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Souad Hamitu, l’artisanat au service des autres

mardi 1er mai 2001, par Nicolas Bégat

La céramiste Souad Hamitu désire faire passer des messages forts par la céramique, la poterie et la mosaïque.

L’association parisienne « Demain en Main », créée par la céramiste d’origine algérienne Souad Hamitu, est conçue comme un lieu de rencontre, de formation et de solidarité. Elle s’adresse prioritairement aux femmes qui désirent créer de leurs mains dans les métiers d’art traditionnels et qui désirent échanger leurs savoirs-faire pour les transmettre aux enfants et aux adolescents. Depuis janvier 2001, l’association a enfin son propre atelier près de Belleville dans lequel sont organisés des ateliers de poterie, de céramique et de mosaïque. L’association organise également des expositions pour présenter et vendre les créations de femmes artisanes. Le dernier et non moindre objectif de « Demain en Main », est de permettre à des artistes du « ce qui se cuit » de pouvoir exercer leur métier grâce à l’accès au four de l’association.

C’est en effet parce qu’elle n’avait pas de four que Souad décide, en 1997, de créer « Demain en Main » à la suite d’une trajectoire personnelle et professionnelle riche mais difficile. Après des études aux Beaux-Arts d’Alger, Souad décide de venir s’installer à Paris, capitale des arts. En 1987, Souad suit une année de formation professionnelle à Paris en ce qui a toujours été sa passion, la poterie et la mosaïque, et cela dans l’optique de repartir en Algérie pour y fonder son propre atelier professionnel. Rapidement, son entreprise algéroise fonctionne très bien. Avec 10 salariés, elle travaille sur plusieurs commandes prestigieuses, en particulier pour la décoration d’un grand hôtel et d’un restaurant. Mais en 1993, en raison de la situation politique du pays, Souad décide de retourner s’installer en France pour y élever ses deux filles. Souad traverse alors une période très difficile, n’arrivant pas à exercer son métier. Elle n’arrive en effet pas à réaliser les petites commandes qu’elle obtient pourtant sur la base de son expérience algérienne car elle n’a pas les moyens de financer le four et l’atelier qui lui sont alors indispensables.

Aujourd’hui, l’atelier et son précieux four lui permettent de pouvoir à nouveau pratiquer son métier. Mais il permet également d’offrir aux enfants de Belleville des ateliers poterie, céramique et mosaïque dans un quartier où beaucoup de familles n’en auront jamais les moyens. Car c’est là un des objectifs fondamentaux de l’association. Souad estime que ces activités artistiques apportent beaucoup aux enfants, à commencer par un immense plaisir, car les activités manuelles sont de plus en plus rares et de moins en moins valorisées dans le cursus scolaire traditionnel. Souad pense en particulier aux enfants en échec scolaire qui trouvent dans ces activités manuelles un moyen de s’épanouir. Dans la tendance actuelle vers le tout virtuel, malaxer de la terre est devenue, pour Souad, une expérience unique et riche.

A l’origine, lorsque Souad a conçu son atelier, elle a pensé particulièrement aux femmes du quartier qui sont originaires du Maghreb et d’Afrique. Car dans ces pays, ce type d’artisanat traditionnel, encore important dans les campagnes même s’il a tendance à disparaître dans les villes, est avant tout une affaire de femmes. Très attachées à la vaisselle de terre surtout pour certains plats qui vont sur le feu, comme les tagines, les Maghrébines et les africaines font toujours leur propre vaisselle. Pour certaines, c’est parfois aussi une source de revenu non négligeable. Avec cet atelier, Souad désire leur permettre de continuer à pratiquer, en France, leurs activités traditionnelles avec l’idée qu’elles les transmettre également à leurs enfants, à leurs filles mais aussi à leurs fils.

Si cet atelier est une façon pour Souad de renouer avec les traditions artisanales de leur pays d’origine, c’est aussi l’occasion de se retrouver dans un lieu convivial pour pouvoir discuter et faire passer aux participantes des messages qu’elle estime essentiels. Tout d’abord, leur rappeler que les femmes contribuent autant que les hommes à la société qui doit leur reconnaître leur place. Rappeler aussi qu’il faut éduquer les enfants de la même manière et ne pas reproduire dans l’éducation les inégalités traditionnelles en défaveur des filles. Souad estime qu’on n’attire pas encore assez suffisamment l’attention sur ces questions d’éducation qu’elle essaye d’aborder d’une manière détournée afin que le message puisse passer. Souad désire également aborder avec les mères les éventuels problèmes de délinquance des enfants du quartier, qui, pour certains, risquent de mal tourner si les parents ne font rien.

L’effervescence de l’installation de l’atelier depuis janvier 2001 n’a pas encore laissé à Souad le temps de se remettre sérieusement à la céramique. Pouvant maintenant vivre de ses ateliers, elle envisage, dans un premier temps, de réaliser des prototypes qu’elle désire créer afin de se constituer un catalogue, et non plus répondre à des commandes moins personnelles. Au démarrage de l’association, Souad voulait que d’autres femmes la rejoignent. Malheureusement, celles qui étaient intéressées ne se sont pas encore décidées à lâcher leur travail alimentaire pour une activité peu rémunératrice à ses débuts.

Demain en Main
4, rue Robert Houdin 75011 Paris Tel : 01 47 00 48 82

P.-S.

Laure Poinsot

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