Accueil du site > Ressources > Dakar2000 : le tribunal des femmes contre la dette

Dakar2000 : le tribunal des femmes contre la dette

jeudi 1er février 2001, par Nicolas Bégat

Par Joelle Palmieri

Le sommet Dakar2000 pour l’annulation de la detle s’est ouvert par un magistral tribunal virtuel dont la sentence est redoutable.

La "Conférence internationale pour l’annulation de la dette de l’Afrique et du Tiers-Monde", autrement appelée "Dakar 2000 : des résistances aux alternatives", s’est déroulée à Dakar du 11 au 15 décembre 2001. Plus de 400 participants de plus de 50 pays, membres d’ONG, de syndicats, d’organisations progressistes du Sud, comme du Nord, se sont rencontrés pour dresser un état des lieux des dommages créés par le remboursement de la dette. Il était question pour chaque thème abordé, santé, éducation et économie, de faire le lien entre situation imposée par les organismes financiers internationaux (FMI, Banque mondiale, ...) et les résistances et alternatives proposées par la société civile.
Ce sommet s’est ouvert par un magistral Tribunal populaire des femmes contre la dette, auquel banc des accusés se trouvaient la Banque Mondiale, le FMI, les pays du G7, les gouvernements des pays pauvres et pour chef d’accusation : " crime contre l’humanité et non assistance à personne en danger ". Comme témoins à charge, on a pu entendre une jeune fille analphabète, une femme ayant perdu ses enfants de maladie, une pêcheuse ne trouvant pas de débouchés à sa production, une agricultrice non propriétaire de ses terres... Au terme du réquisitoire, l’accusateur réclame une peine sans circonstances atténuantes : "La dette est historiquement injuste, socialement insoutenable et juridiquement infondée". Le verdict sera sanglant : " Le tribunal virtuel des femmes et des populations du Tiers Monde déclare la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, les gouvernements du Nord et du Sud COUPABLES des faits constitutifs de crimes internationaux ". Le tribunal réclamer : l’annulation de la dette, le remboursement intégral des fonds recouvrés illégalement, le remboursement du surplus perçu, le remboursement de la dette écologique, le remboursement de la dette humaine liée à l’esclavage, des dédommagements aux victimes d’échanges inégaux, le dédommagement des millions d’êtres humains morts ou souffrant de maladies non soignées suite aux diminutions des budgets de santé, le dédommagement des millions d’enfants qui n’ont pas eu accès à l’éducation suite aux réductions des budgets d’éducation, à l’arrêt des politiques d’ajustement structurel. Cette décision fixera également l’astreinte comminatoire à un milliard de dollars de jour de retard !
Jouée à la fois par des acteurs professionnels et des membres d’ONG, le montage de ce tribunal, organisé par la coalition des femmes, a permis un véritable travail préalable de conscientisation auprès des populations mais aussi entre ONG, ce qui augure un véritable engagement des femmes sur la question. De fait, cette rencontre s’est particulièrement illustrée par la présence massive des femmes qui ont su imposer leurs voix, proposant des alternatives, réclamant leur place aux tables de négociation. Un manifeste réclamant l’annulation inconditionnelle de la dette des pays du Tiers-Monde, le remboursement des fonds recouverts illégalement, des surplus perçus, de la dette écologique, l’arrêt immédiat des plans d’ajustement structurels, le renforcement de la coopération Sud-Sud et la mise en place de politiques de développement endogène (non inscrit dans le mimétisme de l’Occident) a clôturé cette rencontre qui s’est suivie d’une grande marche pacifique dans les rues de Dakar le samedi 16 au matin.

P.-S.

Virgine Coustet

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0