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Entrepreneuses en Afrique

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat


Dès que la possibilité leur en est offerte, et avant même d’avoir acquis la totalité de leurs droits de citoyennes, de plus en plus d’Africaines prennent leurs affaires en main pour sortir de la spirale de la misère. Le succès des caisses populaires et micro-financements partout où ils sont mis en place le démontre. Les ONG internationales et les fonds de soutien, constatant leurs succès, leur font confiance. Quelques initiatives pour exemples.

* Nigui, Mali : un périmètre maraîcher
Chassés de leur village d’origine par la construction d’un barrage, les habitants de Nigui ont vécu dix ans de l’aide d’ONG étrangères appelées à la rescousse par la gouvernement en attendant la création de terres irrigables, continuellement ajournée. Quand, lassées, les ONG sont parties, un groupe de dix femmes a sauvé la situation en créant un petit périmètre maraîcher. Malgré une première récolte décevante, l’initiative attire l’attention du projet de développement rural de Manantali (Prema). Deux puits et quelques cours de formation plus tard, le potager agrandi donne de quoi nourrir le village. Grâce aux ventes, les femmes parviennent même à économiser. Et les hommes ? Ils attendent l’aménagement par l’état malien de rizières, dont ils pourraient obtenir des parcelles ; ou encore l’embauche que devrait créer la construction d’une centrale hydroélectrique sur le barrage par des entreprises européennes.
* Kassa Kunda, Gambie : le sésame s’ouvre aux femmes
Le groupement villageois « Dimba Ya Kafu » (« appui aux mères ») mène la culture et la commercialisation du sésame, dont le démarrage en 1980 fut soutenu par l’ONG Catholic Relief Service (CRS). L’exemple a bientôt été suivi dans toute la Gambie : plus facile à cultiver et à vendre, offrant de multiples possibilités d’autoconsommation et de grandes qualités nutritives, le sésame est en passe de supplanter l’arachide. La Banque Mondiale et l’Union Européenne seraient disposées à apporter leur soutien à sa culture, démarche déjà faite par le Pnud. C’est l’Association nationale des femmes exploitantes de sésame (NAWFA - près de 5 000 membres) qui gère l’exportation : 700 t cette année. Deux points noirs, cependant : des femmes se plaignent de la mauvaise qualité des semences, qui freine la production ; d’autres, du manque de terres, qui les empêche de se lancer dans la culture biologique de sésame. En dépit du succès, en effet, les meilleures terres restent aux mains des hommes.
* Kovie, Togo : les femmes prennent le contrôle des rizières
C’est au village de Kovie, dans la zone rizicole de Zio, que dix-huit femmes ont fondé le premier groupement féminin d’exploitation de rizières, « Elike », « bien enraciné », fort justement nommé puisqu’il s’est solidement implanté, et a fait des émules. Auparavant, les femmes servaient de manœuvres dans les rizières gérées par des hommes. Ne parvenant pas à exploiter la totalité des champs, les groupements masculins se sont laissés convaincre de mettre à la disposition des femmes une centaine d’hectares. Ils commencent à le regretter ! Aujourd’hui, une dizaine de groupements féminins ont vu le jour. Leur gestion est si rigoureuse, et leur sens du collectif si aigu, que les ONG et les bailleurs de fonds n’ont guère tardé à leur accorder la préférence dans l’aide à l’équipement et à la commercialisation. Les hommes protestent ; on leur renvoie leurs négligences passées. Un des riziculteurs de Kovie livre le fond de sa pensée : « En donnant trop de moyens aux femmes, un jour la tentation sera grande de leur part de nous écraser au foyer comme c’est déjà le cas aux champs. »
(Source : SYFIA - Tous droits réservés)

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