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Violences conjugales - bien de chez nous !

vendredi 1er septembre 2000, par Nicolas Bégat



" Bats ta femme tous les matins... ", le redoutable proverbe fait encore sourire. On manque rarement de souligner qu’il vient du monde arabe. Mais une rapide promenade dans les proverbes du monde nous confirme que partout, la " sagesse populaire " tient les violences conjugales pour un garant de la bonne marche d’un ménage. Ce n’est que très récemment que le problème est sorti de la sphère du privé. Mais il reste beaucoup à faire pour l’éradiquer.


Dans l’immense majorité des cas, les violences conjugales sont exercées par un homme sur une femme. Cet homme peut être son mari, son concubin ou son ex-partenaire. La violence prend diverses formes : verbale (insultes, menaces, dénigrement systématique), physiques (sévices corporels, abus sexuels) ou économique (privation d’autonomie financière).

Une atteinte volontaire à l’intégrité de l’autre

En somme, elle vise à réduire l’autre en esclavage. Elle n’est pas le symptôme d’un conflit au sein d’un couple, mais un processus de destruction élaboré, consciemment ou inconsciemment. Elle ne surgit pas brusquement à la faveur d’un désaccord, mais s’installe progressivement, pour aller crescendo au fur et à mesure que l’emprise de l’agresseur s’affermit. La victime subit un véritable conditionnement, qui annihile sa capacité à la rébellion.
Prétendre que des femmes recherchent de telles relations de domination absolue, revient à supposer qu’elles trouvent du plaisir dans les coups et les humiliations. En d’autres termes, que le masochisme est un élément constitutif de la " nature " féminine. La survivance de cette aberrante idée reçue ne fait qu’accroître la culpabilité des victimes. Car une " femme battue " se sent presque toujours coupable : de ne pas savoir satisfaire son partenaire, de vivre une situation d’échec, d’accepter l’inacceptable. La perte de l’estime de soi détériore son équilibre mental, sape sa volonté et jusqu’à l’envie de réagir, l’isole dans sa honte. Le partenaire violent contribue souvent activement à son isolement social, en exigeant qu’elle abandonne son activité professionnelle et se coupe de ses relations familiales et amicales. Au bout de ce chemin, il peut y avoir la dépression, l’alcoolisme, le suicide.

Droits humains ou droits de l’homme ?

Il n’en irait pas ainsi si les violences conjugales n’étaient considérées comme une affaire privée. Si on ne continuait pas à véhiculer des images stéréotypées des victimes comme des agresseurs. Si on leur opposait publiquement une condamnation nette, comme à toute autre atteinte aux droits humains tels que définis dans les déclarations internationales.
Mais pour combattre efficacement le problème, il faudrait d’abord en mieux connaître les caractéristiques et l’étendue. Or, jusqu’à très récemment, seules des enquêtes limitées et peu significatives avaient été menées, indique le rapport " World’s Women 2000 " des Nations-Unies, qui ajoute que des études nationales et internationales mises en route ces cinq dernières années pourraient avoir à souffrir du tabou qui pèse encore sur les violences " privées ". En clair, quand statistiques il y aura, on peut craindre qu’elles sous-estiment l’ampleur du phénomène et sa spécificité. S’entendre sur la définition de la violence n’est déjà pas chose aisée : dans les sociétés où la domination des hommes sur les femmes est inscrite dans les mœurs, seules les formes sévères seront prises en compte par les personnes interrogées, sauf à conduire des questionnaires détaillés et explicites. Là où elle est inscrite dans la loi, la notion même de violence conjugale peut être tout simplement niée. Dans les pays où elle est considérée comme un délit, la rareté des plaintes (estimées en Europe à une pour vingt épisodes violents) et l’impunité dont bénéficie encore les agresseurs, permettent de supposer que les données ne seront guère plus fiables.

Entrée dans le domaine public

A moins d’œuvrer en amont, sur les mentalités. " Briser le silence ", c’était l’intitulé de la campagne européenne contre la violence domestique qui s’est achevée en mai 2000. Certes, son retentissement a tenu davantage de la musique de chambre que de la fanfare. Mais les résultats de l’enquête d’opinion menée à cette occasion en France, en Italie et en Espagne sont plutôt encourageants. Et on peut porter au crédit de la Commission Européenne d’avoir introduit le sujet dans ses débats - vivement encouragée, il faut le souligner, par le Lobby Européen des Femmes. Le programme DAPHNE approuvé pour 4 ans (2000-2003) par le Parlement, et qui s’adresse aussi aux onze candidats à l’adhésion, s’est fixé de mettre en place des mesures préventives contre la violence à l’égard des enfants, des adolescents et des femmes ; reste à voir quelle place y prendront réellement les violences conjugales. En France, un partenariat se tisse entre les pouvoirs publics et la Fédération Nationale Solidarité Femmes, avec un accent sur l’information et la formation des intervenant-es de terrain.
" (La violence domestique) est le symptome qui illustre le mieux le déséquilibre des forces dans la relation entre les hommes et les femmes ", peut-on lire dans la brochure de la campagne européenne. Les Etats admettraient-ils donc que les violences conjugales s’inscrivent dans le fonctionnement patriarcal des sociétés ? Souhaitons aussi que les enjeux soient replacés à leur véritable hauteur : tant qu’on ne luttera pas avec détermination contre la violence domestique, on ne pourra guère espérer venir à bout du climat de violence déploré dans les écoles et les lieux publics. Car ce n’est que sur ces bases qu’on atteindra la " tolérance zéro ", objectif déclaré de la Commission.

Dominique Foufelle
avec la collaboration de Viviane Monnier,
Fédération Nationale Solidarité Femmes.

P.-S.

Dominique Foufelle

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