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Sylvia Dunn : une Rom se bat pour les siennes

dimanche 1er avril 2001, par Nicolas Bégat

Propos recueillis par Martine Paulet

« Je ne voudrais pas être une jeune Rom aujourd’hui, dit Sylvia Dunn. La peur constante d’être expulsée avec ses enfants est son pain quotidien. » Elle se bat depuis une dizaine d’années au Royaume-Uni, pour que les femmes roms puissent en toute légalité choisir de se déplacer librement et habiter sur les terres de leur choix.


Vous êtes la Présidente de la National Association for Gypsy Women. Comment fonctionne votre organisation ?


En tant que femme rom au Royaume-Uni, j’ai toujours été confrontée à cette violence qu’est le risque d’expulsion. En effet tous les métiers traditionnels que nous exercions ont disparu avec l’automatisation, dans l’agriculture ou l’artisanat. Personne n’a donc plus besoin de nous, personne ne souhaite plus que nous restions sur place. Les femmes en sont les premières victimes : le taux de fausses couches est très élevé, même si je n’ai pas de statistiques précises et elles n’ont aucune protection. Ce sont elles qui sont responsables des enfants qui ne sont pas acceptés dans les écoles. J’ai donc décidé de me sédentariser. Comme ça, avec d’autres femmes nous pouvons regrouper des informations sur la protection sociale, et le logement, des noms de médecins et d’avocats. Nous organisons des manifestations de protestation contre les autorités locales qui peuvent nous expulser selon leur bon vouloir. Nous servons aussi de relais au service de scolarisation des gens du voyage. Les professeurs qui viennent enseigner à nos enfants dans les camps font un travail extraordinaire ! Et comme ils s’attachent à leurs petits élèves ! Mais c’est si difficile de nous faire connaître auprès des femmes roms. Nous ne sommes pas habituées à écrire, nous n’avons pas d’accès aux outils de communication modernes, tout se passe par oral. Et les hommes les empêchent de se regrouper et de se parler ! Ils ne veulent pas les laisser seules car ils ont trop peur qu’elles deviennent indépendantes. Ils en sont encore au XVIIIe siècle...

Vous avez été élue femme de l’année au Royaume-Uni. Cela vous a-t-il aidé à vous faire entendre ?


Depuis ma nomination en 1999 les choses ont commencé à bouger. J’ai participé à des émissions de télévision, rencontré de nombreuses personnes et eu l’occasion de parler à des publics très variés. Les femmes roms ont ainsi commencé à davantage entendre parler de l’association. Cela leur donne une meilleure compréhension de leur situation et d’un début d’actions qu’elles peuvent entreprendre. Moi aussi j’ai pris conscience que nous pouvions et devions faire parler de nous au-delà du niveau national. Nous avons besoin d’atteindre les décideurs, les instances gouvernementales, les institutions européennes. C’est la loi que nous souhaitons faire évoluer.

Vous participez d’ailleurs au travail de recherche de l’université de Cardiff.


Oui, il y a un groupe de recherche sur le droit des Roms, le Traveller Law Research Unit. Nous essayons d’amasser des preuves, notamment par les articles dans la presse, pour démontrer que les Roms ne bénéficient pas des mêmes droits que les citoyens européens, que la discrimination est constante. Les journalistes ne savent pas ce qu’ils écrivent la plupart du temps, ils ne viennent pas chercher l’information auprès de nous. La libre circulation des citoyens, l’une des libertés fondamentales prônées par l’Union européenne, n’est pas valable pour nous. Notre situation n’est pas légalisée. Nous avons porté de nombreuses plaintes auprès de la Cour européenne des Droits de l’Homme. Les enfants ne peuvent pas accéder à l’éducation, ils ne peuvent pas évoluer et les femmes non plus. Elles continuent à subir les expulsions. Quand j’ai décidé de me sédentariser, je me suis acheté un lopin de terre. Puis j’ai demandé l’autorisation indispensable pour pouvoir y habiter avec ma caravane. J’ai mis 6 ans à l’obtenir ! Sans autorisation, pas de domicile fixe. Sans domicile fixe, pas de scolarisation et donc pas de moyen de changer le cours des choses et de se stabiliser. A ma connaissance, il n’y a aujourd’hui qu’une seule jeune fille rom à l’université au Royaume-Uni !

Votre mode de vie ne correspond pas aux standards des populations « gadgé » ?


J’habite dans une caravane afin de pouvoir me déplacer sur ma terre. Ainsi la terre peut reprendre ses droits à tout moment et conserver sa forme originelle. Si je faisais construire une maison en dur, la terre ne serait jamais plus comme avant, elle serait bouleversée. Nous voulons partager tout ça avec les non Roms et transmettre notre héritage culturel, nos valeurs.

Quel est votre rêve le plus cher ?

Je ne sais pas si je vivrai assez longtemps pour le concrétiser, mais je souhaite tellement créer une association internationale. Nous avons besoin de nous faire connaître et reconnaître. Nous voulons échanger nos expériences de femmes, nous voulons devenir des citoyennes européennes comme les autres avec tout ce que cela comporte d’avantages pour notre évolution. Nous sommes au pied du mur, nous n’avons d’autre choix que de nous élever par l’éducation pour survivre en tant que femmes. J’aimerais voir nos femmes se rendre à des conférences internationales, se faire inviter par les gouvernements pour mener à bien de vraies actions, et non plus se contenter de recommandations qui risquent de finir couvertes de poussière. Je recherche seulement un peu de justice et de paix.

P.-S.

Dominique Foufelle

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