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Etude Printemps : des clefs pour la renaissance

mercredi 1er août 2001, par Nicolas Bégat

Le Mouvement du Nid a initié une étude intitulée « Printemps : sortir de la prostitution pour une insertion durable ». Didier Landau en a réalisé la synthèse, éditée en novembre 2000. Voici, en résumé, les conclusions de cette enquête et des propositions qu’elle a inspirées à ses auteur-es.

L’étude se proposait d’aider à mieux définir les freins et les leviers à la réinsertion des personnes prostituées. Elle partait d’un constat : parmi les personnes souhaitant sortir de la prostitution, beaucoup rechutent. Pourquoi ? Aucune étude nationale n’avait encore posé la question. Il s’agissait de trouver des éléments de réponse autant dans les dispositifs existants et leurs éventuelles carences, que dans des constantes repérées dans les histoires individuelles.
Le parti pris fut celui d’entretiens auprès de personnes ayant quitté la prostitution depuis trois ans au moins, réalisés par des militant-es du Mouvement du Nid. La synthèse n’en dissimule pas les limites : un échantillon quasi expérimental, ne comprenant que des ex-prostitué-es passé-es par le réseau, avec notamment une sous-représentation des hommes par rapport aux chiffres nationaux (13 % contre 30 à 40 % dans les grandes villes) ; un guide d’entretien élaboré en commun lors de la formation des militant-es à la menée d’entretien, qui a l’avantage de s’appuyer sur une connaissance du problème, mais a curieusement évité d’aborder la vie affective et sexuelle des interviewé-es (lesquel-les ne l’ont d’ailleurs pas spontanément mis sur le tapis) ; un éventuel effet "miroir’, les personnes interviewées connaissant parfois leur interlocuteur-trice et pouvant avoir cherché à gagner sa reconnaissance en fournissant les réponses qu’elles sentaient attendues.
Nonobstant, l’étude cerne des problèmes récurrents, et propose des pistes que les pouvoirs publics seraient bien inspirés d’au moins explorer. Elle a concerné 65 femmes, 9 hommes et 1 transsexuel, avec une moyenne d’âge de 46 ans, plusieurs générations étant représentées. Au moment de l’enquête, 43 personnes étaient réinsérés professionnellement, et 29% en situation d’insertion sociale (percevaient des aides).

Inégalités
Les différences dans les motivations qui ont présidé à la décision de quitter la prostitution, l’âge de cette décision, la rapidité du passage à l’acte, les éventuelles rechutes, et surtout la réussite de la réinsertion, mettent en évidence des inégalités, qui ne diffèrent en rien de celles observées dans la population française, et sans doute mondiale, en général : c’est plus difficile pour les femmes que pour les hommes, et pire encore pour les personnes d’origine étrangère ou immigrée.
Les hommes, selon les données recueillies, entrent plus jeunes dans la prostitution, avec comme principaux facteurs déclarés, « viol et dégoût de soi » et « besoin de faire des rencontres ». Ils la quittent aussi plus tôt (27 ans contre 37 ans), ce qui fait qu’ils y restent moins longtemps (7 ans contre 12 ans). Telle qu’ils la décrivent, cette rupture génère moins de souffrance. Cet état d’esprit, ainsi que les compétences professionnelles qu’ils ont pu obtenir, supérieures à celles des femmes, l’emprise moins importante des proxénètes et un goût assumé pour l’argent, leur permettent de réussir plus aisément leur réinsertion.
Les femmes ont davantage besoin de restaurer leur image d’elles-mêmes. Alors que les hommes évoquaient fréquemment un « ras-le-bol », il leur a plus souvent fallu un déclic pour sortir de la prostitution : une rencontre amoureuse ou leurs enfants (l’amour pour un proxénète ou le besoin d’argent pour leur famille figurant d’ailleurs parmi les causes de leur entrée). Moins qualifiées, elles rencontrent plus de difficultés pour s’insérer professionnellement, n’ayant pour la plupart connu que des « petits boulots » précaires avant la prostitution.
Chez les étrangers et les personnes issues de l’immigration, il y a peu d’hommes. La toxico-dépendance et les violences sexuelles dans l’enfance sont encore plus fréquentes, et si les ruptures familiales le sont moins, elles ont plus souvent provoqué l’entrée dans la prostitution. Pour ces personnes peu qualifiées, faiblement réinsérées, les associations ont joué un rôle primordial.

La prostitution change
De nouvelles tendances ont été notées chez les moins de 40 ans, dont les auteur-es de l’étude pensent qu’elles se confirmeront : une augmentation sensible du nombre d’hommes et de personnes étrangères ou issues de l’immigration ; un âge d’entrée dans la prostitution plus précoce ; une durée plus courte ; une augmentation des violences sexuelles dans l’enfance et des ruptures familiales. Le proxénétisme est toujours aussi présent, et la toxico-dépendance à peine plus forte.

Pistes pour améliorer la réinsertion
Cette étude a confirmé que la réinsertion est un travail de longue haleine, qui nécessite absolument un accompagnement personnalisé. Si l’obtention d’un travail contribue à la réussite, elle n’y suffit pas. Il convient de maintenir un lien tant que les personnes à soutenir ne prennent pas elles-mêmes l’initiative de le rompre.
De nombreuses personnes gardent leur souffrance, qui a bien souvent précédé, voire provoqué l’entrée dans la prostitution. Un travail sur soi, qui fera ressortir les véritables causes de la prostitution s’avère nécessaire pour éviter les rechutes, et les conduites d’échec à répétition. Selon les cas, travailleurs sociaux ou militants associatifs ne sont pas assez qualifiés pour le guider. Il conviendrait d’ajouter à leur écoute bienveillante celle de professionnel-les.
Les problèmes étant multiples lors de la réinsertion, il est nécessaire de développer le travail en réseau, et le partenariat entre les associations et les services spécialisés. Cette amélioration passe par la sensibilisation et la formation des travailleurs sociaux aux problèmes spécifiques de la prostitution.
Il ne faut pas sous-estimer les problèmes matériels, d’autant plus difficiles à résoudre que les personnes ont oublié ou n’ont jamais connu les règles en vigueur hors le monde prostitutionnel. Il faut donc informer sur les droits, soutenir l’accès au logement, assurer un soutien financier si nécessaire, aider à apprendre à gérer un budget.
Un soutien est aussi nécessaire pour reprendre ou prendre des habitudes de vie « normale », et tisser de nouvelles relations. Les travailleurs sociaux doivent guider la personne en réinsertion vers des lieux et/ou des personnes pouvant assurer le relais. La solitude est en effet un des pires ennemis de la réinsertion.
Enfin, l’étude insiste sur la nécessité d’un travail de prévention auprès des personnes en situation de vulnérabilité. Des facteurs de risque prostitutionnel avaient déjà été identifiés par des études précédentes : violences sexuelles, ruptures familiales, errance familiale ou institutionnelle. Reste à en tenir compte et à identifier ces personnes. Des lieux et des structures accueillent ces « publics » à risque ; ce serait un premier pas d’y mener des actions d’information.

P.-S.

Dominique Foufelle

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