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De l’équité dans les relations économiques internationales

jeudi 1er février 2001, par Nicolas Bégat

Par Caroline Perrin

Ethique, équitable, solidaire, autant de mots qui traduisent la même recherche d’un sens perdu dans la routine de la consommation. Le consommateur, perdu parmi les terminologies presque professionnelles de ces nouvelles tendances, cherche à devenir le conso-acteur dont on vante la responsabilité et dont on glorifie les actes citoyens. Alors comment y voir clair ?

En un mot, et de manière générale, deux tendances ont décidé de travailler à la ré-humanisation des relations économiques internationales : le commerce éthique et le commerce équitable.
La première, représentée en France par le " Collectif de l’Ethique sur l’Etiquette ", œuvre au niveau des entreprises, grands groupes et multinationales pour faire respecter les droits sociaux fondamentaux des travailleurs trop souvent bafoués sous la pression du moindre prix. Depuis 1995, le Collectif de l’Ethique sur l’Etiquette travaille ainsi, avec 9 autres collectifs européens membres de la Clean Clothes Campaign, à la constitution d’un label social, basé sur les conventions de l’Organisation Internationale du Travail, qui garantirait aux consommateurs que les produits labellisés ont été fabriqués par des entreprises respectant les droits sociaux fondamentaux (interdiction d’exploiter des enfants, interdiction du travail forcé, respect de la liberté syndicale, non discrimination, respect de conditions de travail et de rémunération décentes). En attendant la reconnaissance institutionnelle de ce label et pour ne rater sous aucun prétexte cette nouvelle vague de l’éthique, de nombreux groupes (Auchan, Casino, Cora, Système U, et prochainement Intermarché et Leclerc) ont d’ores et déjà adopté des codes de conduite et autres chartes sociales et environnementales. Alors coup de cœur ou coup de pub ? L’intention est responsable et l’engagement certainement louable mais l’examen de ces codes révèlent souvent des critères à minima et l’absence de véritable contrôle indépendant. L’adoption généralisée du label devrait clarifier et sécuriser la démarche, et garantir le véritable engagement des entreprises dans le respect des droits sociaux fondamentaux des travailleurs. Très prochainement et déjà chez quelques enseignes, le consommateur pourra par ses achats citoyens choisir des produits certifiés " éthiques " et ainsi contribuer à la mondialisation du progrès social. A contre courant du " laisser aller-laisser faire " propre à la mondialisation, la consommation peut redevenir un choix de société militante, un mode d’agir, un moyen de pression, où le consommateur retrouve sa dignité en même temps qu’il la rend au travailleur.

Concilier commerce et développement

La seconde force d’action qui lutte pour un commerce au service de l’homme, travaille à la conciliation du commerce et du développement. Apparu au milieu des années 1960 à la suite de revendications exprimées par les pays du Sud, le commerce équitable entend améliorer les conditions de vie des producteurs défavorisés, en créant des débouchés pour commercialiser leurs produits agricoles (café, thé, cacao, bananes...) ou artisanaux auprès des consommateurs du Nord. Selon un rapport de l’Association européenne du commerce équitable (EFTA), les points de vente au détail sont aujourd’hui plus de 3000. On compte environ 15 fédérations nationales dans 13 pays, regroupant 2 500 associations locales animées par près de 50 000 personnes. Le commerce équitable a déjà permis à plus de 800 000 familles productrices, soit quelque 5 millions de personnes, d’améliorer leur niveau de vie au quotidien et on estime qu’il progresse de 10 % à 25 % par an selon les pays européens concernés. Ce commerce, à vocation de développement, se base sur les principes d’un engagement réciproque entre les acteurs à partir de critères, pas toujours homogènes entre les différentes structures : paiement comptant d’un prix équitable garanti supérieur aux cours mondiaux et incluant une prime pour l’investissement, avance en trésorerie pour éviter l’endettement, développement de relations durables... contre une organisation en groupe avec une base participative et démocratique, le respect de normes sociales et environnementales, la garantie d’une constance de qualité dans les produits et l’engagement de l’amélioration des conditions de vie et de travail. De même que pour le commerce éthique, des systèmes de labels se sont mis en place pour garantir la traçabilité et le caractère équitable des produits (Max Havelaar pour les produits alimentaires, Step pour les tapis, Alter Eco...). Mais la prolifération de ces labels amène à s’interroger sur la pertinence de chacun. La réponse se trouve peut-être dans l’inscription du commerce équitable dans le processus de la normalisation, comme l’initie aujourd’hui le commerce éthique pour parer aux mêmes dérapages. Cette " norme " serait à la fois sociale, environnementale, de qualité et de développement. Tout un programme certes, mais à la clé et l’assurance d’un commerce plus juste, plus équitable.

P.-S.

Virgine Coustet

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