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Martha Moore, chorégraphe des femmes

mardi 1er mai 2001, par Nicolas Bégat

Propos recuillis par Laure Poinsot

La chorégraphe Martha Moore veut faire danser la « ménagère de 50 ans ».



On met en scène dans « Something’s wrong » une ménagère dans le sens anglais du terme housewife. On ne l’entend pas de façon péjorative mais on ne se montre non plus pas sous notre meilleur jour. Ceci est contraire à l’éthique de la danse où on est censé garder une certaine ligne et nous, on fait exprès de ne pas l’améliorer. On s’amuse beaucoup avec tout ce qui nous passe par la tête comme les comédies musicales, les jouets d’enfants qui nous font partir dans un trip. Chaque épisode est conçu pour faire partie d’un puzzle. Chaque épisode dure une vingtaine de minutes. On les fait soit dans les théâtres, soit dans les galeries d’art, maintenant on va le faire à l’extérieur de ces lieux institutionnels, dans une laverie, une cour, etc.

Nos chorégraphies ont l’air simples, mais elles sont très complexes. En cours de représentation, les spectateurs se demandent même comment nous allons réussirent à terminer, tellement on accumule des choses tout en restant très calmes et on fait évoluer les situations de façon démentielle.

On aborde des sujets des femmes de notre âge avec beaucoup de joie, mais on cible ce qui ne va pas. Car on est tellement bombardé par la publicité par les mêmes images d’une femme qui a 21 ans, qui est parfaite, une créature de rêve. Mais on est beaucoup plus que ça. Et dans la danse on ne parle jamais de femmes de mon âge, ni dans les médias d’ailleurs ou alors on les montre de manière pas passionnante, c’est plutôt cela d’ailleurs le problème.

Je veux mettre la danse dans la vie normale des gens, hors des salles de spectacle. C’est pour moi peut-être une façon d’humaniser la danse. Ce n’est pas la danse des rues car on choisi les lieux à l’avance. Car je veux être encadrée, mais pas dans le cadre d’un théâtre. J’ai par exemple joué dans le grenier d’une maison et les spectateurs devaient monter par une échelle pour assister au spectacle. Ou alors les collaborations avec des artistes plasticiens dont on investit les lieux qu’ils ont créés. La laverie dans laquelle je donnerai une performance en juin prochain me convient parfaitement. Mais il faut un cadre car il faut un point de vue.

Dans toutes les chorégraphies que je fais, le sujet est presque toujours les femmes dans des situations quotidiennes, tout au moins qui commencent dans le quotidien et qui virent dans le bizarre.

Maintenant je suis d’un certain âge, j’ai la cinquantaine, et je veux continuer à danser, à être en performance et je dois donc me débrouiller avec les moyens qui sont les miens. Je crois que j’ai toujours beaucoup à dire et à faire en tant que danseuse et chorégraphe.

C’est très difficile de parler de danse contemporaine car c’est un domaine immense. Personnellement j’ai mené ma carrière à la carte en intégrant des éléments différents qui ne sont pas strictement de la danse.

Je veux danser jusqu’à 80 ans, si je peux. Les artistes qui m’ont le plus impressionnées quand j’ai commencé à danser aux Etats-Unis, c ’était les danseurs de plus de 40 ans qui se mettaient à commencer une carrière de chorégraphe. Les plus connus en France sont Merce Cunningham et Martha Graham qui ont continué à danser très longtemps. Par contre, quand je suis arrivée en France, je me suis rendue compte que 40 ans ici, c’était la fin de tout. Mais aujourd’hui cela a beaucoup changé aussi bien pour les chorégraphes que pour les danseurs. A 40 ans, 50 ans, on a plus la souplesse et la virtuosité technique mais on a une réelle maturité de la performance. Il y a tout un autre travail à faire. Aujourd’hui, c’est plutôt commun. Les danseurs comme les chorégraphes veulent continuer la danse, rejoignant les autres domaines artistiques d’ailleurs.

En arrivant en France au début des années 80, j’ai eu l’impression qu’on avait tendance à plus soutenir les hommes que les femmes chorégraphes. Ceci est basé uniquement sur mon observation. En danse classique par contre, c’est toujours difficile de citer des chorégraphes femmes connues en Europe.

Aujourd’hui en danse contemporaine en Europe comme aux Etats-Unis, il y a une vraie égalité. Si on fait le tour des centres chorégraphiques contemporains, on trouve autant de femmes que d’hommes à leur tête.

Je me situe dans un courant de la danse d’après 1968 aux Etats-Unis et qui a instauré une certaine démocratie dans la danse entre les interprètes et les chorégraphes. C’est un peu gommé aujourd’hui, c’est normal, il y a des cycles. Mais tous ceux qui voulaient exprimer quelque chose en danse contemporaine pouvaient le faire. Depuis 25, 30 ans, cela a porté une grande liberté dans la danse, non seulement entre les hommes et les femmes mais aussi entre les générations de danseurs.

Financièrement, je jongle. Heureusement je sais faire plein de choses. Quand je suis arrivée à Paris, les danseurs comme moi devaient avoir un deuxième job, genre serveurs, pour gagner sa vie, ce qui est d’ailleurs toujours le cas aux Etats-Unis. Là-bas, même les chorégraphes très reconnus ne peuvent pas vivre de leur art. Maintenant, je donne des cours à des professionnels, je danse pour d’autres compagnies, je chorégraphie.

Si vous voulez contacter Martha Moore : 129 avenue Philippe Auguste, 75011 Paris, Tel : 33 (0)1 43 79 89 44

P.-S.

Vanina Pinter

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