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Des tee-shirts à forte plus-value sociale

jeudi 1er février 2001, par Nicolas Bégat

Par Joelle Palmieri

A Porto Alegre, dans l’Etat du Rio Grande del Sul du Brésil, autogestion et économie solidaire vertèbrent le développement économique. Ainsi, Univens, une des nombreuses coopératives autogérées de la région, répond à la fois à des critères d’équilibre économique comme à ceux de plus-value sociale.

18 femmes et 5 hommes travaillent chez Univens, coopérative d’un quartier populaire du Nord de Porto Alegre. L’entreprise repose sur deux activités principales : le textile et l’alimentation, domaines traditionnellement féminins. Principalement axée sur la confection de tee-shirts, depuis le dessin du patron, l’achat du tissu, la couture, jusqu’à la sérigraphie des motifs, la coopérative a donné récemment une nouvelle orientation à son développement : la fabrication de pain, de biscuits mais aussi de ce que ses créatrices qualifient de " multimixture ", poudre issue d’un mélange de céréales, d’œufs, à fort apport protéinique. Cette nouvelle activité, aujourd’hui rentable, leur a été inspirée par le besoin en complément nutritionnel indispensable aux enfants de leur environnement. La production est dorénavant vendue aux écoles, hôpitaux et à la municipalité de Porto Alegre.
Comme bien d’autres coopératives autogérées et contrairement à la plupart des coopératives brésiliennes classiques (dont le statut légal, hérité de la dictature, reproduit la division du travail et ne favorise pas l’appropriation des moyens de production par les travailleurs), Univens pratique la démocratie participative et s’inscrit dans la longue tradition du budget participatif de Porto Alegre. Ainsi Univens est née du choix d’une trentaine de femmes, conscientes des conséquences du taux de chômage élevé - une femme sur deux était sans emploi et travaillait chez elle -, qui ont mis chacune 3 réals en caisse pour financer les premiers moyens de production. Puis, la jeune coopérative a été aidée lors de la rituelle réunion hebdomadaire qui discute, dans chaque quartier, de l’attribution du budget municipal. Ainsi la Ville a financé toute l’infrastructure. Par ailleurs, tous les 23 du mois, une assemblée générale réunit tou-tes les salarié-es/sociétaires pour discuter des affaires de gestion courante, comme des orientations stratégiques. Un bureau est élu par l’ensemble des salarié-es qui touchent tou-tes le même salaire, soit 500 réals par mois, ce qui représente environ deux fois plus que le salaire moyen brésilien (300 réals) et plus de trois fois plus que le salaire minimum (150 réals).
Même si leur capacité de production est aujourd’hui faible - 1000 tee-shirts par semaine avec une capacité maximum de 2000 - la coopérative qui bénéficie d’un marché captif - la mairie, les syndicats, les ONG... - réussit à atteindre son point d’équilibre et ne souhaite pas rivaliser avec les productions intensives des multinationales du textile ou de l’alimentation. A la question " quels sont les principaux obstacles ou freins rencontrés ? ", la réponse est presque aucun ! Chez Univens, qui fait partie de l’Incubateur de l’Economie populaire solidaire de la zone Nord de Porto Alegre, financé par la Ville, l’éthique et l’appropriation de l’outil de travail par les salarié-es sont au centre des préoccupations. Ainsi, la coopérative est inscrite dans le projet " Etiquette populaire " initié par la mairie, comme 25 autres coopératives de femmes. Ce projet a permis la construction d’une boutique, où les produits sont vendus directement aux consommateurs. Ce sont les employées des coopératives elles-mêmes qui viennent à tour de rôle s’occuper du magasin. Cela permet à la fois aux " ouvrières " de sortir de leur entreprise et ainsi échanger avec d’autres femmes investies dans des projets similaires mais aussi de rencontrer les " clients " et ainsi avoir un écho de la qualité de leur propre production.
Lors du premier Forum Social Mondial, tout le monde exhibait un tee-shirt blanc ou gris à l’effigie de l’événement. Très peu de participants savaient qu’ils avaient été fabriqués chez Univens qui avait alors doublé sa capacité de production et fait appel à d’autres femmes du quartier. Au sourire des sociétaires d’Univens et à l’accueil qu’elles nous ont réservées, on comprend vite que la justesse de l’alliance entre autogestion et soutien des collectivités territoriales est le secret d’une entreprise d’économie solidaire réussie.

P.-S.

Virgine Coustet

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