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La santé des Françaises : panorama

mardi 1er février 2000, par Nicolas Bégat


Quelques dates

1909 : loi promulguant le congé de maternité de 8 semaines sans rupture du contrat de travail.
1967 : loi Neuwirth autorisant la contraception.
1974 : remboursement par la Sécurité Sociale des frais de contraception.
1975 : loi Veil autorisant l’interruption de grossesse.
1982 : prise en charge de l’I.V.G. par la Sécurité Sociale.

L’espérance de vie

Celle des femmes en France (82 ans) est supérieure de huit ans à celle des hommes (74 ans), soit cinq ans de plus en moyenne que les autres pays développés (77 ans) et alors qu’elle n’est que de 64 ans en Asie, 54 ans en Afrique, 70 ans en Amérique Latine. Mais cette performance signifie aussi que les femmes en France connaissent plus d’années de maladies et d’incapacité. Si l’on mesure l’espérance de vie sans incapacité (68,5 ans pour les femmes et 63,8 ans pour les hommes), l’écart se réduit.

Comment s’explique la "bonne santé" relative des Françaises ?

- Elles sont mieux suivies sur le plan médical que les hommes (grossesse, contraception, ménopause). C’est la contrepartie positive de la médicalisation de la grossesse et de l’investissement des femmes dans le suivi de la santé familiale.
- Les femmes actives connaissent un taux de mortalité inférieur à celui des femmes au foyer. Ce phénomène peut s’expliquer par l’activité qui serait source d’épanouissement et par conséquent de meilleure santé mais aussi par un biais de sélection : les femmes qui ont une activité professionnelle seraient les plus résistantes.
- Les femmes vont plus souvent chez le médecin et elles fréquentent plus les services hospitaliers. Jusqu’à 55 ans, elles consomment plus de médicaments que les hommes.
- Elles ont moins d’accidents du travail car elles travaillent plus souvent dans le tertiaire.
- Elles ont moins de comportements et de consommations à risques (conduite dangereuse, alcool, toxicomanie). Le nombre de verres d’alcool consommés en moyenne par les femmes est trois fois inférieur à celui des hommes ; celles qui en consomment le plus appartiennent aux catégories sociales supérieures ; une femme sur cinq boirait entre un et six verres de boisson alcoolisée par semaine au troisième trimestre de grossesse ; elles représentent seulement un quart des 2 % des consommateurs de drogue et elles consomment surtout des drogues "douces" (haschich ou marijuana) ; 11 % de femmes contre 21 % d’hommes déclaraient avoir consommé de la drogue au cours de leur vie selon l’enquête Baromètre Santé adultes 95/96.

Le tabagisme en hausse

Mais... l’augmentation du nombre de fumeuses se traduit par une augmentation du nombre de cancers du poumon et de cancer des voies aéro-digestives supérieures.
- La proportion de fumeuses régulières est passée de 17 à 21 % entre 1980 et 1996 alors que les effectifs des fumeurs réguliers ont diminué de 46 à 35 %.
- Chez les 18-24 ans, la proportion de fumeuses est égale à celle des fumeurs.
- Le nombre de fumeuses enceintes a lui aussi augmenté. Ainsi, une femme sur quatre fume au troisième trimestre de la grossesse.
- Le tabagisme entraîne des risques spécifiques chez les femmes prenant un contraceptif oral (accidents cardio-vasculaires, maladies thromboemboliques) et pour les nouveau-nés (prématurité, faible poids, insuffisance respiratoire).
- A l’origine de 60 000 décès dont 5000 femmes en 1990, l’évolution du tabagisme risque pour elles de multiplier par dix le nombre de décès par cancers du poumons d’ici à 2025.

La consommation de tranquillisants

Les femmes consomment plus de somnifères et tranquillisants que les hommes, car elles ont plus de problèmes de sommeil que les hommes. Une femme sur deux âgée de 30 ans et plus a déjà pris des tranquillisants et somnifères.

Les maladies dont elles souffrent

- Elles se déclarent plus souvent malades que les hommes (plus d’affections O.R.L., plus de maladies infectieuses et parasitaires, moins de traumatismes, plus de céphalées et de fatigue).
- Avant 15 ans, elles souffrent d’affections respiratoires et de maladies de peau.
- Entre 15 et 65 ans, elles ont des maladies cardio-vasculaires, ostéo-articulaires, endocriniennes et métaboliques.
- Les + de 65 ans connaissent principalement les maladies cardio-vasculaires.

Les principales causes de mortalité

Ce sont : les maladies de l’appareil circulatoire (38 % des décès dont maladies cérébro-vasculaires et infarctus) ; les tumeurs : 22 % des décès.
- Le cancer du sein (4 % du total des décès féminins) est le plus fréquent des cancers chez les femmes (58 pour 100 000 habitants). Il entraîne plus de 10 000 décès par an et 11 % des décès prématurés (avant 65 ans). Il a augmenté de 1980 à 1992 alors que d’autres pays (Suède, Danemark, Hollande, Angleterre) avaient stabilisé ou fait régresser cette pathologie. Si la prévention s’avère difficile, le dépistage précoce, par mammographie, a fait les preuves de son efficacité. Depuis 1994, un programme national de dépistage systématique du cancer du sein (PNDS) a été mis en place ainsi qu’un comité national de pilotage du programme afin d’étendre le dépistage à tous les départements pour les femmes de 50 à 69 ans. Cependant, une évaluation menée par le Ministère en 1997 dans 5 départements, montre une couverture insuffisante des femmes les plus âgées dans la tranche d’âge concernée, ainsi que parmi celles ayant des antécédents familiaux.
- Le cancer de l’utérus est en diminution grâce aux dépistages par frottis, à la diminution des infections génitales, à la diminution du nombre de grossesses et à la médicalisation de l’accouchement. Cependant, il concerne toujours 5 000 et 6 000 femmes, et provoque 2000 décès par an. La mise en place d’un dépistage de masse efficace dépendra de la volonté politique.

Les risques de la grossesse

Si 99,6 % des naissances ont lieu désormais dans des établissements médicaux, 15,9 % se font par césarienne, 20,5 % des accouchements sont déclenchés et 48,6 % bénéficient d’une péridurale (enquête SESI Inserm DGS 1995).
- La mortalité maternelle (décès survenus pendant la grossesse ou 42 jours après l’accouchement) incluant les décès liés aux I.V.G. et aux grossesses extra-utérines, reste élevée, plaçant la France au 10e rang des pays européens.
- Parmi les causes de ces décès, on note les hémorragies consécutives à l’accouchement, les embolies et les complications de l’hypertension.
- La mortalité périnatale a baissé jusqu’en 1992 et son taux est stable depuis.
- Les femmes qui travaillent n’ont pas plus de problèmes de santé pendant leur grossesse que celles qui ne travaillent pas. Mais le taux de prématurité est plus fort.

Femmes et Sida

Si le nombre de cas diagnostiqués et de décès a considérablement diminué, la proportion de femmes infectées par le VIH augmente. Entre 1988 et 1998, la proportion, dans les SIDA déclarés, est passée de 1 femme pour 7 hommes, à 1 femme pour 3 hommes.
- La reconnaissance du risque pour les femmes a été tardive.
- La proportion de contamination par les rapports hétérosexuels augmente (plus de 40%) par rapport à la contamination par la toxicomanie et par transfusion (environ 10%).
- Les femmes sont plus vulnérables dans la transmission hétérosexuelle que les hommes, du fait de lésions génitales plus fréquentes et d’une quantité de virus plus importante dans le sperme.
- Les jeunes femmes sont contaminées lors du premier rapport sexuel, plus traumatisant pour les muqueuses.
- Le risque de transmission de la mère à l’enfant a fortement diminué. Il est aujourd’hui de O à 2%, avec traitement par AZT et 3TC et césarienne.
- Les femmes séropositives sont socialement plus isolées que les hommes.
- Elles ont moins accès à l’information et aux soins (toxicomanes et femmes en situation irrégulière en particulier). Les trithérapies leur sont moins souvent prescrites.
- les mères privilégient l’accès aux soins pour leurs enfants. .

Femmes et santé mentale

- Les femmes sont deux fois plus vulnérables aux dépressions dites majeures que les hommes.
- Les femmes au foyer sont plus souvent anxieuses que les femmes exerçant une activité à l’extérieur.
- La santé mentale peut être affectée quand il y a un conflit entre la vie familiale et le rôle professionnel.
Martine Doriac

(Sources : Féminin Santé - par Françoise Danzon et Christiane Dressen - CFES 1998 et La santé en France 1994-1998 - Rapport du Haut comité à la Santé publique - La documentation Française 1998 - Rapport " Pékin plus cinq " de la République Française).

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