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Paroles d’agricultrices

jeudi 1er mars 2001, par Nicolas Bégat


Propos recueillis par Yannick Cavache

Le 5 décembre dernier, 50 « Femmes qui font bouger l’agriculture et la pêche » étaient reçues par Jean Glavany au ministère de l’agriculture, pour une journée de rencontres. Six d’entre elles témoignent de leurs vies, difficultés, bonheurs et attentes au sein de leurs exploitations. Des avis contrastés avec néanmoins un point commun, le souhait de voir une suite à cette journée intéressante... mais un rien frustrante, par manque de temps.


Anne-Marie Chanal,

Puy de Dôme
Exploitante et Présidente de l’association pour la promotion des produits fermiers et la défense des vendeurs directs, dite association de la Jonquille (logo de l’association).
« Moi, je ne me suis jamais posé la question hommes/femmes. Je raisonne en tant que professionnelle, c’est tout. Mais c’est vrai que lorsqu’on a commencé à avoir des problèmes, les hommes sont venus me chercher. On a donc créé notre association, à vocation économique, pour assurer la promotion de nos produits et créer une meilleure communication entre les producteurs et les consommateurs. Et force est de constater que les femmes se sont très vite mobilisées. Il faut dire que ce sont elles qui, en général, assurent la commercialisation des produits. Pour le reste, elles sont plutôt discrètes, elles manquent de confiance en elles. Moi je dis : quand on maîtrise bien son métier et sa vie, il faut y aller. Ne pas avoir peur. »

Marie-Lise Broueilh,

Hautes Pyrénées
Présidente du Syndicat des éleveurs bovins.
« Je ne suis pas une féministe à tout rompre, mais c’est vrai que nous sommes confrontées à des difficultés spécifiques, liées à la répartition des tâches sur l’exploitation. Je pense qu’il faudrait aider les femmes à se former à la gestion de l’entreprise. La motivation est d’ailleurs très forte. De plus, les femmes ont besoin de structures de rencontre. Pour l’association dont je suis présidente, nous avons mis en place un stage d’informatique ; j’ai été épatée, de voir la motivation des femmes à se former, mais aussi de constater leur plaisir à être ensemble, à partager leurs points de vue, aux échanges fructueux entre les générations. Oui, vraiment, il faut que les femmes dans notre milieu sortent de leur solitude, de leur isolement. Pour créer plus de solidarité et ensemble, évacuer l’angoisse. »


Anne Benon,

Lozère
Exploitante, Comité Collectif « trésor de nos fermes ».
« Notre association regroupe 30 producteurs et le bureau est tenu par des femmes. J’ai envie de dire que c’est un heureux hasard ! Mais heureusement, justement, que nous sommes là pour dynamiser le monde rural, le faire vivre, pour nous et pour nos enfants. Dans notre coin, la vie, la nature sont rudes et la qualité de vie passe par la solidarité. Je dois dire que ce sont les femmes qui ont pris cela en charge. Maintenant, il faudrait veiller à mettre leur travail sur les exploitations un peu plus en valeur. »

Catherine Grasset,

Alpes de Haute Provence.
Confédération paysanne, responsable des quotas-formation à la FADEAR (association d’appui technique dans les exploitations).
« Les choses ne bougent pas dans notre milieu ou pas encore assez pour le dire de façon plus optimiste. Il n’y a pas assez de femmes dans les diverses représentations locales ou nationales. C’est dommage. Car nous sommes souvent plus concrètes, directes, pratiques. Et notre vision sur la profession manque vraiment. Il faudrait trouver le moyen de sortir les femmes de leur isolement, qu’elles aient un peu de temps pour elles. Elles ont parfois deux métiers. Un mi-temps sur l’exploitation et un autre ailleurs. Moi-même, je suis assistante maternelle en plus de mon activité sur l’exploitation. C’est dur. A quand un véritable statut de conjointe collaboratrice ? »

Nicole Videau,

Ariège
Directrice de la Chambre d’agriculture de l’Ariège.
« Rien ne bouge dans le milieu pour les femmes. Elles ne sont pas reconnues. Il n’y a toujours pas d’élues dans les Chambres d’agriculture ou si peu. Et une seule présidente pour environ 90 chambres. Même chose au niveau des directions de ces mêmes Chambres. Nous sommes cinq ou six. Un beau progrès en cinq ans, puisque à l’époque, il n’y en avait qu’une. Pourquoi ne pas penser à un système de parité pour réveiller un peu les consciences ? »

Anne-Marie Vergez,

Pyrénées-Atlantiques
Patronne pêcheuse.
Sur le port de Saint-Jean-de-Luz, nous sommes deux ou trois pêcheuses. Et tout se passe bien. Moi, je ne pense pas hommes/femmes, je pense être humain. Et je pense que les femmes ne doivent pas s’isoler. On ne va pas en arriver à la parité dans nos métiers. Moi, je suis contre, je trouve ça désolant d’en arriver là. Mais ce qui m’inquiète beaucoup en revanche, c’est que, au niveau des revendications du statut de conjoint d’artisan, ce soit encore les gros armements qui obtiennent les avantages grâce à leurs femmes qui sont plus représentées. Oui, ça, ça m’inquiète. Même si je ne suis pas directement concernée puisque la pêcheuse, c’est moi ! »

P.-S.

Diop Baye Gueye

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