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Quand les femmes entreprennent

mercredi 1er mars 2000, par Nicolas Bégat


" L’évolution de la société et de l’économie met un nombre croissant de femmes dans l’obligation de créer leur propre emploi ". C’est une des constatations extraites du Livre Blanc paru en février 2000 et réalisé par le Centre National d’Information et de Documentation des Femmes et des Familles. Ce document recense les réflexions de forums de travail qui se sont tenus dans diverses régions de France, sous le thème général : " Economie : les femmes prennent l’initiative ".

Les femmes initient, les femmes innovent. Elles sont les instigatrices de nouveaux services, de nouvelles activités et elles produisent autrement, différemment : nouvelles méthodes, nouvelles organisations qui combinent différents types de ressources économiques, culturelles et sociales... Mais le rôle important qu’elles jouent à ce titre dans le domaine économique reste malheureusement au second plan. Avec pour objectif de rendre enfin visible cette capacité d’innovation des femmes, le CNIDFF et le réseau des CIDF (Centre d’Information sur les Droits des Femmes), qui ont pour mission, depuis plus de 27 ans, de favoriser l’autonomie des femmes dans les domaines de l’emploi, du droit, de la santé et de la vie familiale, ont organisé six forums européens sur le thème : " Economie, les femmes prennent l’initiative ", grâce à l’initiative et au soutien d’Hugues Sibille, délégué interministériel à l’innovation sociale et à l’économie sociale.
En Guadeloupe à Pointe à Pitre, en Bretagne à Brest, en Basse-Normandie à Caen, en Dordogne à Saint-Astier et en Rhône-Alpes à Lyon, les participant-e-s se sont attaché-e-s à repérer et souligner les initiatives locales et à faire des propositions pour faciliter ces initiatives.
Le 14 février 2000 s’est tenu le forum final qui a notamment permis de faire la synthèse des forums régionaux. Une synthèse que l’on retrouve dans le Livre Blanc réalisé à cette occasion. Ce dernier dresse un état des lieux de la place des femmes dans l’économie, des difficultés qu’elles y rencontrent et des actions qu’elles mettent en œuvre pour y inscrire leurs initiatives.
Saluons ce recueil de propositions concrètes qui espérons-le, permettra au gouvernement d’agir en la matière. En effet, les discriminations dont souffrent les femmes souhaitant créer leurs entreprises ou plutôt leurs difficultés ne sont aujourd’hui pas prises en compte. Heureusement, des idées, elles en ont et du succès, elles en rencontrent, même si les barrières à abattre sont plus hautes que celles de leurs congénères masculins.

Faits et chiffres

La population active compte donc en France 46,7% de femmes. En 2015, ce taux devrait être de 50%. Le taux d’activité professionnelle des femmes est important avec 76% chez les 25-49 ans. 3% des femmes actives sont aides familiales. 10% sont entrepreneurs contre 15% chez les hommes. Parmi ces femmes chefs d’entreprise, 20% ont créé des entreprises conséquentes tant en capital qu’en chiffres d’affaires. Chaque année, ce sont 80000 femmes qui reprennent ou créent une entreprise, ce qui représente 30% de l’ensemble des créations ou reprises. A noter qu’en 98, ces 80000 nouvelles chefs d’entreprise ont créé 132000 emplois, preuve que les projets ne sont pas toujours modestes. L’Institut de Développement de l’Economie Sociale fournit un profil de la créatrice : 75% sont demandeuses d’emploi, 62% vivent seules, 73% créent une entreprise individuelle. 57% des projets de création concernent le secteur des services, 30% le secteur du commerce, 12% le secteur industriel et seulement 1% l’agriculture.
La plus grosse difficulté que rencontrent les femmes souhaitant devenir chef d’entreprise est celle du financement. Si 20% d’entre elles disposent de capitaux initiaux importants, 80% affrontent " la méconnaissance ou la réticence du système bancaire à adapter les circuits " à leur démarche. D’après une enquête de France Initiative Réseau (regroupement de 200 plates-formes d’initiative locale en France), en 1998, le taux de refus de dossiers par les banques était 33% plus élevé pour les créatrices que pour les créateurs. Etonnant lorsque l’on sait que les femmes remboursent mieux leurs emprunts que les hommes (enquête bancaire 1997). Et aujourd’hui, 25% des dossiers aidés sont en contentieux.
Néanmoins, les femmes ne rencontrent pas tant aujourd’hui une discrimination sexuée concernant leur prise d’initiative économique qu’un comportement traditionnel des hommes d’entreprise et des financiers face à des projets émanant de femmes. En France et peut-être dans l’ensemble de l’Union européenne, on fait en effet assez peu confiance aux femmes dans les milieux financiers. Et pourtant, combien de femmes jonglent ne serait-ce qu’avec les finances du foyer. Et c’est donc ce comportement, cette mentalité qu’il convient de changer.

Prise de conscience

Comment ? En attirant l’attention de ces acteurs sur le fait que l’initiative économique des femmes passe parfois par d’autres canaux que les circuits traditionnels. Il faut ainsi chercher à favoriser l’éclosion et le développement de projets qui, peut-être, au départ, n’obéissent pas à la " loi du marché ", mais se développent sous d’autres formes tout en restant, in fine, compétitives ou utiles socialement et économiques.
Reconnaissons que les femmes apportent à l’économie locale et régionale et qu’elles appuient des formes de solidarité nouvelles, pour l’organisation d’activités et de services pour les jeunes, les familles en difficulté, les personnes âgées. Une nouvelle approche de l’économie notamment domestique est nécessaire et beaucoup l’ont compris. Ainsi, face au vieillissement de la population, à la diversification des services, etc., la Communauté européenne a reconnu très largement l’existence de nouveaux gisements d’emploi.

Propositions d’actions

Le Livre Blanc comporte un certain nombre de propositions concrètes à mettre en place pour améliorer la place des femmes dans l’économie. Les propositions du Livre Blanc concernent :
- la facilitation des initiatives économiques prises par les femmes ;
- le financement des initiatives économiques lancées par les femmes ;
- les femmes et la vie économique : vie professionnelle et vie privée, rapport au temps choisi, mise en réseau et nouvelles formes de travail ;
- la facilitation des initiatives économiques des femmes dans les statuts, les législations, les dispositifs.
Reviennent ainsi des propositions d’informations, de formations, de mobilisation de réseaux d’aide à la création d’entreprise, de réseaux bancaires, de réhabilitation des temps partiels et partagés. Quant à la question principale de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, qui vient souvent freiner l’élan des femmes en terme de création d’entreprise, il s’agit de faire en sorte que le projet de vie qui doit être mise en œuvre pour favoriser cet équilibre n’interpelle pas seulement les femmes, mais l’ensemble de l’environnement familial et social.
Pour parvenir à la mise en place de ces propositions, un groupe de pression, Eurefa (Réseau européen pour la création d’entreprises par les femmes) devrait être officiellement constitué le 9 mai prochain pour promouvoir l’insertion des femmes dans le monde économique et financier, auprès des institutions, des politiques et des financiers. Tous les acteurs pourront nourrir leur réflexion et leurs actions des exemples innovants fournis dans ce Livre Blanc en matière d’appui au développement de projets : actions du Point Chances Femmes du CIF-CIDF, Club Action’Elles, dispositif CLEFE, fonds de garantie des emprunts IDES/FGIF, association ADIE Rhône-Alpes, dispositifs concernant l’agriculture et la pêche, lois sur l’aménagement du territoire et sur la lutte contre les exclusions.
" Il s’agit désormais de mobiliser les femmes désireuses de porter les initiatives économiques, et de leur faciliter l’accès à des financements ou cofinancements européens. Ceci passe par la mobilisation des femmes sur cet objectif, et une meilleure compréhension par les administrations de l’apport des projets initiés par les femmes, en particulier au niveau local et régional. Il s’agit de traduire le droit dans les faits, et chacun sait que cela repose sur des comportements nouveaux et parfois innovants ".


P.-S.

Elsa Boulet

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