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Working poor rime avec femme

mercredi 1er novembre 2000, par Nicolas Bégat





Partout dans le monde, et en particulier dans les pays occidentalisés ou en développement, les femmes sont le plus touchées par cette tendance : la persistance des working poors. Des gens qui travaillent pour rien...


Aux Etats-Unis, selon le CEPR, un centre d’études basé à Washington, un travailleur sur quatre gagne moins de 8 dollars de l’heure. Les économistes les appellent les working poors, ou " travailleurs pauvres ". Ce sont principalement des femmes, qui, dans les pays occidentaux, sont touchées à 85% par le temps partiel. Car qui dit temps partiel, dit salaire partiel. Selon une enquête Caritas, en 1998, en Suisse, entre 250000 et 410000 personnes étaient confrontées à cette situation. En France, 3 millions de personnes gagnent moins de 3000F par mois. Ce sous-emploi induit de fait une forte précarité à long terme : moindre couverture sociale, faibles cotisations retraite... Non comptabilisées dans les chiffres du chômage, ces femmes n’ont pas de statut réel : elles occupent un emploi, donc sont considérées comme des travailleuses à part entière. Or, leur temps de travail est souvent flexible ce qui les empêche d’occuper, voire de postuler à un poste à temps plein. Ce qu’elles recherchent toutes. Car le temps partiel n’est pas, quoiqu’on en pense, un temps choisi. C’est un temps imposé. Les entreprises ont désormais toute liberté de faire des contrats d’une durée et pour un horaire qui leur convient. Ces femmes se retrouvent donc inéluctablement dans une spirale infernale dont elles sortent très difficilement et sont ainsi contraintes à la précarité puis à la pauvreté. Au Mexique, la population vivant en dessous du seuil de pauvreté est passée de 26 à près de 50 millions de personnes (soit la moitié de la population du pays). 23,6% des Mexicaines au travail ont un salaire inférieur au taux minimal. Comme toutes les autres, Américaines, Canadiennes, Françaises... elles sont sur-représentées dans les emplois sous-payés tels que les travaux domestiques ou les métiers indépendants d’appoint.

Les obstacles structurels

Le projet de loi récemment adopté dans l’Etat de Washington exige des femmes bénéficiant d’un congé de maternité de retourner à leur travail ou d’en trouver un dès que leur enfant a atteint l’âge de trois mois. Les femmes qui ne se conforment pas aux règlements du Programme "WorkFirst" se voient prélever de l’argent sur leur chèque de salaire. Sa valeur continue à diminuer tant qu’elles n’observent pas ces règlements, jusqu’au moment où leur indemnité est éventuellement transférée à une autre bénéficiaire. Depuis Reagan, des lois limitent aussi les agences sociales dans leur capacité d’agir pour changer les lois qui affectent négativement les femmes. Par ailleurs, si ces agences sont ouvertement impliquées dans les organisations communautaires, ou se trouvent engagées dans des activités militantes pour le droit à la protection sociale, elles risquent de perdre leurs subventions fédérales.
Ailleurs, les hommes de loi sont pour la plupart corrompus et la manipulation des législations pérennise le travail des enfants et l’exploitation des pauvres. Les politiques ne s’intéressent pas à la sous-formation des femmes et à leurs besoins spécifiques. La mise en œuvre de changements durables au niveau des systèmes sociaux et d’une politique de renforcement des capacités des femmes demanderait de profondes mesures que les hommes, au pouvoir, ne sont pas près de prendre. Tant que les femmes ne siègeront pas aux instances de prise de décision, l’évolution risque d’être lente.

Comment ces femmes réussissent-elles alors à survivre ?

La pauvreté extrême conduit à des situations irréversibles. En Inde, malgré la croissance économique du pays, les femmes, le plus souvent écartées de l’éducation, n’ont pas été concernées par les embauches dans l’industrie ou le secteur des services. Elles sont contraintes à la pauvreté, choisissent de réduire leur consommation de nourriture et renoncent aux soins de santé et à l’éducation. Et la boucle est bouclée. Souvent, les familles vendent leurs filles ou les marient en tant que secondes épouses contre paiement en argent. La plupart se livrent à la prostitution.
Néanmoins, des organisations de femmes se battent contre l’insuffisance des ressources en matière de santé, l’interruption de la scolarité des fillettes pour qu’elles s’occupent de tâches domestiques, le travail contre un salaire inférieur au taux minimal, les femmes sans logis, le travail contre le gîte et le couvert seulement, le suicide des adolescentes, ... Par exemple, le Projet de Développement des Femmes du Tamil Nadu (TNWDP) en Inde a permis aux femmes pauvres de bénéficier de ressources, par exemple auprès des banques, qui leur étaient autrefois inaccessibles. Les principaux objectifs sont : constituer des groupes autogérés dans certaines zones où les salaires des femmes se situent en dessous de la ligne de pauvreté ; fournir une assistance active et assurer le suivi de l’action des femmes à travers des ONG, en matière de gestion des micro-crédits ; leur fournir également la formation et autres services nécessaires à leurs activités. Le projet a eu pour résultat de renforcer le lien entre les ressources et les femmes demandeuses, de développer les rapports de confiance, de donner une meilleure éducation aux jeunes filles, de réduire les taux d’infanticide en ce qui concerne les enfants du sexe féminin et d’accroître le sens de la force collective chez les femmes.
Enfin, lors de la IIIe Conférence interparlementaire sur la sécurité et la coopération en méditerranée, organisée par l’Union interparlementaire à Marseille, du 30 mars au 3 avril 2000, la question de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion a été abordée. En particulier, les conditions des agricultrices qui n’ont pas de statut et vivent des situations de pauvreté méconnue ont rencontré l’attention des participants. Soulevant les effets néfastes des programmes d’ajustement structurel sur les couches les plus vulnérables de la population, la Conférence a rappelé l’importance de l’apport économique des femmes. Elle a préconisé la mise en œuvre de programmes de micro-crédit pour des activités spécifiques dont les femmes seraient les principales bénéficiaires. Dont acte mais les beaux discours seront-ils suivis d’effets ? Il semble que l’immobilisme administratif généralisé ainsi que les politiques locales n’œuvrent guère en ce sens.


P.-S.

Joelle Palmieri

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