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Jouets sexués : quels dangers ?

mardi 1er août 2000, par Nicolas Bégat

Entretien avec Suzanne Robert-Ouvray, psychothérapeute, spécialiste des enfants.

 : Quels comportements les joués sexués encouragent-ils chez les enfants ?

Suzanne Robert-Ouvray : Ils donnent une image polarisée du soi. Aux garçons, on propose plutôt des objets durs, des jouets de construction ; aux filles des objets mous, des jouets de fonction. On encourage ainsi les premiers à l’activité, les secondes à la passivité. Cela oriente déjà une attitude face à la vie et induit des images du futur rôle.

D. F. : Ces jouets ont-ils une réelle influence sur le développement de l’enfant ?

S. R.-O. : Il ne faut pas oublier que l’enfant veut plaire à son parent. Donc, il entre dans le jeu. Si on accepte l’idée que chacun a en soi une part "féminine" et une part "masculine", il perd ainsi une dimension de soi.

D. F. : Ces jouets contribuent-ils à séparer garçons et filles ?

S. R.-O. : Oui, et cette séparation intervient très tôt, dès la maternelle. L’enfant ne prend conscience de la différence des sexes que vers l’âge de quatre ans. Mais on peut l’orienter autour du genre et lui faire intégrer des stéréotypes avant. La preuve : des enfants répètent des injures à connotation sexuelle dont ils ne comprennent absolument pas la signification. Il ne faut pas oublier que l’enfant, quel que soit son sexe, s’identifie au père ET à la mère. Il va sans doute s’identifier plus facilement à des héros de son propre sexe, c’est un phénomène naturel. Là où il y a danger, c’est quand l’"autre" différent de soi porte une connotation négative. Or, ce qui est le plus souvent valorisé, ce sont les valeurs considérées comme viriles : la vitesse, la dureté, la souffrance. On dit d’une fille qui aime les jeux "de garçon" qu’elle est un "garçon manqué". "Une fille manquée", ça ne se dit pas. Un garçon qui aime les jeux "de fille", on va penser, même si on ne le dit pas, que c’est un "pédé". Un petit garçon dressé à la domination n’aura que mépris pour ce qu’il assimile à la faiblesse. C’est comme ça qu’on fabrique les machos ! Cela peut entraîner des comportements agressifs, comme le racisme. La petite fille, elle, peut entrer dans un processus de méfiance/recherche de protection.

D. F. : Si les parents refusent ces stéréotypes, comment l’enfant le vivra-t-il ?

S. R.-O. : Il peut se sentir mal à l’aise vis-à-vis de ses camarades, parce qu’il est décalé socialement. Mais tant qu’il peut en parler avec ses parents, il n’y a aucun danger. Or, on suppose que ce sera le cas dans une famille "différente". En fait, rien n’est grave, même le fait qu’un petit garçon joue avec un revolver, quand les parents adoptent une attitude cohérente. Mais si, par exemple, ils condamnent verbalement la violence et le laisse planté des heures devant des dessins animés violents, ça n’est pas cohérent, et ça peut poser des problèmes.

D. F. : Quels sont les bénéfices d’une éducation non-sexiste ?

S. R.-O. : Ça ouvre un espace, ça laisse à l’enfant la liberté d’être avec ses deux positions, le féminin et le masculin. Les garçons ne sont plus empêchés de manifester leur sensibilité et leur créativité. Un garçon qu’on empêche d’imiter sa mère, d’avoir des attitudes maternantes, aura du mal à devenir père à part entière, capable de donner des soins à ses enfants, de les cajoler, et pas seulement d’incarner l’autorité. On peut dire qu’une éducation non-sexiste améliore les relations, non seulement entre les femmes et les hommes, mais aussi entre les parents et les enfants

Propos recueillis par Dominique Foufelle

P.-S.

Dominique Foufelle

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