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Les Burkinabés prennent connaissance du Code des personnes et de la famille

lundi 1er janvier 2001, par Nicolas Bégat

par Abdoulaye Gandema

Le Burkina Faso lance une campagne nationale pour faire connaître la véritable teneur du Code des personnes et de la famille - pour qu’au moins, les citoyennes ne soient pas lésées sans même le savoir.

Le Burkina Faso s’est lancé dans la vulgarisation de son code des personnes et de la famille, un texte de loi qui fait une part belle aux droits de la femme.
Entré en vigueur depuis une décennie, le Code des personnes et de la famille n’a pas pu être effectivement appliqué, étant donné que, dans les faits, le droit coutumier et le code civil d’Afrique Occidentale Française (AOF), l’ancienne organisation coloniale, étaient les seules lois reconnues depuis 1804. Selon les observateurs, si le code qui interdit et punit certaines discriminations et violences à l’égard des femmes, était effectivement appliqué, les droits des femmes seraient moins bafoués.
Des chiffres alarmants rendus publics récemment par la Direction de l’Action sociale de la province du Kadiogo, au Centre du pays, témoignent que les violations des droits de la femme sont encore légion dans ce pays situé en Afrique de l’Ouest. Durant le premier semestre de 1999, Ouagadougou et ses environs ont enregistré neuf cas de mariage forcés, 97 cas de grossesses contestées, 49 cas de recherches de paternité. Quelque 130 cas de demandes de pensions alimentaires et 18 cas d’enfants maltraités ont été également rapportés. Le constat sur la pratique des mutilations génitales des femmes est bien amer. Plus de 70% des jeunes filles sont excisées clandestinement, car la pratique est sévèrement réprimée par la loi. A l’aube du troisième millénaire, les veuves et orphelins burkinabés continuent d’être spoliés de leurs dus, tandis que l’esclavage de la femme et sa marginalisation dans les sphères de prise de décision se perpétuent encore. Dans les écoles burkinabés, la discrimination contre les jeunes filles scolarisées enceintes est flagrante. Elles sont purement et simplement renvoyées de leur classe ou sont la risée des autres élèves et des enseignants.
C’est la raison pour laquelle le projet Code des personnes et de la famille veut aider au renforcement du pouvoir des femmes afin qu’elles puissent, en toute liberté, prendre en charge leur santé reproductive. ’’Il nous faut arriver à répondre aux besoins en santé sexuelle, santé de la reproduction de la jeune fille et de la femme’’, dit Celestine Some, directrice nationale du projet Code. ’’Cela peut se faire en améliorant l’accès des femmes aux services qui travaillent dans ce domaine et dans celui des maladies sexuellement transmissibles telles que le Sida’’.
L’inapplication du Code de la famille et des personnes serait due a l’analphabétisme qui est endémique chez les femmes burkinabés, car près de 80% d’entre d’elles ne savent ni lire, ni écrire. Il y a aussi un déficit de communication entre la justice et le justiciable. Au Burkina, beaucoup de gens, même en ville, pensent que la justice appartient aux riches et aux tenants d’un pouvoir quelconque, qu’il soit politique ou autre. ’’Ces facteurs sont peu de choses par rapport aux résistances inhérentes aux pesanteurs sociales et culturelles, à la lourdeur de l’application judiciaire et à son inaccessibilité, à la prééminence du patriarcat et à bien d’autres boulets que la société traîne à ses pieds’’, explique Hortense Zida, journaliste et défenseur des droits de la Femme. ’’Ils sont légion malheureusement, ceux qui s’installent dans le confort de la spécificité culturelle et des préceptes religieux pour contester l’égalité des sexes et des conditions’’, ajoute-t-elle.
Le Code burkinabé permet à l’homme de prendre plus d’une femme ; cependant il lui enjoint de requérir préalablement l’accord de la première ou des premières épouses. Mais rares sont les hommes qui se soumettent à cette règle, convaincus que leurs femmes n’ont aucun recours contre eux. De l’avis de Penda M’bow, historienne sénégalaise, la religion n’est souvent qu’un prétexte pour empêcher la femme de jouir pleinement de tous ses droits. ’’Le Christianisme et l’Islam sont deux religions essentiellement monogamiques. Mais les musulmans africains ont interprété le Coran à leur manière sur bien des plans’’, s’insurge M’bow.
Pour Ruth Sawadogo, haut commissaire de la province de Kadiogo, l’application réelle du Code exige un travail préalable d’information et de sensibilisation des populations. ’’Pour ce faire, nous avons lancé une vaste campagne fin novembre sur tout le territoire national afin d’expliquer aux populations le contenu réel du Code’’, indique Sawadogo. La campagne, qui s’étalera sur un mois, est organisée en collaboration avec le Projet Population et Lutte contre le Sida (PPLS). Outre les activités de sensibilisation proprement dites, elle comportera des cérémonies de régularisations massives de mariages. Déjà, 70 mariages ont ainsi été régularisés à Yako (108 km au nord de Ouagadougou) et a Ouahigouya (181 km au nord de la capitale). ’’Au total, cette campagne permettra la régularisation de 140 mariages monogames et polygames qui vont permettre aux époux et aux enfants de jouir des avantages liés à cet acte civil d’une grande valeur’’, explique Some. ’’En l’absence d’un mariage légal, on assiste souvent à des scènes dramatiques, lors du décès d’un des époux par exemple’’.
Un accent particulier sera mis sur la lutte contre le lévirat, pratiqué dans toutes les sociétés traditionnelles burkinabés. La campagne aidera aussi à confectionner des cartes d’identité pour des centaines de villageois qui n’en ont jamais eues.
(Source : IPS / Femmes-Afrique-Info)

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