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Les riverains de l’étang de Thau se mobilisent - les riveraines aussi !

jeudi 1er mars 2001, par Nicolas Bégat

Rencontre avec Annie Castaldo, chef d’exploitation conchylicole (huîtres et moules) à Marseillan, Hérault, par Dominique Foufelle

Pour que l’étang de Thau ne subisse pas le sort du littoral, des associations se sont réunies en collectif. Annie Castaldo est active dans plusieurs d’entre elles - et l’une des rares femmes dans sa profession à s’investir dans des initiatives collectives.



Dans les années 1970, d’innombrables habitant-es d’Agde ont cédé, contraints et forcés, leurs terrains à 1 F le m2. Après le passage des promoteurs, dévastateur pour l’environnement, ils en valent 10 000. « Si on nous faisait le Cap d’Agde aujourd’hui, il y aurait des bombes ! affirme Annie Castaldo. Les anciens ont été trop gentils. Depuis 30 ans, les promoteurs s’enrichissent sur notre dos. » Pour éviter que, le Cap définitivement saturé de constructions, ils ne se rabattent pas sur l’étang, les riverain-es se sont organisé-es.
Annie Castaldo est conchylicultrice : elle élève des huîtres et des moules, dans le bassin de Thau. Fait rare dans cette profession, elle a hérité de l’exploitation de son père, qui lui appartient donc directement. « Dans l’exploitation, j’ai le même rôle que les autres femmes ; je m’occupe surtout de l’administration, mon mari de tout ce qui est sur l’eau. Mais je n’ai rien à demander à personne, ça donne de l’assurance. J’ai une reconnaissance. Peut-être qu’on ne serait pas venu me chercher sinon ; et peut-être que je ne me serais pas investie dans des associations. »
Et de noter au passage que peu d’épouses d’exploitants adhèrent au nouveau statut qui leur est proposé, leur assurant des droits sociaux propres. « Je ne les vois pas adhérer en masse ! Elles ne voient pas l’intérêt parce qu’elles profitent de l’assurance du mari. Mais tout peut arriver dans la vie. Et comme les exploitations sont au nom du mari, elles ont beau avoir travaillé à 100% dessus pendant toute leur vie, s’il y a un décès ou une séparation, elles se retrouvent sans rien. »

En synergie pour l’environnement

Outre sa participation au réseau Racines, Annie Castaldo fait partie du Collectif d’associations qui se propose de valoriser le milieu, et redorer l’image de l’étang de Thau et ses environs proches, passablement ternie par le tourisme intensif. Se gardant de la mainmise des élus, le Collectif entend rassembler tout-es les acteur-trices, professionnel-les, habitant-es et visiteur-ses, de tous les horizons et de toutes les origines, pour faire vivre le lieu tout en le respectant.
Son énergie et son dynamisme, Annie Castaldo les met principalement au service de la démarche de demande d’AOC pour les huîtres de Bouzigues. Cette appellation fameuse peut être utilisée pour toutes les huîtres élevées dans l’étang, quelle que soit leur qualité. Or, celle-ci est très variable. Elle dépend surtout du nombre d’huîtres élevées sur la même « table ». « On ne rajoute rien dans l’étang. Une fois que le phytoplancton est mangé, il est mangé ! » Donc, plus les huîtres sont nombreuses, plus elles sont pauvrement nourries, et moins savoureuses. La même différence, en gros, qui existe entre un poulet de batterie et un poulet élevé en liberté.
La démarche était partie d’un désir de faire du bio. Mais toutes les concessions partagent la même eau. « Et même si tout le monde le voulait, il faudrait aussi que tous les agriculteurs alentour soient bio. Ça n’est pas demain la veille ! ». Toutefois, grâce aux efforts des associations locales, l’Europe va accorder aux communes une aide pour ne plus rien déverser de nocif dans l’étang. La pollution favorise en effet la malague, maladie provoquée par la raréfaction d’oxygène due à la prolifération d’algues, phénomène naturel, mais qui devient plus fréquent avec le déversement des produits de traitement, notamment ceux employés en viticulture.
On le constate : même si cette demande d’AOC vise à régulariser un marché chaotique, et par là à permettre aux éléveur-ses qui font de la qualité de moduler des prix stagnant depuis 20 ans, elle n’est pas conduite de façon corporatiste. Elle passe aussi par la revalorisation globale de l’étang : régulation du sport nautique, mise en place d’un « tourisme intelligent », nettoyage et entretien des rives. Et Annie Castaldo de préciser : « On dit que ce sont les touristes qui salissent, mais c’est plutôt la profession, qui ne gère pas trop bien ses abords. »

Une diplomate chez les machos

Le discours de cette professionnelle est parfaitement élaboré. Mais... « On est dans un milieu méditerranéen, macho. Ce n’est pas évident de s’imposer ! Pour continuer à évoluer, il faut être diplomate, s’infiltrer. Il n’y a que deux femmes à la section régionale de conchyliculture : la secrétaire et une « emploi-jeunes ». Sans nous, ils ne peuvent pas travailler, c’est clair ! Mais aux réunions, il y a très peu de femmes. Pourtant, nous, on a une sensibilité autre. Les hommes ont le verbe haut, ils n’aiment pas qu’on les contredise, ils ont du mal à écouter... S’il y a seulement une femme, ils se tiennent à carreau, il y a des mots qu’ils n’osent pas prononcer. En nous respectant, ils se respectent. Automatiquement, quand la discussion est plus facile, on avance. » Elles sont deux au sein du CIVAM qui gère la demande d’AOC. « Il y a pas mal de jeunes. On ne pourrait pas être leur mère, mais presque. Alors, ils nous écoutent un peu. » Et bien contents quand elles dénouent des situations délicates !
Annie Castaldo faisait partie des « Femmes qui font bouger l’agriculture et la pêche » invitées au ministère le 5 décembre 2000. Très contente de la journée, qui ne lui a pas semblé être la « vitrine » qu’elle redoutait, elle attend les suites. Quant à la présence des femmes dans les associations : « Il faut bien commencer ! ».

P.-S.

Diop Baye Gueye

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