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Combattre le racisme et la discrimination sexiste

jeudi 1er mars 2001, par Nicolas Bégat

Contribution du Lobby européen des femmes

Dans le cadre de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, qui aura lieu à Durban, en septembre 2001, le LEF propose sa contribution.


Fondé en 1990, le Lobby européen des femmes (LEF) est une alliance d’organisations non gouvernementales nationales et européennes de femmes, qui oeuvrent pour la réalisation de l’égalité des sexes et garantir que celle-ci et les droits des femmes soient pris en compte dans toutes les politiques de l’Union européenne.
La question du racisme et de la discrimination sexiste constitue une priorité pour le travail du LEF car nous estimons qu’il est fondamental de comprendre que dans le contexte global de la lutte contre le racisme, des mesures ciblées et spécifiques en faveur des femmes sont aussi nécessaires.
La Conférence mondiale de l’ONU contre le racisme (CMR), qui sera organisée en Afrique du Sud en septembre 2001, soulèvera des discussions et des débats importants, dans lesquels l’intervention du LEF se révélera essentielle : en effet, ce sera l’occasion de garantir l’intégration de la dimension femme-homme dans les discussions et les actions menées à tous les niveaux. Il est vital que les responsables politiques et la communauté des ONG soient pleinement sensibilisés à la nature particulière de la discrimination vécue par les femmes.
L’objectif de ce document est d’identifier les principales formes de racisme vécues par les femmes dans l’Union européenne et de formuler des recommandations en conséquence. Quelques exemples de bonnes pratiques développées par les membres du LEF sont présentés brièvement en annexe.

Reconnaître l’intersection entre genre et racisme

Le genre se réfère aux rôles des femmes et des hommes construits socialement et qui leur sont assignés en fonction du sexe. Les rôles du genre dépendent donc d’un contexte socio-économique, politique et culturel particulier et sont influencés par d’autres facteurs, y compris la race, l’origine ethnique, la classe et l’âge. Les rôles en fonction du genre sont appris et varient largement au sein d’une même culture et entre les cultures. Contrairement au sexe biologique d’une personne, les rôles en fonction du genre sont susceptibles de changement1.

Les gouvernements participant à la 4e Conférence Mondiale sur les femmes ont dit être déterminés à « redoubler d’efforts pour que toutes les femmes et les filles que de multiples obstacles, tenant à des facteurs tels que race, âge, langue, origine ethnique, culture, religion, incapacités ou appartenance à une population autochtone, privent de tout pouvoir et de toute possibilité de progrès puissent jouir à égalité de tous les droits de la personne humaine et de toutes les libertés fondamentales »2.

En outre, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’encontre des femmes (CEDEF) des Nations Unies (1979) dispose que l’éradication de l’apartheid, de toutes les formes de racisme, de la discrimination raciale, du colonialisme et néo-colonialisme, de l’agression, de l’occupation étrangère et de l’ingérence dans les affaires internes des Etats est essentiel à la plein jouissance des droits des hommes et des femmes (Préambule, cl.10). La CEDEF qui est souvent décrite comme la Charte internationale des droits des femmes reconnaît l’intersection entre le genre et le racisme.

Genre et racisme


L’article 1.1 de la Convention internationale des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (1965) définit la discrimination raciale comme suit : « Toute distinction, exclusion, restriction ou préférence fondée sur la race, la couleur, l’ascendance ou l’origine nationale ou ethnique, qui a pour but ou pour effet de détruire ou compromettre la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, dans des conditions d’égalité des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social et culturel ou dans tout autre domaine de la vie publique ».

Sous l’angle sexo-spécifique, cette définition ne mentionne qu’une partie des formes particulières de discrimination vécue par les femmes, puisque la discrimination sexiste s’ajoute à la discrimination raciale. Les rôles en fonction du genre et les relations varient à travers le temps et les sociétés, mais tout au long de l’histoire, les femmes ont communément occupé une position subordonnée. Les femmes au sein des communautés connaissant le racisme sont discriminées de manière disproportionnée, du fait des oppressions multiples auxquelles elles font face : être une femme au sein de leur communauté, être Noire, migrante ou d’une minorité ethnique et ainsi être confrontées au racisme institutionnel. ’En tant que trait physique et biologique, le genre est comme la race. Il est visible et peut être un moyen commode et évident de juger et trier les personnes’3.

Alors que le mouvement féministe moderne soulève des questions d’intérêts pour toutes les femmes, le problème majeur pour les femmes Noires, migrantes et de minorités ethniques n’est donc pas seulement la discrimination de genre, mais aussi le système entier de stratification ethnique et sociale qui définit, stigmatise et contrôle ces groupes dans leur ensemble. Ainsi, les femmes membres des communautés noires, migrantes et de minorités ethniques sont confrontées à des barrières et limites différentes de celles des hommes de ces mêmes groupes dans leurs relations avec la société dans son ensemble.

Les femmes connaissant le racisme


Combinaison de nombreux éléments, il est difficile de ’cataloguer’ d’une manière générale les groupes de personnes connaissant le racisme. Cependant, le racisme auquel sont confrontées les femmes nouvellement arrivées dans l’Union européenne, quelque soit leur statut, est parfois plus aigu et plus visible que le racisme auquel sont confrontées les femmes Noires et des minorités ethniques qui ont toujours vécu dans l’un des pays de l’Union européenne et qui sont des ressortissantes de l’UE elles-mêmes (souvent immigrées depuis plusieurs générations, groupes des anciennes colonies).

Pour les personnes des anciennes colonies, le niveau d’intégration est plus faible que pour les communautés d’immigré(e)s européen(ne)s. Les personnes des anciennes colonies ont connu des siècles de domination et exploitation. Leur visibilité et le statut de leur groupe est une réalité principale dont ils ne peuvent pas choisir de s’exempter. ’Parce que ces personnes sont identifiées par leurs caractéristiques permanentes raciales et physiques, leur appartenance au groupe définira leur vie en dehors de toute autre qualité ou compétence’4.

Le racisme contemporain en Europe revêt aussi la forme de la xénophobie et de l’exclusion sociale. En général, la discrimination raciale appauvrit et met en situation de dénuement social les personnes qui le vivent5. De fait, le racisme qui touche les femmes noires, migrantes et de minorités ethniques nouvellement arrivées dans l’un des Etats membres de l’UE est lié à de solides barrières structurelles au sein des sociétés européennes : exclusion sociale, statut légal précaire, violence et intimidation, accès difficile au marché de l’emploi et manque de visibilité.
La situation de marginalisation renforce les stéréotypes racistes, étayés par les médias, qui véhiculent à leur tour une image négative des migrant(e)s, souvent décrits comme des délinquants potentiels et/ou un fardeau financier pour l’Etat, voire des pourvoyeurs de drogue et de maladies.

L’antisémitisme est également fortement présent dans l’Union européenne et l’expérience particulière des femmes juives doit être considérée dans ce document.

Féminisation de l’immigration


Aujourd’hui, malgré le manque de statistiques et les différentes définitions du terme ’migrant’, il est connu qu’au moins 50 millions de femmes sont des migrantes internationales, avec environ 12 millions en Europe. Bien que les femmes représentent la moitié de la population immigrée en Europe de l’ouest, leurs besoins spécifiques ont souvent été oubliés dans les programmes relatifs à l’immigration6.

Terminologie


Par souci de simplicité, nous recourrons dans ce document au terme "femmes noires, migrantes et de minorités ethniques". Ce terme englobe également les réfugiées, les demandeuses d’asile, les femmes immigrées récentes et de longue date. De manière plus générale, ce terme renvoie aux femmes qui sont confrontées à la discrimination multiple, en raison de l’intersection entre sexe, origine ethnique et/ou religion.

Comme il est largement reconnu qu’il n’y a pas une forme, type ou définition du terme ’racisme’, nous utiliserons le terme ’racisme’ dans ce document en référence à la définition de la discrimination raciale de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale citée plus haut.

Recommandations générales


L’intégration de la clause anti-discrimination (article13) dans le Traité de l’Union européenne et les mesures prises en conséquence pour sa mise en œuvre constituent un progrès majeur dans la lutte contre le racisme à l’échelle européenne, en établissant des instruments juridiques concrets. En tant que telles, ces développements sont les bienvenus. Cependant, le LEF regrette que, malgré ses recommandations formulées à plusieurs reprises7, aucune perspective de femmes n’ait été intégrée dans ces mesures. La discrimination sexiste est de nature structurelle affectant la moitié de la population et pas seulement une minorité de personnes. Les femmes sont très souvent confrontées à la discrimination double ou multiple, d’abord en tant que femmes et ensuite en raison de leur origine ethnique, leur religion ou conviction, leur handicap, leur âge et/ou orientation sexuelle.

Le LEF souhaite souligner encore une fois l’importance majeure de l’intégration de la dimension femme-homme dans les actions, les programmes et les politiques destinées à enrayer la discrimination raciale et ethnique. L’âge, le handicap, l’orientation sexuelle doivent être également pris en considération dans l’approche du problème du racisme.

Le LEF formule ci-dessous certaines recommandations générales à l’attention de l’Union européenne et des Etats membres, en les pressant de renforcer leur collaboration avec la société civile, les organisations non gouvernementales et les représentants des minorités ethniques, afin de tirer parti de leur expertise dans la lutte contre le racisme et la discrimination de genre. Ces recommandations générales sont suivies d’une analyse des principaux obstacles rencontrés par les femmes noires, migrantes et de minorités ethniques, ainsi que de recommandations pour y faire face.

Ce que le LEF recommande :



* L’adoption par les gouvernements d’une Plate-forme d’Action pour l’élimination du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l’intolérance qui y est associée, qui prévoit une pleine intégration de la dimension femmes-hommes ;
* L’engagement des gouvernements de dresser un bilan cinq ans après la CMR, afin d’évaluer et de procéder à une estimation critique des progrès accomplis par les gouvernements dans le cadre de la lutte contre le racisme. Ce bilan devrait permettre de définir des indicateurs et des données comparables quant à l’intégration de la dimension égalité femmes-hommes ;
* La mise en oeuvre de la directive communautaire "Mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement entre les personnes sans distinction de race ou d’origine ethnique" officiellement adoptée par le Conseil le 29 juin 2000, assurant que la dimension femmes-hommes est pleinement intégrée dans le processus de mise en oeuvre ;
* Dans la perspective de la future révision des traités UE, les droits suivants, liés à la citoyenneté européenne, doivent être étendus aux ressortissants des Etats tiers résidant légalement dans un des Etats membres depuis 5 ans : droit à la libre circulation, droit d’établissement, droit de vote et de porter candidat aux élections locales et européennes ;
* Bien que l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne8 soit bienvenu, une référence spécifique à l’intégration de la dimension femme-homme doit être intégrée dans cette disposition ;
* L’Union européenne et les Etats membres devraient reconnaître le rôle de la société civile et des ONG qui combattent le racisme, et s’engager à renforcer le dialogue et la coopération avec celles-ci. Les ONG devraient être impliquées et consultées par l’UE dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques qui visent à combattre toutes les formes de racisme, afin de garantir leur participation concrète.
* Dans tous les développements à venir relatifs à l’immigration, les réfugié(e)s et l’asile, il convient de s’assurer que les besoins spécifiques des femmes sont pleinement reconnus dans les politiques.

Les gouvernements des Etats membres devraient :

* Soutenir des formations et actions de sensibilisation anti-racistes à tous les niveaux de l’éducation, des services publics et du secteur privé ;
* Promouvoir davantage d’actions de sensibilisation dans les écoles et dans la société au sens large sur les origines et causes du racisme ;
* Assurer un solide cadre juridique qui défend les droits humains des personnes - femmes et hommes qui vivent le racisme - tout en adoptant des sanctions pénales suffisantes pour comportements racistes ;
* Respecter, promouvoir et célébrer la connaissance de différentes cultures via des activités éducatives, sociales, culturelles et artistiques.

Exclusion sociale


La pauvreté et l’exclusion sociale doivent être considérées comme l’une des caractéristiques principales de la discrimination raciale rencontrée par les femmes noires, migrantes et de minorités ethniques. Il existe de nombreuses causes qui contribuent à les exclure de la société : racisme et discriminations raciales, intimidation ; obstacles linguistiques et structurels ; méconnaissance des droits légaux et civils et insuffisance de moyens pour accéder à l’information ; Insuffisance de qualifications spécialisées ; non-reconnaissance des qualifications et donc sur-représentation dans le travail atypique dans l’économie informelle, qui sont pour elles les seuls moyens de gagner leur vie.
Les groupes qui sont les plus sévèrement affectés par la pauvreté et l’exclusion sociale sont les mères célibataires et leurs enfants, les femmes victimes de la traite et d’autres formes de violence, les réfugiées, les femmes domestiques migrantes, les femmes migrantes nouvellement arrivées, les travailleuses clandestines.
Par ailleurs, les femmes noires, migrantes et de minorités ethniques sont plus souvent contraintes à rester chez elles que les femmes Blanches pour s’occuper des enfants et/ou des personnes dépendantes. Ceci constitue clairement un obstacle additionnel à leur intégration sociale en les maintenant davantage isolées du reste de la société dans laquelle elles vivent.

L’exclusion sociale se traduit par la difficulté d’accès aux ressources et aux services de base de la société (soins de santé, logement, prestations d’aide sociale, protection sociale) ainsi que l’absence de services appropriés et la discrimination s’agissant des prestations de services dans les domaines de la santé, l’éducation et la formation professionnelle. En raison de sa nature structurelle, l’exclusion a des répercussions à long terme sur la qualité de vie de ces femmes, et les enfants de la seconde et troisième génération ont tendance à en ’hériter’. De nombreuses femmes noires, migrantes et de minorités ethniques sont en fait pris dans un cycle de pauvreté et de privation dont elles pourront seulement sortir grâce à une stratégie intégrée9.

Ce que le Lef recommande :


* Dispenser, à des prix accessibles, des cours de langue et de culture du pays d’accueil spécialement destinés aux femmes migrantes, réfugiées et demandeuses d’asile nouvellement arrivées ;
* Elaborer des politiques et des services publics qui répondent aux conditions et besoins d’une société multiculturelle ;
* Veiller à ce que les employés chargés de fournir les services publics et l’orientation soient sensibles aux préoccupations des femmes noires, migrantes et de minorités ethniques et dispenser à ces employés des formations anti-racistes ;
* Financer et soutenir les centres où les femmes noires, migrantes et de minorités ethniques peuvent bénéficier de conseils juridiques et d’informations gratuites, des soins de santé assurés par des femmes médecins, et garantir que ces services sont fournis dans leur langue maternelle ;
* Organiser des services de garde d’enfants de bonne qualité et abordables qui sont accessibles aux femmes noires, migrantes et de minorités ethniques.
* Financer et soutenir les associations féminines nationales et de terrain ainsi que des groupes de pression dans le cadre de leurs actions politiques sur le sujet.
* Fournir des mécanismes permettant de traiter de la question de la diversité et des politiques y afférentes au sein des organisations, instituts et organes étatiques.

Femmes disposant d’un statut dépendant


La position des femmes disposant d’un statut dépendant peut être particulièrement vulnérable en raison de l’absence de droits individuels. Leur situation légale et leur permis de séjour dépendent totalement du statut de leurs maris, puisqu’elles les ont rejoints dans le cadre de la politique de regroupement familial, avec par conséquent des "droits dérivés". Ce qui signifie qu’en cas de séparation, de divorce ou de décès de leur époux, elles peuvent être expulsées sans grande chance d’obtenir des droits individuels, puisque le processus légal peut prendre de un à quatre ans, selon le pays. La politique d’immigration des États membres est souvent fondée sur la présomption stéréotypée que les femmes migrantes ne sont pas des individus autonomes, mais des "appendices" de leurs époux ou de leurs pères, leur propre identité légale n’étant donc pas considérée comme une priorité. Victimes de l’exclusion sociale et en même temps se trouvant dans une situation de dépendance économique, nombre de femmes se heurtent souvent à des difficultés dans tous les domaines, par exemple :

* L’emploi - c’est le cas des sans-papier et des femmes domestiques migrantes qui, en l’absence de permis de séjour en règle, ne peuvent bénéficier des droits sociaux, ni de la protection sociale et sont souvent exploitées par leurs employeurs ;
* Les obstacles légaux - les femmes migrantes et réfugiées, les demandeuses d’asile qui souhaitent multiplier leurs activités professionnelles ou prolonger leur permis de séjour doivent surmonter des obstacles conséquents pour obtenir un statut légal dans les Etats membres de l’UE ;
* La violence domestique - trop souvent, les femmes victimes de violence domestique se taisent, en raison de la précarité de leur statut légal.
* La traite pour la prostitution - De nombreuses femmes victimes de la traite se trouvent d’autant plus victimes par le fait qu’elles sont en situation illégale dans les pays de destinations de la traite. L’incidence de la traite a par ailleurs des conséquences sur les femmes originaires de certaines minorités ethniques étroitement identifiées à la traite. Ainsi, il est fréquent que les femmes non prostituées et non victimes de la traite, originaires de ces pays, soient du coup stigmatisées en tant que prostituées - Par exemple, toutes les femmes albanaises ou nigériennes en Italie ou en Espagne.

Ce que le Lef recommande :


* Octroyer un statut légal indépendant aux femmes migrantes et de minorités ethniques qui immigrent avec leurs maris ;
* Donner aux travailleuses sans papier les moyens de légaliser leur situation et donc reconnaître leur contribution à l’économie des Etats membres ;
* Adopter et mettre en œuvre des lois protégeant les femmes migrantes qui travaillent comme domestiques contre l’exploitation par leurs employeurs ;
* Veiller à ce que les lois en matière d’immigration et d’asile répondent aux besoins spécifiques des femmes demandeuses d’asile menacées de persécution, d’oppression et de violence.

Violence


La violence à l’encontre des femmes concerne toutes les femmes et les hommes en Europe. Cependant, les femmes noires, migrantes et de minorités ethniques peuvent être particulièrement vulnérables en raison du racisme et de l’exclusion sociale. Elles se heurtent aux formes de violence suivantes :

* La violence domestique comme les coups, la violence psychologique, les mauvais traitements physiques et verbaux, les abus sexuels et le viol ;
* La violence envers les femmes domestiques migrantes ;
* Les mutilations sexuelles féminines et les mariages forcés ;
* La traite des femmes et la violence qui y est liée, y compris le viol, les coups et la prostitution.

Il se révèle très difficile de récolter des données concernant l’incidence de la violence vécue par les femmes en général et plus particulièrement par les femmes noires, migrantes et de minorités ethniques, en raison de la nature cachée du phénomène. Le manque de visibilité dépend de plusieurs facteurs comme les obstacles culturels, le statut légal précaire, et parfois l’impossibilité pour ces femmes de faire prévaloir leurs droits, ce qui les empêche de dénoncer la maltraitance et de se défendre elles-mêmes. L’absence d’organisations et d’agences spécialisées dans le domaine de la violence envers les femmes noires, migrantes et de minorités ethniques contribue également à ce manque de visibilité.

Il convient par ailleurs de souligner les conditions vécues par les femmes demandeuses d’asile et réfugiées. En effet, les persécutions de genre ne figurent pas encore parmi les motifs légitimes d’une demande d’asile auprès des Etats membres de l’UE.

De nombreuses femmes juives sont confrontées à la violence au sein même de leur famille et évitent d’en parler par peur d’exposer leur communauté à la critique et la condamnation. En outre, certaines vivent dans des milieux intégristes qui existent au sein de chaque religion et qui, aujourd’hui, connaissent une remontée en force particulièrement opprimante pour les femmes.

Ce que le LEF recommande :


* Adopter des mesures concrètes pour endiguer le phénomène de la traite des femmes, à la fois en appliquant une législation adéquate et en élaborant des mesures préventives dans les pays d’origine des femmes victimes de la traite ;
* Aider et protéger les victimes de la traite et leur fournir des services juridiques, médicaux, psychologiques et sociaux, ainsi qu’il est spécifié dans la nouvelle Convention des Nations Unies et son protocole sur la traite des être humains ;
* Intégrer le problème particulier de la violence rencontrée par les femmes noires, migrantes, juives et de minorités ethniques dans la formation des autorités publiques et de police ;
* Reconnaître les formes spécifiques de persécutions envers les femmes qui devraient constituer des motifs légitimes pour une demande d’asile auprès des Etats membres de l’UE, et intégrer la perspective des femmes dans les politiques européennes en matière d’asile ;
* Fournir un soutien financier aux agences et aux ONG qui travaillent dans le domaine de la violence envers les femmes noires, migrantes, juives et de minorités ethniques, et promouvoir l’élaboration et l’échange de bonnes pratiques dans l’UE ;
* Compiler les recherches et les études systématiques aux niveaux européen et national relatives aux formes de violence perpétrées sur les femmes noires, migrantes, juives et de minorités ethniques.

Accès au marché de l’emploi


L’autonomisation des femmes noires, migrantes et de minorités ethniques est cruciale pour l’amélioration de leur situation. Comme nous l’avons déjà dit, les obstacles qu’elles rencontrent dans la recherche d’un emploi sont liés à l’exclusion sociale et parfois au manque de statut légal indépendant. Récemment cependant les femmes migrent de plus en plus en tant qu’actrices économiques autonomes10.

Emploi

Pourtant les opportunités de travail et les chances de réussite sont limitées au type de travail qui s’offre à elles. Souvent considérées comme des employées peu onéreuses, dociles et flexibles, les femmes migrantes sont fortement concentrées dans quelques occupations à dominance féminine : le travail domestique, le ’divertissement’ (souvent la prostitution), les aides dans les restaurants et hôtels, la confection clandestine de vêtements, le travail à la chaîne dans les usines à travail intensif, etc. Ces ’emplois’ offrent des conditions de travail, si tant est qu’il en existe, inférieures et limite les perspectives et la sécurité, avec peu d’accès aux réseaux d’information et à l’aide sociale, laissant les femmes vulnérables aux discriminations et aux abus.

L’accès à l’emploi, ainsi que les perspectives de sécurité à long terme et de promotion professionnelle, sont souvent limités du fait des préjudices, des stéréotypes, de la xénophobie et du racisme. Compte tenu du fait que toutes les jeunes personnes qui cherchent un emploi pour la 1ère fois ne répondent pas au critère de l’expérience professionnelle, pour les jeunes personnes Noires et migrantes, cela constitue un obstacle supplémentaire. L’accès à l’expérience professionnelle peut refléter les obstacles en raison de l’âge mais est aussi influencé par la durée des migrations ainsi que le sexe.

Certaines femmes juives se sentent également isolées sur les lieux de travail, d’un côté de la part de la majorité chrétienne qui les considère avec méfiance pour leur « différence » et d’un autre côté de la part des autres minorités ethniques dont certaines les groupent avec la « majorité » et d’autres les voient comme ennemies en raison des conflits au Proche Orient.

Formation

En termes de formation, le bas niveau de compétence et l’insuffisance de qualification de nombreuses femmes noires, migrantes et de minorités ethniques les contraignent à travailler dans l’économie informelle, aux postes les plus mal payés et les moins qualifiés. Or, des politiques de formation permettraient d’améliorer leur capacité d’insertion professionnelle et les rendraient compétitives sur le marché de l’emploi. De plus, des cours de pré-formation devraient être envisagés afin d’améliorer l’estime de soi de ces femmes. En effet, en dépit de leurs activités économiques dans les secteurs de l’économie formelle et informelle, les femmes noires, migrantes et de minorités ethniques n’ont bien souvent pas confiance en leurs compétences professionnelles, en raison de leur situation économique et sociale subordonnée.

Education

L’éducation est un moyen important d’améliorer la position de toutes les femmes dans la société. Toutefois, l’accès à l’éducation présente diverses difficultés pour différentes raisons : obstacles culturels et stéréotypes, manque d’information sur le système éducatif, traditions culturelles et croyance que l’éducation des femmes est d’importance secondaire.

Faits & chiffres


* Les femmes migrantes gagnent en générale moins que les hommes autochtones et les hommes migrants, et moins que les femmes autochtones.11
* 20% des femmes Noires et migrantes en Angleterre sont sur-qualifiées pour le travail qu’elles font. Les femmes indiennes travaillent plus souvent à plein temps, parce que leurs maris (ou partenaires) noirs ou migrants gagnent moins que les hommes Blancs12.
* Les femmes Noires et migrantes aux Pays-Bas entre 15 et 65 ans cherchent trois à cinq fois plus souvent un travail que les femmes Blanches13.
* Aux Pays-Bas, les femmes antillaises et du Surinam disposant d’une formation académique similaire ou plus élevée que les femmes Blanches ont le même taux de chômage que ces femmes Blanches. Toutefois, la femme hollandaise Blanche a plus souvent un travail plus qualifié assorti d’un bon salaire (et un niveau de responsabilité plus élevé), alors les femmes antillaises et du Surinam avec le même niveau d’éducation travaillent plus souvent en dessous de leur niveau de qualification et un salaire inférieur14.
* Même si les travailleurs noirs et migrants disposent des mêmes qualifications que les travailleurs blancs, les employeurs préfèrent les Blancs pour les raisons suivantes : problèmes de langage, mauvaise expérience avec des personnes noires et migrantes, taux élevé de congés maladies, meilleures performances des travailleurs blancs par rapport aux travailleurs noirs15.


Ce que le Lef recommande :

* Rendre les informations sur le système éducatif disponibles aux femmes noires, migrantes et de minorités ethniques au niveau local ;
* Promouvoir des campagnes visant à sensibiliser les communautés de minorité ethnique à l’importance de l’éducation des fillettes et des femmes ;
* Faciliter et encourager la participation des femmes noires, migrantes et de minorités ethniques, au niveau local, aux formations par le biais de la diffusion de l’information et de l’apport de fonds ;
* Mettre en place la procédure nécessaire pour établir un système de reconnaissance et d’équivalence des diplômes et qualifications professionnelles entre l’Union européenne et les Etats tiers ;
* Elaborer et utiliser des instruments destinés à réglementer l’économie informelle et le travail atypique ;
* Introduire des mesures pour combattre la discrimination envers les femmes noires, migrantes, juives et de minorités ethniques dans l’embauche, comme par exemple une aide juridique gratuite pour les femmes qui dénoncent des cas de discrimination ou encourager les employeurs à reconnaître les avantages d’une dimension multiculturelle en termes de performances et de réussite ;
* Mettre en place des gardes d’enfants accessibles aux femmes noires, migrantes et de minorités ethniques ;
* Dispenser une formation antiraciste et antisexiste aux personnes qui travaillent dans le système éducatif ;
* Introduire des cours obligatoires sur les religions dans les écoles, développant en particulier une réelle connaissance du Judaïsme et de l’histoire du peuple juif, ainsi que de l’Islam :
* Introduire des cours obligatoires dans les écoles sur l’histoire du colonialisme par les pays européens et sur l’histoire de l’esclavage ;
* Promouvoir le dialogue inter culturel et inter religieux dans les écoles animés par des enseignants réellement formés dans ce domaine.

Manque de visibilité

Les femmes noires, migrantes et de minorités ethniques ont tendance à être invisibles au sein de la société, tant au niveau de la représentation que de la reconnaissance de leurs besoins. En outre, leurs contributions économique et culturelle à la société d’accueil sont souvent sous-évaluées, parce qu’elles ne sont en fait pas visibles pour une grande partie de la société. Les stéréotypes concernant les femmes des groupes minoritaires sont à la fois une cause et une conséquence de ce manque de visibilité : bien souvent, elles ne sont pas perçues comme des individus qualifiés qui pourraient utiliser leurs aptitudes à l’avantage de l’ensemble de la société.

Dans ce contexte, la promotion et le soutien aux femmes noires, migrantes et de minorités ethniques aux postes décisionnels dans les services publics constituent une priorité réelle. En effet, ces organes ont un impact direct sur la vie quotidienne des femmes dans des domaines aussi essentiels que la santé, le logement et l’éducation.

Par ailleurs, les médias devraient accorder plus d’attention à la réalité et aux problèmes de femmes noires, migrantes et de minorités ethniques, et en promouvoir une image plus positive et objective, loin des stéréotypes.

Ce que le Lef recommande :

* Encourager la participation des femmes noires, migrantes et de minorités ethniques à la prise de décisions dans tous les domaines de la vie civile, politique, économique, sociale et culturelle ;
* Intégrer leurs intérêts et les résultats des études et enquêtes dans les politiques et les programmes des Etats membres ;
* Accroître la visibilité des femmes noires, migrantes et de minorités ethniques par le biais de sondages, d’études et de statistiques spécifiques ;
* Inciter les médias à consacrer plus d’attention à ces femmes et à leurs préoccupations, en mettant en évidence leurs contributions à la société ;
* Soutenir les ONG qui travaillent avec/composées de femmes noires, migrantes et de minorités ethniques, y compris les femmes victimes de la traite.

Bibliographie

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Vaincre la discrimination : exemples de stratégies pour renforcer l’autonomie des femmes noires, migrantes et de minorités ethniques, Jyostna Patel, LEF, 1998
Le racisme : persistance et mutations, Conseil International pour l’Etude des Droits Humains, 2000
Politiques de l’OIM et les femmes, Organisation International pour les Migrations (OIM), 2000
Activités du Conseil de l’Europe relatives à la lutte contre le racisme et l’intolérance, ECRI (Commission européenne contre le racisme et l’intolérance) CR(99) 56 final, 1999
Lutter contre le racisme et la xénophobie par voie législative au niveau européen, Isabelle Chopin, Réseau européen contre le racisme, 1999
Towards employment for all, Combating racism and promoting the integration of migrants, Emploi et Affaires sociales, Commission européenne, 2000
Les institutions européennes dans la lutte contre le racisme : sélection de textes, Emploi et Affaires sociales, Commission européenne, 1997.
Annual report 1999, European Monitoring Centre on Racism and Xenophobia
Fighting Words, Black women & the search for justice, Patricia Hill Collins 1998.
Race, Ethnicity, Gender and Class JF Healey 1995.
De slager voor het (personeels) blok Haag A.van. Amsterdam ROSB,1998.
Minderheden in Nederland, Statistisch Vademecum 1992, Roelandt, Th,. J. Veenman 1992.
(Sociale Atlas van de vrouw deel 3)
Allochtone Vrouwen, Hooghiemstra B., Nipphuis-Nell M. SCP,1995.
Confronting the fortress, Black and Migrant women in the European Union, Working paper, Directorate General for research, Women’s rights series, European Parliament, 1995


1 Mise en œuvre des résultats de la 4ème Conférence mondiale sur les femmes A/51/322, paras 7-14
2 Déclaration de Pékin, para 32, plate-forme d’action de Pékin, 1995
3 Healey 1995 - Traduction libre
4 Healey 1995, 53 - Traduction libre
5 Le racisme : persistance et mutations, Conseil International pour l’Etude des Droits Humains, 2000
6 Politiques de l’OIM et les femmes, Organisation International pour les Migrations (OIM)
7 Prises de position du LEF relatives aux propositions de la Commission en vue de la mise en œuvre de l’article 13 du traité d’Amsterdam, juillet 1999, avril 2000, septembre 2000.
8 Article 21.1 : "Est interdite, toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, le handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle".
9 Vaincre la discrimination, Jyostna Patel, LEF
10 Politiques de l’OIM et les femmes, Organisation International pour les Migrations (OIM)
11 Politiques de l’OIM et les femmes, Organisation International pour les Migrations (OIM)
12 Breugel 1989 ( Feminist Review nr 32, Sex and race in the labour market)
13 "Minderheden in Nederland", Statistisch Vademecum 1992, Roelandt, Th,. J. Veenman 1992
14 "Minderheden in Nederland", Statistisch Vademecum 1992, Roelandt, Th,. J. Veenman 1992
15 Research, by Loon Technische Dienst (LTD from the Ministry of Social Affairs and Employment 1990, NL
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