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Pour une intégration critique du genre sur le développement

jeudi 1er février 2001, par Nicolas Bégat

par Gabrielle Schütz

L’AFARD se situe dans le domaine de la lutte pour le développement social et économique, la démocratie et l’égalité entre les sexes. A ce titre, elle dénonce les effets néfastes des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) imposés à l’Afrique depuis une vingtaine d’années par le FMI et la Banque Mondiale.

L’AFARD, Association des Femmes Africaines pour la Recherche et le Développement, développe une réflexion féministe sur la conceptualisation du genre, et plus spécifiquement sur son adaptation aux réalités africaines. Il s’agit en effet pour l’AFARD d’offrir une analyse des politiques économiques et sociales à partir d’une perspective critique fondée sur le genre : elle dénonce ainsi les conséquences dramatiques des Programmes d’Ajustement Structurels et du service de la dette sur les femmes et les enfants. L’AFARD encourage par ailleurs les jeunes femmes africaines à étudier les problématiques du développement sous l’angle du genre afin de formuler des stratégies concrètes pour relever les défis de la globalisation.
Ces programmes ont en effet affaibli le système d’éducation et de production du savoir en Afrique en ruinant les capacités de l’état à fournir une éducation de base à tous les citoyens par l’imposition de politiques budgétaires drastiques. Les dépenses sociales ont peu à peu été transférées de l’Etat aux familles, et de ce fait un grand nombre d’enfants de familles pauvres, et en particulier les filles, se sont retrouvés rejetés de l’école. L’inscription des filles dans les écoles primaires a ainsi baissé de façon substantielle.
Par ailleurs, les PAS ont eu un impact négatif sur les économies africaines en général, et sur les femmes plus particulièrement : la baisse des subventions publiques a conduit à une réduction de la production agricole où les femmes sont fortement impliquées (60 à 80 % de la force de travail du secteur). Ces femmes se sont alors engagées dans le petit commerce où elles sont confrontées à de nombreux obstacles, dont le plus important reste l’accès difficile au crédit et aux intrants. La faiblesse de la productivité du travail féminin et des revenus qu’il engendre, qui s’explique traditionnellement par l’accès limité des femmes aux ressources et par un faible contrôle de la production, a donc été aggravée par les PAS. Ainsi la pauvreté a été fortement accrue : le coût social de la libéralisation financière a été particulièrement élevé pour les femmes et les enfants.
L’AFARD analyse également sous l’angle du genre l’impact du service de la dette : de même que les PAS, le service de la dette et l’austérité fiscale ont négativement affecté l’accès à l’éducation, à la santé, au logement et à l’emploi, les femmes étant les premières à en souffrir.

Pas de développement sans les femmes

L’AFARD met l’accent sur le fait que le développement ne peut se réaliser sans la participation concrète des femmes, ce pour quoi il faut avant tout justement valoriser l’éducation et la connaissance en tant qu’outils stratégiques de promotion du progrès social et économique des femmes. En effet, le bas statut social et économique des femmes procède de leur faible nombre dans l’éducation, dans la production et dans la dissémination du savoir, et de même la faible présence des femmes dans la production du savoir n’encourage pas l’égalité entre les sexes. Non seulement l’accès au savoir des femmes doit-il être valorisé, mais l’AFARD va plus loin en pointant le fait que les femmes africaines doivent également se battre contre le type d’éducation qu’elles obtiennent : les valeurs véhiculées par l’éducation formelle qu’elles reçoivent doivent également être analysées sous la perspective du genre car elles perpétuent la diffusion de stéréotypes contre les femmes, justifiant des valeurs patriarcales.
A cette fin-là, l’AFARD a initié le Programme de Leadership pour les Jeunes dont l’objectif est de former les jeunes femmes africaines dans les domaines relatifs au genre et au développement. Les femmes doivent comprendre les rapports étroits entre les budgets nationaux et le paiement du service de la dette, de manière à avoir les moyens de remettre en cause les priorités budgétaires définies au niveau national et de proposer des solutions alternatives tenant compte des inégalités entre les sexes. C’est ce à quoi l’AFARD se consacre, préconisant l’adoption d’un budget national intégrant la variable genre, ce qu’ont déjà fait la Zambie et l’Afrique du Sud.

Tenir compte des réalités africaines

Si l’AFARD milite pour l’intégration du genre dans la recherche et le développement, elle en développe néanmoins une analyse critique : la compréhension adéquate du genre nécessite une prise en compte des réalités socio-historiques propres à l’Afrique.
En effet, la distinction espace privé/espace public sur laquelle se fonde l’utilisation du concept de genre est une distinction typiquement européenne : les femmes africaines ont toujours été très présentes dans l’espace dit " public ", et c’est pourquoi ce concept de genre doit être utilisé de façon critique. D’après l’AFARD, la domination du Nord sur l’Afrique a donné lieu à l’importation de politiques européennes qui ont provoqué un changement fondamental et involontaire du tissu social tendant à marginaliser les femmes africaines. Leur effacement des secteurs " modernes " doit être analysé comme le résultat de politiques récentes qui ont affecté les institutions sociales africaines : le système d’éducation de type européen, doublé d’un accès inégal à ce type d’éducation - qui est pourtant l’instrument de qualification officielle d’accès aux postes dans ces secteurs - constitue un exemple des multiples facteurs d’exclusion et de marginalisation des femmes. Les registres officiels et la statistique constituent un autre exemple de cette ignorance des réalités africaines : leurs critères ont été décidés et calqués sur les réalités européennes où les femmes sont supposées évoluer dans un espace défini comme privé. Ainsi des femmes de milieu rural africain, ou un certain type de commerçantes des villes, sont officiellement déclarées ménagères, rien ne reflétant leur participation active et indispensable à la production de produits, à leur commercialisation locale et d’exportation.
C’est pourquoi l’AFARD appelle tout particulièrement à une réflexion critique sur le concept de genre, qui permettrait de rendre compte des réalités de la situation sociale des femmes et des hommes en Afrique, où ce concept est rendu d’autant plus complexe que deux systèmes sociaux radicalement différents se sont trouvés superposés.
Néanmoins, à l’heure où les PAS et le service de la dette ruinent les économies et le tissu social africains, il est de plus en plus nécessaire d’intégrer le genre dans la recherche sur le développement dans une perspective critique afin de tenir compte des réalités sociales de l’Afrique. L’économie de ce type d’analyse conduit le " développement " à une impasse.

AFARD- Sicap Sacré-Coeur 1, villa 8798, Bp 15 367 Dakar-Fann - Dakar, Sénégal - aaword@telecomplus.sn

P.-S.

Virgine Coustet

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