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La Journée de la Femme 2002 à travers le monde

dimanche 7 avril 2002, par Dominique Foufelle

Journée alibi, le 8 mars ? Peut-être, mais quand les femmes elles-mêmes s’en emparent, elle donne lieu à des rencontres marquantes, occasions de rappeler leur refus de la guerre, des violences et des discriminations. Tour d’horizon non exhaustif.

Au siège des Nations Unies à New York, les femmes afghanes étaient à l’honneur des tables rondes et allocutions organisées par UNIFEM. La " Première Dame " des Etats-Unis, comme ils disent là-bas, s’est sentie " obligée " d’y faire un show pour défendre leur cause. Moins relayé par la presse, le secrétaire général Kofi Annan a cependant fait remarquer que la déroute des Talibans n’a pas éradiqué d’un coup de baguette magique " la culture de violence " régnant dans le pays. L’Europe a émis une déclaration rédigée conjointement par la Commission des droits des femmes et l’égalité des chances, le Parlement européen et le Conseil de l’Europe pour soutenir les droits des femmes afghanes.

Les Afghanes ne s’en laissent pas conter


A Kaboul, quelques centaines de femmes se sont rassemblées au ministère de la Condition Féminine, en présence de Mary Robinson, Haute Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme. Quelques centaines, ce n’est pas beaucoup, même si l’ambiance était à la fête et les burqas oubliées pour quelques heures. Preuve qu’il y a du pain sur la planche. La ministre intérimaire Sima Samar a été très ferme en évoquant la nécessité, non de copier les modèles occidentaux, mai d’inscrire ce travail immense dans le cadre des valeurs islamiques, parce que c’est la culture de l’Afghanistan,. L’éducation et la lutte contre la pauvreté sont les priorités parmi les priorités.
De l’autre coté de la frontière pakistanaise, les militantes de RAWA, l’Association Révolutionnaire des Femmes d’Afghanistan, ont organisé une journée de rencontres et de fête rassemblant plus de 1 500 personnes. Les intervenants et intervenantes ont rappelé que l’Afghanistan n’est pas encore libéré, que les femmes ne s’y sentent pas encore suffisamment en sécurité pour tomber la burqa et élever la voix. Et que cela durera tant que l’Alliance du nord et autres factions islamistes, seulement un poil moins fondamentalistes que les Talibans et tout aussi violents à l’encontre des femmes, occuperont les postes-clés du gouvernement afghan. D’une seule voix, elles condamnent la stratégie des Etats-Unis, qui se sont livrés à une guerre contre de terribles ex-protégés en protégeant d’autres terribles et en faisant beaucoup de victimes civiles.

Debout contre toutes les guerres


En solidarité avec le réseau RAWA, avec les femmes israéliennes et palestiniennes pour la paix de l’organisation Bat Shalom, avec leurs homologues de Srebrenica, de Colombie, d’Algérie, d’Israël, les Femmes en Noir de Belgrade, " vigiles en silence et habillées en noir " se sont rassemblées à 16 h pour une grande marche pour la paix à Novi Sad. Deux heures plus tard, les Femmes en Noir de Belgique entamaient leur marche Place de la Monnaie avec les mêmes signes de reconnaissance. Leurs banderoles transmettaient les revendications de Bat Shalom pour un arrêt immédiat de l’occupation militaire israélienne dans les territoires palestiniens et une fin négociée et pacifique du conflit.
Depuis son QG au Costa Rica, Radio Internacional Feminista (RAIF) a animé 12 heures durant le 8 mars un programme bilingue espagnol/anglais autour des femmes s’élevant contre les guerres en Colombie et au Moyen Orient : " Women raise their voices against the war – Mujeres, a todo dar contra la guerra ".

Contre les violences et Sida en Afrique noire


A Niamey, Niger, 3 000 femmes ont manifesté pour dénoncer les viols des filles et protester contre l’inertie du gouvernement. En Centrafrique, c’est la lutte contre le Sida, fléau causant des ravages dans la population féminine, qui a mobilisé les 5 000 manifestantes dans les rues de Banghi. La Ligue féminine du Congrès National africain, en Afrique du Sud, a consacré le mois de mars prioritairement à la lutte pour les droits des fillettes, qui subissent toujours le poids de la pauvreté, de l’analphabétisme et des abus sexuels.

Contre les crimes d’honneur…partout


Au Nigeria, Safiya Husaini, accusée d’adultère et condamnée à mort par lapidation en vertu de la charia (loi islamique), croupissait toujours en prison et attendait d’être rejugée. Son crime est d’avoir été violée et en cela de déshonorer son époux et sa famille. Le Nigeria n’est qu’un pays parmi tant d’autres où ces crimes de famille ou de communauté sont monnaie courante et restent impunis. A Dacca au Bangladesh, 200 victimes horriblement défigurées par des attaques d’acide se sont jointes à 2 000 manifestantes pour dénoncer ces agressions commises par des pères, des frères ou des époux s’estimant spoliés. Amnesty International organisait le jeudi soir 07 mars au Palais des Congrès à Paris un forum dans le cadre de la campagne " Stop aux crimes d’honneur ".

Europe : liberté, égalité, solidarité


En Pologne, les mouvements féministes ont centré leur mobilisation sur la défense du droit à l’avortement condamné par l’Eglise catholique. Les Irlandaises quant à elles n’ont pu fêter que le non-durcissement d’une loi déjà rétrograde, suite à l’échec du récent référendum.
A Zaghreb, les femmes sont descendues pour fêter la journée dans la rue en musique avec des artistes, activistes et personnalités politiques, et ont versé les gains de cette célébration au Centre Contre les Violences Sexuelles.
A Bruxelles, de très nombreuses rencontres ont été organisées pour la Journée Mondiale de la Femme. Notons, entre autres : la conférence "Femmes pour une société humaine et non violente", avec des femmes ministres belges et des élues européennes ; la présentation de l’ouvrage universitaire "Corps de femmes. Sexualité et contrôle social" à la librairie Amazone ; le colloque "Place des femmes dans les missions de paix" organisé par le Conseil des femmes francophones de Belgique, la rencontre "Femmes journalistes dans les conflits armés", la conférence "Femmes musulmanes en Europe : des voix à écouter dans le dialogue interculturel". A la salle plénière de la Chambre des Représentants de Belgique s’est tenu durant toute la journée le Parlement International des Femmes, réuni par l’association Le Monde selon les Femmes. Les discussions étaient axées sur 3 thèmes principaux : les femmes et la pauvreté en Belgique, les femmes et la violence, la pauvreté internationale. En fin d’après-midi, c’est dans la rue que ça se passait avec la marche pour la paix des Femmes en Noir. En soirée, les Mariannes et plusieurs associations de femmes immigrées conviaient à la "Fête Internationale sous le signe de la paix et de l’emploi", pendant que le Centre culturel de Schaerbeek fêtait la Nuit de la Femme en débats, photos, contes, vidéo et musique.
En France, Saint-Denis (93) a joué un rôle de capitale pour les femmes le temps d’un week-end, les 8, 9 et 10 mars. A l’Université Paris VIII, le Collectif National pour les Droits des Femmes conviait à un grand débat national sur les nouveaux défis du féminisme, articulé autour de 6 thèmes principaux (Femmes et mondialisation libérale - Lutter contre les discriminations - Système prostitutionnel et oppression des femmes - Les femmes et les enfants de la science : les enjeux de la bioéthique - Femmes et apprentissage des normes sexistes - De la famille à l’espace public : l’égalité en panne). Dans les rues et centres culturels du quartier de l’Université, samedi 9, la Ville de Saint-Denis et le collectif Acción Artística ont organisé une journée festive et artistique sur le thème de la lutte pour la paix, pour la justice sociale et pour la liberté.
Au village des associations installé sur la place de l’Hôtel de Ville à Paris, Florence Montreynaud du réseau Encore Féministes ! a lancé un appel pour faire du 8 mars un jour férié en France.

P.-S.

Emmanuelle Piron

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