Accueil du site > Ressources > Un monde de différences

Un monde de différences

dimanche 1er avril 2001, par Nicolas Bégat

par Dominique Foufelle

La pauvreté et les violences ont une incidence directe sur la santé des femmes : c’est ce que démontre on ne peut plus clairement le rapport de Population Action International (PAI), « Un monde de différences : la santé et les risques dans la vie sexuelle et reproductive ».



L’enquête de PAI, réalisée en collaboration avec diverses organisations occidentales, portait sur 42 pays industrialisés et 91 pays en voie de développement. Dans ces derniers, pas loin d’une femme sur deux accouche sans assistance médicale, une femme sur 65 meurt de causes liées à la santé reproductive, et elles sont 150 millions à déclarer souhaiter prévenir ou différer une prochaine grossesse... si seulement elles pouvaient avoir accès aux contraceptifs ! Aux deux bouts de l’échelle des différences : l’Italie et l’Ethiopie. Dans un cas, la quasi totalité des femmes reçoit une assistance médicale lors de son accouchement, et 1 sur 6 000 meurt en couches. Dans l’autre, 10% des femmes sont assistées, et 1 sur 7 meurt des complications liées à la grossesse.

Jeunes Américaines victimes du puritanisme

C’est en Afrique sub-saharienne que la santé des femmes est la plus menacée. Mais les performances économiques de leur pays ne leur garantissent pas une précaution satisfaisante. Les Etats-Unis, s’ils se classent certes dans la catégorie des pays à plus bas risques, n’arrivent qu’à la 15e place, juste après la République tchèque et peu avant la Lituanie. Raison de ce rang médiocre : le taux de grossesses précoces, le plus élevé de tous les pays industrialisés. Le rapport PAI accuse la carence d’informations sur la santé reproductive à destination des adolescentes.
En d’autres termes : d’information sexuelle. L’ignorance dans laquelle elles sont maintenues ruine la vie de ces gamines, souvent contraintes d’abandonner l’école. La politique sociale que mettent en place Bush et son administration, qui fait la part belle à la droite religieuse, ne leur promet pas des jours meilleurs ! Quant à la répression qui s’abat sur le droit à l’avortement, elle peut laisser craindre un accroissement des avortements clandestins, avec les risques sanitaires que cela comporte.

MST et stérilité

En annexe des données chiffrées et de leur synthèse, le rapport comporte des études thématiques, traitant des différents risques encourus par les femmes, de leurs causes et des mesures à prendre pour y remédier. Grossesses précoces ou non désirées, pathologies et complications liées à la grossesse ou aux avortements pratiqués dans des conditions insalubres, mortalité maternelle, contamination par des MST, arrivent en tête des maux découlant directement du manque d’information et de soins, souvent doublé d’interdits et de la négation du droit à disposer de son corps.
Mais si la majorité des femmes du monde estiment qu’elles ont trop d’enfants, certaines ne peuvent plus en concevoir. Le rapport estime le nombre de couples confrontés à cette difficulté en Afrique sub-saharienne à 1 sur 3. Plus de 50% des cas d’infertilité dans le monde sont dus à des avortements pratiqués dans des conditions insalubres, des complications lors de l’accouchement ou des MST. Toutes causes facilement évitables, pour peu qu’on le souhaite. Il suffirait, rappelle le rapport, d’informer sur l’existence des MST et les protections contre elles, de traiter les personnes déjà atteintes d’infections avec des antibiotiques, de procurer aux femmes qui souhaitent avorter des conditions décentes pour le faire. Et aussi, de mettre un terme aux mutilations génitales, qui génèrent de multiples maux, dont la stérilité.
Il est évident que le coût des traitements contre l’infertilité les rend inaccessibles aux populations des pays pauvres. Etre confronté à la misère ne supprime pourtant pas le désir d’enfant. Et dans certaines sociétés, être « stérile » suffit à vous faire exclure, d’autant plus qu’en l’absence d’examens médicaux, la « faute » retombe immanquablement sur l’épouse.

Les violences directement mises en cause

Dans son chapitre sur les violences faites aux femmes, le rapport énumère les maux qu’elles provoquent : outre les grossesses non désirées et les complications qui en découlent, les MST (dont le HIV) transmises lors de viols conjugaux ou non, il cite des problèmes psychologiques et/ou sexuels persistants, la toxicomanie, la dépression, le suicide. Les enfants des victimes souffrent plus souvent d’athrepsie (maigreur extrême du nourrisson), de malnutrition et de troubles comportementaux, et leur taux de mortalité est plus élevé. Selon la Banque Mondiale, les violences causeraient plus de dégâts sur les femmes de 15 à 44 ans que le sida, la tuberculose, les maladies cardiaques et le cancer réunis ! Là encore, on préconise une mobilisation des services sociaux, des lois contre les violences faites aux femmes et aux enfants, et plus généralement, de mesures favorisant l’accès des femmes à l’indépendance économique et aux responsabilités politiques.

Des engagements non respectés

Pour conclure, le PAI rappelle la communauté internationale au respect de ses engagements. En 1994, des représentants de 179 Etats s’étaient réunis au Caire lors de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (ICPD), et avaient fixé un Programme d’action prévoyant une dépense annuelle de 17 milliards de dollars en faveur de la santé sexuelle et reproductive dès 2000, la somme devant monter à 21,7 milliards dès 2015. Six ans plus tard, les Etats-Unis acquittent moins de la moitié de leur part !
Il serait temps de réagir, souligne les rapporteurs, quelque 3 milliards de jeunes (à peu près la moitié de la population mondiale), étant entrés ou s’apprêtant à entrer dans leur vie sexuelle active.

Pour consulter l’intégralité du rapport (en langue anglaise) :
www.populationaction.org/worldofdifference

Pour en demander une copie :
pubinq@popact.org

P.-S.

Marie-Victoire Louis

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0