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Les enfants en Afrique, une situation toujours préoccupante

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

Par Laure Poinsot

Au Burkina Faso, de plus en plus d’enfants travaillent dans les mines d’or compromettant sérieusement leur santé et leur avenir. Un forum sur l’éducation s’est tenu au Sénégal en avril dernier pour faire le point sur les carences éducatives en Afrique, surtout en raison des guerres. Enfin, un projet de réinsertion des enfants des rues au Rwanda permet à quelques centaines d’entre eux de s’en sortir. Nous vous soumettons ici des résumés de papiers publiés dans les différentes agences africaines.

Au Burkina Faso, de plus en plus d’enfants travaillent dans les mines d’or

Par Abdoulaye Gandema
IPS

Le sort réservé aux enfants sur les sites aurifères du Nord désertique du Burkina, et du Sud- ouest du Niger est préoccupant. Le travail est très pénible et leurs gains quasi nuls. La plupart des enfants orpailleurs ne vont bien sûr pas à l’école, en particulier les filles. Au Burkina, le taux de scolarisation des filles est de 33,4 pour cent, contre 48 pour cent pour les garçons. Sur un site, l’apport de la gent féminine est considérable. Pendant que certaines parcourent de longues distances pour amener l’eau nécessaire au lavage du minerai, d’autres gagnent leur vie en le pilant. Cette activité se fait a l’aide d’un mortier et d’un pilon en fer massif. Exécuté aussi par des garçons de 11 à 15 ans, le pilage a des conséquences dramatiques, comme la déformation de la colonne vertébrale. La présence des enfants sur les sites d’orpaillage constitue un sérieux défi pour le Gouvernement, qui multiplie les campagnes de sensibilisation en direction des parents et des responsables des sites. Le travail de sensibilisation n’est pas aisé, en raison de la très grande mobilité des orpailleurs et du nombre élevé de sites. Selon le ministère de l’Energie et des Mines, il y aurait plus de 200 sites aurifères au Burkina. ’’Il est vrai que le Burkina a ratifié les textes internationaux sur le travail des enfants, mais il sera extrêmement difficile de lutter contre la présence et le travail des enfants sur les sites’’, déclare David Ouedraogo, technicien d’orpaillage au Comptoir Burkinabé des Métaux précieux (CBMP). Le Burkina a ratifié la Convention des Droits de l’Enfant en 1991. La pauvreté, qui touche près de la moitié des 11 millions de Burkinabés, est l’une des causes de la présence des enfants sur les sites aurifères. Mais il y a également le fait que les parents, notamment les mères, se trouvent sur les sites.

Apres la guerre, il faut réouvrir les écoles et enseigner la tolérance !

Par Madieng Seck,
SYFIA

(Sénégal)- Après les conflits auxquels nombre d’enfants ont pris part malgré eux, le redémarrage de l’école est un facteur de paix primordial. Mais c’est tout le système éducatif qu’il faut rebâtir comme l’ont expliqué les représentants d’Afrique de l’Ouest et du Centre, présents au Forum de l’Education à Dakar qui a eu lieu en avril dernier. Il y avait de quoi être affligé en entendant les témoignages poignants sur les enfants qui vivent dans les pays en guerre : ceux qui subissent comme ceux qui agissent. Pour relater ces horreurs dont les enfants ont été les cibles, mais parfois aussi les auteurs involontaires, certains ministres ou responsables africains n’ont pas hésité à dire crûment ce qui se passe. Ces conflits sont comme cette maladie qu’est le SIDA. Les combattants ont utilisé le sexe comme moyen, et les jeunes filles ont le plus souffert..., souligne un délégué africain. L’école en ligne de mire. Ces situations tragiques et lourdes de conséquences pour l’avenir de ces pays n’ont pourtant pas attiré grand monde. La petite salle du grand hôtel luxueux qui hébergeait la conférence n’était pas comble. Selon l’Unesco, plus de 300 000 enfants âgés de moins de 18 ans ont été mobilisés dans ces conflits armés au cours de ces dix dernières années. Au Burundi, au Congo Brazzaville, au Rwanda, en Sierra Leone et au Liberia, pour ne citer que les pays les plus touchés, la guerre, civile le plus souvent, a réduit les enfants, acteurs ou victimes, à la misère et à l’insécurité. Beaucoup en restent traumatisés. Partout l’école est sacrifiée : les enfants la désertent pendant les conflits qui mettent à mal tout le système éducatif. Une fois la guerre finie, comment relancer l’école ? A Dakar, ministres et experts de l’Education ont reconnu que la réouverture des écoles était primordiale. Mais des problèmes et non des moindres surgissent. Pour clore la réflexion sur ces initiatives gouvernementales, un expert, comme sur le tableau noir d’une classe, a écrit : Les enfants ont le droit à l’éducation, mais l’école doit aussi être respectée et protégée par tous.

Pour que les enfants de la rue au Rwanda sortent de l’impasse

Par Johanne Lauzon,
SYFIA

(Canada)- Les enfants de la rue sont aujourd’hui la trace visible de toutes ces vies bouleversées par les événements des dernières années au Rwanda. Une initiative communautaire, à Gisenyi, au nord-ouest du pays, leur redonne un toit et... confiance en la vie. Victimes du génocide ou de l’exode, ils vivent désormais entre eux, comme une famille reconstituée. D’autres ont fui la misère de leur famille, incapable de subvenir à leurs besoins. Selon le ministère des Affaires sociales, 6000 enfants vivraient dans les rues des principales villes du pays, Butare, Gisenyi et Kigali ; à elle seule, la capitale regroupe la moitié de ces jeunes. S’occuper des enfants : une urgence. Charles Ndoliyobijya a été touché par ces jeunes qui erraient sans but aux lendemains des tueries. Selon lui, ne rien faire pour ces enfants, c’est risquer que le cycle des violences reprenne. L’exclusion n’engendre-t-elle pas la violence ? Apres les avoir soignés, on a fait du rattrapage scolaire, se souvient-il. L’objectif : remettre les enfants en classe, dès l’ouverture des écoles en janvier 1995, ou les orienter vers un métier. Aujourd’hui, 605 jeunes fréquentent le Centre Abadahogora (ce qui veut dire il
ne faut pas continuer à pleurer). Parmi eux, plus de la moitié fréquente l’école primaire ou secondaire. Grâce à la collaboration d’artisans locaux, les autres suivent des ateliers de musique, de couture, de cuisine, de plomberie, d’électricité, de mécanique, de menuiserie et d’alphabétisation. Le Centre fonctionne avec un budget de 30 millions de francs rwandais (565 000 FF) reparti entre les activités et les salaires de six encadreurs. Pour l’instant, il est appuyé dans le cadre d’un projet de jumelage pilote par la Rhénanie-Palatinat, un land allemand. Mon bailleur de fonds voudrait financer des activités pour 100 jeunes. Mais j’en ai 615 ! Et je pourrais en avoir plus !, reprend-il.

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