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Mediarama

jeudi 1er juin 2000, par Nicolas Bégat



Les femmes sont sous-représentées dans les médias aussi bien en tant qu’actrices (journalistes, productrices) qu’en tant que sujet. Les discriminations de tout ordre, l’invisibilité et la diffusion d’images dégradantes, représentent la grande majorité des politiques des médias dans le monde.


Selon un rapport de l’Unesco, depuis une quinzaine d’années, les femmes sont de plus en plus nombreuses à faire des études supérieures en communication. Sur 81 pays étudiés, dans 50 d’entre eux, plus de 50 % des étudiants en journalisme et en communication sont des femmes. Or, celles-ci sont encore minoritaires dans les médias, radio, télévision ou presse écrite. D’après des études effectuées en 1993-1994 dans divers pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe et d’Amérique latine, les femmes n’occupent jamais 50 % des emplois dans les médias. En fait, en dehors de l’Europe, seul un journaliste sur trois est une femme. Toutes les études convergent sur un point : il est plus difficile pour une diplômée d’école de journalisme de trouver un emploi que son homologue masculin.
Une fois recrutées, plus d’une femme journaliste sur deux occupe majoritairement un emploi dans l’administration plutôt qu’en production et en rédaction, là où se produit l’information. Par ailleurs, on n’en trouve pratiquement pas dans les domaines techniques - où, souvent, les emplois sont hautement spécialisés et très bien payés, menant parfois à des carrières de producteurs ou de gestionnaires supérieurs. La faible représentation des femmes dans les emplois techniques - 8 % en moyenne dans les pays d’Europe, 5 % en Afrique et 4 % en Amérique latine - est souvent attribuée à un manque de formation. Mais cela semble surtout correspondre à des critères discriminants d’embauche.

Dans les rédactions

C’est dans la presse écrite et surtout en Amérique latine, que les femmes sont les plus représentées. Dans les six pays considérés, 28 % des reporters et des journalistes sont des femmes, 29 % des correspondants, 36 % des secrétaires de rédaction, 24 % des rédacteurs et 21 % des chefs de bureau, directeurs et directeurs généraux. Par contre, il n’y a aucune femme dans la catégorie des chefs de bureau dans les pays d’Afrique, au Japon ou en Malaisie ; en Inde (où il y a trois grands quotidiens) il n’y en a qu’une. Là où le bas blesse, c’est en radio ou en télévision. Les femmes sont particulièrement cantonnées dans des emplois (annonceur, présentatrice, assistante de production) qui, même s’ils sont parfois bien payés, ne débouchent pas sur des carrières remarquables. Néanmoins, on retrouve les femmes dans le rôle de producteur , 33 % en Europe, 34 % en Afrique, 41 % en Amérique latine. En Malaisie, 36 % des producteurs sont des femmes et, à la télévision indienne, ce chiffre est de 30 %, proportion extrêmement élevée par rapport au pourcentage total de femmes dans la télévision en général (15 %). Mais pour relativiser ces chiffres, rappelons que chez les chefs de département, directeurs de programmes, le pourcentage de femmes tombe à 16 % en Amérique latine, 15 % en Europe, 12 % en Afrique et 4 % en Inde et il n’y a aucune femme à ce niveau au Japon, en Malaisie, au Malawi ou au Swaziland.

Le pouvoir dans les mains des hommes

Le pouvoir réel reste essentiellement le monopole des hommes. Sur plus de 200 organes d’information dans 30 pays répartis dans quatre régions, sept seulement sont dirigés par des femmes. Dans sept autres, le sous-directeur est une femme, mais dans des petites stations radio ou des magazines d’information. En fait, la proportion de femmes aux postes de direction est extrêmement faible. Par exemple, à la radio ou à la télévision en Europe, les hommes ont sept fois plus de chances que les femmes de parvenir aux postes les plus élevés. En fait, les médias ouvrent plus facilement leurs portes aux femmes au niveau intermédiaire.
Ces discriminations de fait relèvent plus vraisemblablement de l’invisible : attitudes des collègues, conditions de travail, affectations, etc. D’une façon générale, les médias respectent la loi sur l’égalité de salaire. Mais l’OIT révèle que, depuis 1985, il existe un écart très sensible de salaire entre les hommes et les femmes et cet écart ne fait qu’augmenter en Australie, Suède, Royaume-Uni, République de Corée et Singapour. Les médias ne font ainsi que confirmer la règle des discriminations qui caractérisent tous les domaines du travail salarié.

Les sujets traités

Les représentations négatives et stéréotypées des femmes dans les médias sont une évidence. Les femmes sont encore décrites en fonction de leur apparence plutôt que de leurs compétences. Le droit au pluralisme de l’information est bafoué. La diversité culturelle et les diverses réalités de la vie des femmes reste absente. Les femmes des secteurs marginalisés de la société sont encore plus invisibles étant donné que leurs groupes ethniques, raciaux et social, leur religion ou leur orientation sexuelle sont à peine, ou pas du tout, représentés dans les médias de masse. De plus, comme de nombreuses femmes journalistes se voient attribuer des sujets " secondaires ", comme la culture, les arts et les modes de vie, tandis que les hommes sont chargés de sujets " plus importants " comme la politique et l’économie, cette représentation est encore plus sexo-orientée. Par exemple, en Amérique latine, en Amérique centrale et dans les Caraïbes, une femme sur cinq mentionnée dans les actualités l’est en tant que victimes comparé à seulement un homme sur dix dans la même situation. En Uruguay, seulement 8% de la couverture des nouvelles dans les journaux ont rapport aux femmes, tandis que les questions concernant les droits fondamentaux et la sexualité des femmes sont inexistantes. Autre exemple plus impressionnant : en Croatie, les médias alimentent carrément des politiques contre la femme. Le portrait fait des femmes est résolument sexiste. La télévision d’État de Croatie n’a que très peu de programmes éducatifs, politiques ou sociaux qui abordent les problèmes et la situation des femmes. La radio, considérée indépendante, est encore pire. Elle offre régulièrement des exemples d’intimidation à l’égard des femmes et utilise sciemment des stéréotypes sexistes.
Ces exemples pourraient se multiplier à l’infini. Ce constat amène également à une conclusion qui devrait faire frémir les directeurs de publication ou des programmes : de nombreuses études menées sur l’audience constatent que les femmes ne sont pas satisfaites de la manière dont elles sont représentées. Aujourd’hui, cette invisibilité criante fait l’objet d’analyses, d’études. Mais le marché de la communication <juste un média> risque d’aller plus vite que les tentatives de législation nationale ou internationale en faveur d’un meilleur accès des femmes aux postes de prise de décision dans les médias et à un meilleur traitement de l’information.


Sources : Département de l’information des Nations Unies et rapport alternatif Section J de Womenaction <www.womenaction.org>

P.-S.

Joelle Palmieri

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