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Urgence à Pristina

mardi 1er février 2000, par Nicolas Bégat


Le Centre de Protection de la Femme et de l’Enfant de Pristina, Kosovo, a été créé en 1993. En proposant des services concrets (informations, consultations gynécologiques, pédiatriques et psychologiques...), ses fondatrices poursuivaient le but d’amener les femmes à prendre mieux conscience de leurs besoins, et à gagner suffisamment de confiance en elles pour les exprimer. Une optique résolument féministe, donc, dans un pays où 3% seulement de la population féminine est professionnellement active, et où les familles nombreuses sont encore la norme. On y parlait violences conjugales, contraception, droits de l’enfant, éducation des filles... Mais mettant en avant les services de santé, le Centre parvint à s’implanter sans susciter la méfiance des familles. Avant la guerre, il recevait quotidiennement une moyenne de cinquante femmes. Elles y venaient, avec leurs enfants bien sûr, se rencontrer et échanger dans une ambiance qui tenait davantage de la " Maison des Femmes " que du dispensaire. Et puis, pendant l’intervention, ce fut le pillage total. De ses deux directrices, l’une, Vjosa Dobruna, a été arrêtée, battue et expulsée en Macédoine ; l’autre, Sevdije Ahmeti, restée pour témoigner, a dû se cacher dans des conditions épouvantables. Elles sont à présent revenues ; le local est toujours debout, mais tout y a disparu. Les financements des ONGs qui permettaient au Centre de vivre ont été stoppés, en attendant la mise en place de la reconstruction... Il y a pourtant urgence ! Les viols et violences, fréquemment suivis d’exécutions, infligés aux femmes albanaises par les forces serbes depuis 1998, se chiffreraient, selon les responsables du Centre, à plusieurs milliers. On retrouve déjà, comme en Bosnie, des traces de " camps-bordels ", où ils se pratiquaient en masse, principalement sur des jeunes filles de 16 à 20 ans, dont beaucoup n’y ont pas survécu. Les survivantes se trouvent dans un état de grand dénuement ; certaines d’entre elles, dans les campagnes surtout, ne possédant pas même de sous-vêtements de rechange. Si les familles ne rejettent pas les victimes, elles préfèrent le silence. Un silence lourd à porter. Mais témoigner publiquement est encore plus difficile : certaines qui l’avaient fait se sont suicidées. Une aide, et matérielle et psychologique, est impérative. Une aide médicale spécifique aussi. Car, bien qu’elles ne soient guère difficiles à imaginer, les conséquences des viols sur la santé ne sont jamais évoquées - quand les viols eux-mêmes le sont ! Combien de grossesses on ne peut moins désirées ? Combien d’avortements, et dans quelles conditions ? Combien de problèmes gynécologiques gravissimes ? Sachant que dans les Balkans, les MST (dont la syphilis et le Sida) se sont propagées à une vitesse fulgurante, combien de femmes contaminées ? Quand le voile se lèvera, les chiffres risquent d’être terrifiants.
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avec l’aide précieuse de Giselle Donnard.
(Pour soutenir le Centre de Pristina : Comité Kosovo c/o Exprit - 212, rue Saint-Martin - 75003 Paris. Tél. : 01 42 33 45 93).

P.-S.

Dominique Foufelle

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