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Une évolution de la place des femmes dans les médias

samedi 1er décembre 2001, par Nicolas Bégat

Entretien de Martine Paulet avec Margaret Gallagher


Du manque de représentativité et de l’invisibilité des femmes dans les médias à l’existence et à l’occupation de l’espace, le chemin est long et douloureux, mais réel néanmoins.


Selon Margaret Gallagher, sociologue des médias de la communication depuis plus de 20 ans, la situation des femmes dans les médias est encore très inégalitaire par rapport à celle de leurs confrères masculins. Il n’est besoin que de regarder les taux d’emploi féminin dans les médias à travers le monde ainsi que le type des postes qu’elles occupent. Si la moyenne des femmes à des postes de responsabilité dans les médias européens est passée d’environ 5% dans les années 1980 à presque 15% aujourd’hui-quelle victoire..., force est de constater que les journalistes vedettes et aux postes clé restent des hommes le plus souvent issus de l’élite de chaque pays. Les femmes, certes un peu plus visibles aujourd’hui à la télévision, continuent à jouer un rôle marketing et d’atout de vente des médias commerciaux, notamment par leur apparence physique. L’accès aux journalistes et la liberté d’expression leur sont quasiment condamnés. Alors parler de choix de sujets mettant en perspective l’analyse du genre et les points de vue féminins demeure très utopique.

Quelques progrès

Lorsque Margaret a commencé ses recherches dans les années 1970, il n’y avait qu’une littérature universitaire sur le sujet et la critique systématique n’existait pas. Maintenant, son dernier livre Gender Setting : New Agendas for Media Monitoring and Advocacy qui permet de faire le lien entre l’analyse et les pratiques, montre que la question occupe désormais le champ de l’action. Et d’ailleurs les médias alternatifs de femmes se sont multipliés, qu’il s’agisse de bulletins et de newsletters (MediaWatch au Canada http://www.mediawatch.ca), de radios (Fire au Costa Rica http://www.fire.or.cr) ou de sites internet, ils permettent tous d’influencer à un moment donné les « grands médias », même si leur audience est au départ assez restreinte. Ainsi les conférences de l’ONU Beijing et Beijing+5 ont pour origine le travail des associations de femmes qui ont d’abord relayé les informations et les problèmes à un niveau local.

Les freins à l’évolution des femmes dans les médias

Si les femmes sont bien de plus en plus nombreuses à agir sur les médias, comment se fait-il que leur position ne soit pas aujourd’hui plus forte ? En effet seulement 18% des nouveaux sujets dans les médias en 2000 parlent des femmes, parmi lesquels la majorité concerne la santé, les affaires sociales, l’art et les loisirs, et très peu touchent à la politique et à l’économie.
Quelques éléments de réponse peuvent expliquer ces disparités.
Le premier montre que les décisionnaires dans les médias sont principalement des hommes, et des hommes âgés, qui ont effectué toute leur carrière en suivant le sacro-saint principe de vision du monde masculine et donc unique.
Les financements des projets de femmes, d’études et d’informations sont distribués au compte goutte et irrégulièrement. Les institutions ne placent pas toujours la question du genre comme prioritaire. Les groupes de femmes peuvent donc difficilement poursuivre leurs recherches, mettre à jour les statistiques et rendre visibles leurs actions à l’échelle internationale.
Ensuite la communication entre la recherche pure et la pratique des associations sur le terrain est irrégulière et ne permet pas d’engendrer des dynamiques de collaboration et d’apprentissage plus fortes.
Enfin, le contexte mondial d’économie marchande avec son modèle de fusions-harmonisations globales des médias rend la situation beaucoup plus complexe pour sensibiliser les populations à la question du genre, de la diversité et des inégalités.

Des alternatives possibles de changement

Les organisations de femmes ont de plus en plus des sites internet riches en informations diverses et originales même s’ils ne sont pas toujours structurés.
L’importance des médias est telle qu’il s’agit de poursuivre le travail de ces organisations sur tous les niveaux : sur les concepts, à l’international, sur la diffusion des pratiques et des idées, sur les proposition de nouvelles façons de vivre, etc.
Ainsi créer des espaces alternatifs de plus en plus nombreux comme les revues de femmes, les radios et les sites internet permet d’augmenter la circulation d’autres formes d’information et ainsi d’accroître les possibilités de sensibilisation et d’action par les autorités publiques. Les technologies de l’information et de la communication ouvrent à elles seules des perspectives incomparables d’échange global. « C’est terriblement important pour l’avenir » relève Margaret.
Les organisations de femmes peuvent aussi bien souvent jouer le rôle d’intermédiaire entre les universitaires et les médias, de façon à simplifier et à promouvoir le travail de recherche et à les illustrer par leurs pratiques quotidiennes. Certaines de ces associations pourraient même être à l’initiative de travaux de recherche assez scientifiques sur des sujets d’actualité pour les femmes et à la mode dans les médias, susceptibles par la même d’y être retenus.
Et surtout répéter, répéter et répéter les problématiques féministes en renouvelant le discours et les arguments en fonction de l’actualité et de la mode. « C’est un peu déprimant », avoue Margaret, « mais en même temps les choses finissent par évoluer ».

Source complémentaire : Margaret Gallagher, Gender Setting : New Agendas for Media Monitoring and Advocacy, Zed Books et WACC, 2001

P.-S.

Marie-Victoire Louis

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