Accueil du site > Ressources > La tendance est au mainstreaming et aux réseaux

La tendance est au mainstreaming et aux réseaux

lundi 1er octobre 2001, par Nicolas Bégat

Entretien avec Claude Zaidman par Laure Poinsot

Après trente ans de pratique de l’université, Claude Zaidman, sociologue à Paris VII, est catégorique : « Jusqu’à présent, on n’a jamais donné les moyens à la recherche féministe. Il n’y a jamais eu de reconnaissance réelle mais un saupoudrage. Le seul soutien est venu du Secrétariat des droits des femmes et non pas de l’Education Nationale. Les enseignements, qui ont été développés, l’ont été à bout de bras par des personnes individuelles. Il n’y a jamais eu aucun soutien de l’université en tant qu’institution. »

Claude Zaidman est responsable du CEDREF, le Centre d’Etudes de Documentation de Recherche pour les Enseignements Féministes, rattaché à l’université Paris VII, plus connue sous le nom de Jussieu. A l’origine, le CEDREF, est un groupement de chercheuses qui voulaient asseoir les recherches féministes dans l’institution, à travers des colloques, des séminaires, des revues. Le CEDREF, avait pour objectif que le féminisme devienne un axe de recherche et de théorie de manière transdisciplinaire. Le CEDREF avait réussi à imposer un diplôme de DEA intitulé « Genre et Société », mais il lui a été supprimé en 1994. « Les mots d’ordre, aujourd’hui, sont le genre et le mainstreaming. Alors on abandonne le spécifique et on préconise la mise en réseau » conclue Claude Zaidman de manière laconique. Le CEDREF a ainsi perdu son statut de laboratoire de recherche et se développe en tant que réseau, avec pour objectif de s’allier avec les autres entités de recherches féministes en France.

Du Cedref ... au Ring !

Ce tout nouveau réseau s’appelle le Ring, Réseau Inter-universitaire et Interdisciplinaire sur le Genre. Ses objectifs sont multiples : augmenter la visibilité des études de genre dans l’université française, pérenniser les enseignements qui existent, affiner les outils conceptuels. Le Ring, qui rassemble une petite centaine de personne divisées en comités de direction et groupes de travail, prévoie également la création d’un site web ainsi qu’une journée d’étude en mai 2002. Le Ring diffère de l’ANEF, l’Association Nationale des Etudes Féministes, structure de loi 1901 qui rassemble des chercheurs à titre individuel. Le ring, quant à lui, relie les institutions, en premier lieu, universitaires. Il n’est donc pas impossible et même recommandé d’appartenir aux deux.

La nécessaire solidarité entre chercheuses et réseaux

A défaut d’avoir réussi à imposer l’interdisciplinarité des recherches féministes au sein de l’université française, Claude Zaidman estime que les chercheuses ont développé une solidarité certaine. Il se constitue des pôles de recherches féministes, par exemple, à l’EHSS où il y a actuellement beaucoup de doctorantes. Le problème du nom est certes un obstacle. Le terme de féministe ne fait pas l’unanimité car il transparaît comme militant et non scientifique, le genre semble plus unificateur. Mais, pour Claude Zaidman, il ne faut pas s’arrêter à ces querelles de vocabulaire, d’autant plus que les terminologies genre et égalité des chances, aujourd’hui termes officiels, ne sont, en fait, que le résultat d’un compromis à l’échelle internationale.


Si les choses bougent aujourd’hui en France, les moyens suivront-ils ?

Claude Zaidman reconnaît une certaine effervescence autour du féminisme en Europe. En France, après des années de reflux, c’est reparti avec la bataille de la parité. Il y a beaucoup de livres, de colloques de recherches, les idées fonctionnent, se diffusent, en particuliers auprès des jeunes chercheurs. Mais pour Claude Zaidman, « un des problèmes réels est celui des débouchés : il n’y a pas de postes pour les jeunes. C’est d’autant plus préoccupant que toute une génération, dont je fais partie, part à la retraite et la transmission ne sera pas assurée. Comme l’université n’a pas financé de postes, les jeunes générations ont eu du mal à faire carrière. On a l’impression que le sommet s’en aperçoit maintenant alors que on le dit depuis longtemps. Mais les choses bougent. On sent que les étudiants, surtout les étudiantes, savent maintenant intégrer dans leurs recherches la dimension de genre. J’imagine, je suis sûre qu’elles iront plus loin que nous. »

Coordination du Ring : CEDREF, Université Paris VII - Denis Diderot - BP 7132. 75 251 Paris cedex 05. Tel : (33) (0)1 44 27 36 10. cedref@ccr.jussieu.fr

P.-S.

Nicky Le Feuvre

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0