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Femmes en réseau pour l’action

mercredi 1er décembre 1999, par Nicolas Bégat


par Michèle Dessenne
En juin 2000, à New York, les Nations Unies passeront en revue les accords pris lors de la 4e conférence internationale sur les femmes, à Pékin, en 1995. Les Etats remettront leurs rapports officiels fin novembre, puis les ONG établiront leurs rapports alternatifs. De retour de Séoul, où elle a travaillé avec 34 femmes sur la section "Femmes et média", Joëlle Palmieri, présidente des Pénélopes, nous a confié ses impressions, ses espoirs.

Propos de Joëlle Palmieri, recueillis par Michèle Dessenne

Pourquoi, pendant les 6 jours passés à Séoul, 35 femmes ont-elles travaillé ensemble sur la section Femmes et média ?

La plateforme de Beijing identifie douze thèmes incontournables pour l’avancement et la prise en compte des droits des femmes (voir encadré), dont la question des femmes et des médias. Précisons d’emblée que nous intervenons dans le forum des ONG, c’est-à-dire que nous participons à l’élaboration des rapports alternatifs qui seront remis aux Nations Unies. Nous nous réunirons à New York durant les 2 jours qui précéderont la conférence officielle. Il s’agit pour notre section, comme pour les onze autres, de faire le point sur les engagements pris par les pays et les progrès réalisés ou pas. Il faut également, et c’est certainement le plus intéressant, essayer d’identifier quels sont les obstacles à l’obtention de progrès et comment faire pour les dépasser.
La rencontre à Séoul réunissait donc des femmes responsables d’ONG toutes spécialistes des médias, provenant des grandes régions du monde, l’Asie, le Pacifique, l’Afrique, l’Europe, qui englobe l’Amérique du Nord, l’Amérique latine avec les Caraïbes. Nos champs de réflexion et d’intervention sont multiples : dresser un état des lieux de l’image des femmes dans les médias, de leur statut en qualité d’utilisatrices et de professionnelles, accorder une attention particulière aux nouvelles technologies de communication comme internet, mais aussi définir une stratégie de mise en réseau des femmes sur tous les autres points traités à New York. Donc, à la fois, une action externe et une mission interne.

Concrètement, qu’est-il sorti de cette rencontre en Corée ?

Tout d’abord une stratégie web : concevoir et créer un site qui affiche les rapports gouvernementaux et les alternatifs pour chacune des douze sections (www.womenaction.org) en lien avec un site par grande région du monde. Les Pénélopes travaillent donc en parallèle avec d’autres sur l’ouverture du site européen (www.iiav.nl/european-womenac...). Deuxième axe de travail : le mail, la messagerie électronique qui permet à un plus grand nombre de personnes d’accéder aux informations. Il fallait donc penser et mettre en route des mailing-lists par section et surtout des forums de discussion pour échanger sur des propositions d’actions. En fait, c’est tout simplement la mise en réseau de pratiques, d’expériences, de savoir-faire entre des femmes des quatre coins de la terre. Evidemment, les ONG auront pour tâche de relayer, de rendre compte au fil des mois puis à New York de ces enquêtes, de ces statistiques, de ces initiatives. Et elles n’hésitent pas à aller sur le terrain, rencontrer des femmes qui ne disposent pas d’internet, pour recueillir leurs témoignages, leurs messages.

Comment travailler à 35 avec les différences culturelles et les barrières linguistiques que cela suppose ?

La plupart des femmes qui étaient à Séoul ont l’habitude de ce genre de réunion internationale. Elles ont des responsabilités dans des ONG et étaient à Pékin en 1995. J’étais là-bas la seule " béotienne " et certainement l’unique bénévole. Et je n’étais pas à Pékin non plus ! J’étais convaincue d’apprendre des choses nouvelles, sur le plan technologique comme en stratégie média. A mon grand étonnement, j’ai découvert que les Pénélopes, dans leur approche et leur organisation, avec un site de 500 pages, une information structurée, actualisée chaque mois, une émission hebdomadaire de télévision interactive sur Canalweb, deux pages mensuelles dans Politis, leur implication dans l’association Attac, un partenariat international lié notamment avec des femmes des pays " en voie de développement " et, en parallèle, la mise en œuvre d’initiations gratuites à internet à Montreuil, les Pénélopes, donc, étaient plutôt avant-gardistes ! Pourquoi sommes-nous par exemple les seules à faire une émission féministe sur une télé interactive ? Cela s’appuie sur une réelle stratégie d’apparaître dans tout type de média et en particulier dans ce qui est innovant et soi disant très technique et/ou très coûteux. Or, paradoxalement, les Pénélopes sont bénévoles et l’association ne perçoit que des subventions très symboliques qui se sont élevées, depuis notre création en 1996, à 72 000 F en tout et pour tout ! Moi, je dirai que notre atout majeur est notre ambition de gagner. La conviction que nous avons d’être capables d’occuper le terrain, de fédérer les énergies et les initiatives des femmes, en sortant du discours et du comportement de " subissantes ". Les femmes sont certes victimes de violences et d’injustices flagrantes. D’ailleurs, il nous est souvent fait le reproche de relayer des informations terribles : viol, mort, torture, emprisonnement, excision, maladie, pauvreté. Oui, car c’est la réalité de la majorité des femmes sur la planète. Mais elles sont aussi des résistantes, des combattantes. Celles qui assument les efforts, portent les espoirs et les solutions. C’est à cet aspect que nous nous attachons en priorité. Ici, en France, comme en Afrique où par exemple, sans les femmes, le développement économique et social ne peut se concevoir. C’est cette énergie-là que j’ai essayé de transmettre quand j’étais à Séoul. Notamment en disant que nous devions prendre conscience qu’en tant que genre féminin, nous disposons aussi d’armes : celles de nos ennemis à retourner contre eux. Internet en est une. J’avoue, par contre, avoir beaucoup appris sur les techniques pour aller chercher des fonds. Là dessus, les Américaines entre autres, sont fortes et nous mauvaises, visiblement. Pourtant, à Séoul, j’ai été très véhémente à l’encontre de celles qui voulaient faire sponsoriser WomenAction par Bill Gates. Pour plusieurs raisons connues de tous maintenant, mais aussi pour une autre, complémentaire et plus " genrée ". La stratégie de Bill Gates s’appuie fortement, pour le développement d’internet, sur les consommatrices. S’il accorde du fric, par le biais de ses fondations, pour établir des programmes en faveur des droits des femmes, c’est pour mieux implanter ses réseaux, ses logiciels. Les femmes sont pour lui une cible commerciale incontournable. Et là je dis non, car c’est étrangement Bill Gates qui a besoin de nous et pas le contraire. Je crois finalement avoir été entendue sur ce sujet. Aucune démarche de recherche de fonds ne sera faite en direction de Bill Gates, par notre section du moins.
Au fait, je crois que je n’ai pas répondu complètement à la question sur les cultures et la langue... pourtant cela a quelque chose à voir avec ce que je viens de dire. Ces 35 femmes, au-delà de leur pays d’origine, de leur langue maternelle, ont une forte culture en commun : elles sont des combattantes inépuisables au service des droits des femmes. Même si, d’un continent à l’autre, leur combat ne recouvre pas les mêmes pratiques ni exactement les même formes, c’est un lien profond. A propos de la langue, je peux raconter une anecdote. English speaking était indispensable à Séoul. Ce qui me faisait un peu souffrir ! Comment expliquer une notion comme la transversalité dans une langue que l’on ne maîtrise pas vraiment ? Il m’a fallu du temps pour réaliser que ce n’était pas uniquement la traduction du mot qui me manquait mais le concept en tant que tel qui faisait défaut ! Alors j’ai essayé d’expliquer, usant parfois du français. Au fil des jours, j’ai ainsi pu constater qu’une grande partie des femmes présentes comprenaient très bien le français ! Les Pénélopes vont donc continuer à défendre la francophonie, et notamment sur internet, ce qui n’est pas une mince affaire !

Finalement, comment les Pénélopes se sont-elles retrouvées à Séoul et bientôt à Genève, à New York ?

Stop là ! Doucement, rien n’est encore fait. Il faut savoir que nous avons pu nous rendre à Séoul grâce à l’intervention de ENDA-Synfev, une ONG avec qui nous avons travaillé pour la création du site internet Femafrique. Elles ont interpellé la coordinatrice européenne en notre faveur et c’est ainsi que notre déplacement à Séoul a été financé. Mais nous ne sommes pas encore accréditées pour New York. Il semblerait que les places sont chères et les sièges majoritairement occupés par les ONG et les associations déjà présentes à Pékin. De toutes façons, l’accréditation ne résout pas tout. Nous devrons financer voyage et hébergement. Mais nous ne désespérons pas de nous faire entendre par les pouvoirs publics français. Il faut savoir que ce sont les gouvernements et eux seuls, qui décident qui a le droit d’entrer à la conférence à New York.
D’ici là, nous avons du boulot. Inscrites sur les forums de discussion des douze points de la plateforme, les Pénélopes vont synthétiser et mettre en ligne sur leur site l’essentiel des travaux des ONG. Nous en rendrons compte également dans Politis chaque mois de l’année 2000. Si Beijing + 5 est notre priorité, nous n’abandonnons pas pour autant nos autres activités. Les nouvelles adhérentes sont donc évidemment toujours bienvenues !

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