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Que pensent les hommes des recherches féministes ?

lundi 1er octobre 2001, par Nicolas Bégat

Propos recueillis par Laure Poinsot

Les enseignants le savent, de plus en plus d’hommes choisissent de travailler sur des sujets « femmes » voire s’inscrivent dans des cursus clairement étiquetés féministes. On a désiré connaître leur point de vue : voici deux témoignages différents de docteurs en histoire, celui de Laurent Ferron, professeur de lycée à Angers et Fabrice Virgili, chargé de recherche à l’IHTP-CNRS.


Peut-on choisir de travailler sur une thématique féministe lorsqu’on est un homme ?
Laurent

 : Mon DEA portait sur le "discours judiciaires sur la sexualité et ma thèse sur la "répression pénale des violences sexuelles". Les lacunes historiographiques, la richesse des sources ont rencontré mon désir de travailler sur les discours normatifs en ce qui concerne la sexualité. De là, les violences sexuelles et inévitablement la question du genre est posée.

Fabrice

 : Ma thèse s’intitulait « La France virile : les femmes tondues à la libération ». Au départ, on m’a dit que je ne trouverai pas de sources et que le sujet était anecdotique. Au contraire, je crois avoir démontré que la tonte des femmes est significative d’une volonté d’affirmation virile après la défaite de 40 et surtout au moment où les femmes accèdent à la citoyenneté politique, la violence signifiant : vos corps ne vous appartiennent pas. Mon sujet n’aurait pas été possible sans l’apport de l’histoire des femmes. Mon travail actuel se place dans son prolongement, je travaille sur l’identité de genre et la guerre. J’utilise le genre dans l’analyse des événements historiques, mais c’est une grille d’analyse parmi d’autres.

Trouvez-vous que ce type d’enseignements soit reconnu au sein de l’université ?
Laurent

 : La question de genre/féministe/femmes ne fait pas du tout parti de l’enseignement que j’ai pu recevoir à l’université jusqu’à la licence. En revanche, j’ai démarré sous l’influence de l’école des Annales, de la démographie historique qui était en vogue à l’université de Tours ou d’Angers vers 1985... Le travail a été assez difficile car il a fallu défricher individuellement, les questions du droit, de l’analyse du discours...

Fabrice

 : L’utilisation du genre comme outil de recherche est bien accepté au sein du CNRS. On ne peut pas parler, en France, de pauvreté des recherches sur les femmes et sur le genre. Mais il est clair que l’institution n’en veut pas, à la différence de ce qui ce passe aux Etats-Unis où l’université intègre une nouvelle discipline lorsqu’un nouveau champs est ouvert, comme ce fut le cas avec les « Women’s et gender studies ».

Pourquoi les hommes n’ont-ils pas investi les premières recherches féministes ?


Laurent

 : je pense pour des raisons psychologiques simples, des questions de motivations, de désirs. Finalement le fait que je sois gay a sans doute contribué à ce que je me pose très tôt beaucoup de problématiques qualifiées de féministes (Et sans doute que Foucault n’aurait pas écrit l’histoire de la sexualité s’il n’avait pas été gay, même si tout cela apparaît bien réducteur...). Y-a-t-il une écriture des femmes, des gays, des hétéros ?

Fabrice

 : les historiens ne voyaient pas les femmes comme des objets d’histoire, sans parler du fait que la majorité des hommes ne se reconnaissaient pas dans les actes féministes. Mais l’avènement de l’histoire des femmes oblige les hommes à se regarder en tant qu’homme et non plus en tant qu’universel. L’histoire des femmes conduit à l’histoire des genres, qui, pour moi, doit maintenir devenir un outil d’analyse, comme par exemple la dimension générationnelle qui est largement oubliée dans mon domaine.

Quel est l’impact de la recherche féministe sur l’action militante et sur la société dans son ensemble ?


Laurent

 : la vulgarisation du résultat de ces recherches devraient sans doute prendre une place plus grande dans les programmes de l’éducation nationale. En attendant, mon travail de recherche me permet de faire un autre enseignement au lycée et d’y intégrer toujours les problématiques féministes (dans la mesure du possible des programmes), de même que dans mes activités militantes au sein d’une association gay et lesbienne à Angers (radio, fanzine mensuel...).

Fabrice

 : lorsque je donne des cours, par exemple à l’Ecole Normale Supérieure de Cachan, je dis toujours à mes étudiants de se poser la question suivante : le genre a-t-il un impact ? Et cela, quel qu’il soit votre sujet. Au bout du compte, cette question n’aura peut-être pas d’intérêt mais posez-vous la de toutes manières. Ils sont d’ailleurs très souvent surpris de voir qu’elle ouvre des axes de recherches inattendus.

P.-S.

Dominique Foufelle

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