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France : Etat des lieux du gouvernement

mercredi 1er mars 2000, par Nicolas Bégat


Suite aux engagements pris lors de la conférence mondiale sur les femmes à Beijing en 1995, le gouvernement français a remis son rapport d’actions sur les 12 points de la plate-forme. L’état des lieux concernant les femmes et l’économie en France est globalement positif... Positiver pour masquer le négatif, c’est tout l’art politique, celui de l’effleurage, de la non-exhaustivité, n’est-ce pas ? Un oubli dans ce rapport, l’accès des femmes à la création d’entreprise... Retrouvez ce thème Quand les femmes entreprennent.

Dans le champ de l’économie, le constat est donc globalement favorable aux femmes. Leur taux d’activité ne cesse de croître. Néanmoins, des difficultés subsistent telles la persistance d’un travail à temps partiel majoritairement féminisé, un taux de chômage plus important et le maintien d’écarts de rémunération entre les hommes et les femmes, différents points sur lesquels revient Margaret Maruani dans l’entretien qu’elle nous a accordé.

Quelques chiffres

  • Taux d’activité féminin : 47,9% en 1999 ; 47,2% en 1995 (respectivement 54,7 et 54,5% pour les hommes)
  • Taux d’activité moyen des femmes de 25 à 54 ans : 45% en 1968 ; 75% en 1990
  • Taux d’activité des femmes conjointes avec deux enfants : 72,3%
  • Taux d’activité des femmes conjointes avec trois enfants : 51%
  • 73,3% des mères de deux enfants sont actives
  • 44,1% des mères de trois enfants sont actives (plus 10 points en dix ans)
  • 8 femmes sur 10 âgées de 25 à 49 ans sont actives. Progression qui va de pair avec celle du niveau d’étude des jeunes filles : elles mènent des études plus longues et sortent du système scolaire plus diplômées (57% des bacheliers sont des bachelières !)

Cette progression de l’emploi féminin est le résultat de la croissance de l’emploi tertiaire. L’emploi féminin est devenu plus qualifié, mais demeure plus concentré. Si les emplois du tertiaire sont partagés entre les femmes et les hommes, les secteurs de l’agriculture, l’industrie, le bâtiment restent majoritairement masculins. La part des femmes parmi les cadres administratifs, commerciaux, d’entreprise ne cesse de progresser depuis 30 ans : de 20,3% en 1982 à 35% en 1996 et 35,5% en 1999.
Parmi les 31 catégories socioprofessionnelles recensées, les plus féminisées regroupent près de 60% des femmes actives occupées alors qu’elles ne représentent que 31% de l’emploi total : employées de la fonction publique, employées administratives des entreprises, employées de commerce, personnel domestique, institutrices, professions intermédiaires de la santé (infirmières) et du travail social (assistances sociales).
Certaines professions demeurent quasi exclusivement féminines. Les ouvriers sont à 81% des hommes. Les employés sont à 76% des femmes.
Cette concentration de l’emploi féminin aiguise la concurrence entre les filles diplômées (ayant suivi des études supérieures) et celles qui le sont moins (titulaires du Bac, CAP ou BEP).

Temps partiel = femmes

Proportion d’actifs à temps partiel

Années

1995

1998

Ensemble

15,5

17,1

Hommes

5,0

5,6

Femmes

28,9

331,6

Source : " Données sociales ", 1999

" L’emploi féminin progresse également en raison de l’utilisation massive par les femmes du temps partiel et des formes de travail parmi les plus précaires ". Noter la formulation : derrière les mots est sous-entendu que ce sont les femmes qui choisissent le temps partiel et des formes de travail précaires.
Le travail à temps partiel concerne 31,6% des femmes actives et 80% des salariés à temps partiel sont des femmes, ce qui n’est pas sans conséquence sur le déroulement de leur carrière. Et sur leur niveau de vie ? mais le gouvernement semble sourd à la réalité, également française des Working Poor (cf. interview de Magaret Maruani)
Ces chiffres qui sont en augmentation forte depuis 1992, recouvrent cependant des réalités différentes qu’il convient de distinguer. Mais le rapport s’arrête là sur le sujet...

Actives, oui, mais chômeuses

Bien que les politiques de l’emploi en faveur des femmes soient orientées depuis plusieurs années vers une intégration des femmes dans les dispositifs généraux de lutte contre le chômage - Ah bon ? Ah oui, avec les incitations à embaucher à temps partiel... Mais qui a dit que le temps partiel ne devait être que pour les femmes ? - des inégalités au détriment des femmes se développent en situation de chômage.
Les écarts entre les taux de chômage des hommes et des femmes demeurent élevés, en moyenne de 4 à 5 points : le taux de chômage des femmes est de 13,6% tandis que celui des hommes est de 10,2%. Quel que soit leur niveau de formation, les femmes sont plus touchées par le chômage que les hommes.

Quand la loi n’est pas appliquée

Vous le savez, la loi de 1983 d’Yvette Roudy stipule : à travail égal, salaire égal... Et oui, mais aujourd’hui, force est de constater, même pour le gouvernement que des écarts de rémunérations importants persistent.
En 1996, le salaire net moyen annuel s’élevait à 128 220 F en moyenne, soit 136 430 F pour les hommes et 108 920 F pour les femmes. Les hommes gagnent dont en moyenne, 25,2% de plus que les femmes.
Cet écart est principalement dû au fait que les femmes occupent en plus grande proportion des postes moins qualifiés que les hommes. Et qu’elles se trouvent reléguer à des postes à temps partiel et qui dit temps partiel, dit salaires partiels, non ?
Les écarts de salaire entre hommes et femmes varient de façon sensible selon les catégories socioprofessionnelles. A l’intérieur de chaque catégorie, l’écart a tendance à s’accroître avec le niveau de qualification. L’écart de salaire hommes/femmes est ainsi plus important entre ouvriers et ouvrières qualifiés, que non qualifiés.
Reste que l’écart de salaire hommes/femmes le plus élevé de l’ensemble des catégories socioprofessionnelles est celui des cadres (+29,3%).


P.-S.

Elsa Boulet

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