordial de soutenir, dans notre exil, l’action de nos frères et sœurs restés au Tibet et qui s’engagent, au sacrifice de leur vie, pour la libération du Tibet. Comme on dit chez nous, au Tibet, si on éduque un homme, on éduque une personne, si on éduque une femme, on éduque toute une nation. Nous sommes convaincues que les femmes peuvent et doivent contribuer au développement durable de notre pays.

Comment encouragez-vous les tibétaines en exil à s’engager plus en politique ?


Nous apportons un intérêt particulier à la participation active des femmes en politique. Pour cela, nous organisons des ateliers et des rencontres au sein de notre communauté en exil pour développer la conscience politique des femmes. Nous conduisons des programmes d’éducation communautaire, par exemple sur les techniques de lobbying vis à vis des médias et des organisations internationales.

Dans quelle mesure l’exil a changé la situation des femmes tibétaines ?


Nous avons surtout gagné dans le domaine de l’éducation. L’exil nous a ouvert de nouvelles perspectives, nous a permis d’élargir notre façon de voir le monde. Au contact des communautés dans lesquelles nous sommes exilées, que ce soit l’Inde, l’Europe ou l’Amérique, nous avons appris les avantages mais aussi les risques de la mondialisation. Et puis aussi la nécessité de préserver notre culture, notre langue et nos pratiques religieuses et culturelles.
Site de TWA : www.tibetanwomen.org

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