Accueil du site > Pratique > Pétitions en ligne > En soutien à Roberta Ripaldi

En soutien à Roberta Ripaldi

vendredi 5 avril 2002, par Joëlle Palmieri

L’Italienne Roberta Ripaldi est incarcérée depuis le 16 juillet 2001 à la prison de Rebbiba à Rome. Cette féminniste a été arrêtée dans le cadre d’une enquête sur les incendies des rideaux de fer de deux locaux du parti DS (démocrates de gauche) qui ont eu lieu il y a deux ans, pendant la guerre du Kosovo, et depuis maintenue en détention sans preuve tangible sous l’inculpation d’association subversive. Pour lui permettre de sortir de prison et d’être mise en résidence surveillée, des comités de soutien se sont mis en place et vont lancer une campagne consistant en un envoi massif de tracts aux ambassades et aux consulats d’Italie, deux ou trois semaines avant la date de son procès. Le texte de soutien met en perspective l’emprisonnement de Roberta Ripaldi. Dans une lettre, Roberta et Félicia, une autre détenue témoignent sur leurs conditions de détention. Pour plus d’information : robertalibre@yahoo.fr

Le texte de soutien

Aujourd’hui en France les lois répressives pleuvent à tour de bras ; en Europe occidentale, elles s’harmonisent pour le pire. Mais si elles fleurissent si facilement c’est qu’elles s’inscrivent dans ce qui est déjà :

- réprimer pour mieux opprimer,

- opprimer pour mieux soumettre,

- soumettre pour mieux exploiter, mécanique bien huilée de l’ordre mondial hétéropatriarcal capitaliste raciste.

Et lorsqu’une femme finit aujourd’hui en prison pour son combat contre l’ordre des choses elle nous rappelle toutes les autres :

- Celles qui sont enfermées dans les usines délocalisées, à travailler sans répit et sans droit pour produire pour les occidentaux leurs biens de consommation au plus bas prix.

- Celles qui sont violées un soir, un matin, un midi pour être sorties seules et celles qui sont battues, violées, tuées par leur conjoint, leur père, leurs frères…

- Celles qui sont emmurées chez " elles ".

- Celles qui sont exclues, emprisonnées ou assassinées quand les Etats ou les hommes les punissent d’être lesbiennes, de mettre en péril l’ordre hétérosocial.

- Celles qui sont incarcérées pour vol, punies d’avoir enfreint les lois du marché.

- Celles qui sont internées en HP parce qu’une femme dépressive, violente ou ne remplissant pas son rôle est décrétée sans discernement anormale et dangereuse.

- Celles qui sont jetées dans des camps de rétention, torturées, violées, expulsées pour avoir immigré illégalement dans un pays riche d’avoir pillé les autres.

- Celles qui sont condamnées pour s’être prostituées, victimes de l’hypocrisie d’un système masculin qui profite puis punit.

- Celles qui sont enterrées sous les bombes, coupables de vivre sur des terres au centre des enjeux économiques.

- Celles qui purgent des peines sans fin pour avoir osé affronter une société et lui retourner sa violence.

- Celles….

Nous savons comment ce système écrase, attaque, comment il sanctionne, il réprime par le biais des prisons, des HP, des vigiles, des flics, des armées, des écoles, des médias, des institutions religieuses, de l’industrie culturelle…. Nous savons comment les milices du patriarcat,-les hommes-, se chargent de réprimer les femmes et les lesbiennes et de faire respecter leur ordre.
Pour chacune d’entre nous touchée par ces sanctions, c’est ensemble que nous réagirons.

Nous sommes et nous serons toutes subversives.

robertalibre@yahoo.fr

Texte de Roberta Ripaldi et de Felicia, une codétenue


La prison est une structure organisée de manière inefficace et contradictoire de tous les points de vue, on pourrait la comparer à une volière ou au zoo qui agrandit et embellit devient comme par magie un parc naturel de merde, qui en tout cas est toujours construit avec des enclos, comme l’est la prison : ça tend à donner l’illusion que l’on ne se trouve pas dans une cage mais dans un large espace qui offre certains services (gymnase, jardin, chaine-hifi, magnétoscope et télévision, quelques ordinateurs...), il faut se considérer chanceuses parce qu’au lieu de vivre dans un zoo, tu vis dans une réserve naturelle.

Etant des animaux pensants, nous pouvons " choisir " d’utiliser le temps à l’intérieur de la façon la plus optimale possible, c’est à dire de s’en servir pour enrichir ses connaissances personnelles pour ne pas se laisser aller à compter les secondes, les minutes, les heures, les jours, les mois, les années : en perdant comme ça des jours de ta vie que personne ne te rendra jamais plus, en regardant des stupides programmes télévisés (la drogue d’Etat), en jouant aux cartes (la drogue de la prison) ou encore, une chose plus simple qui est la plus fréquente, en prenant la " fameuse " thérapie sous forme de pilules, de sachets, et de gouttes pour dormir, pour t’éteindre le cerveau pour te faire sentir heureuse, pour manger, pour ne pas manger, pour ne pas souffrir, pour chier.

L’important ici semble être de ne pas penser... de laisser glisser la vie et le temps jusqu’au moment de sortir (pour qui sortira) ...ensuite on verra !

La prison n’offre pas de réels encouragements pour qui en a besoin, pas de personnel compétent, ou plutôt motivé, pour les activités de divertissement ou d’éducation, parce que tu es dans une cage et de toute façon considérée comme un animal ou plutôt un végétal et pour cela personne ou presque ne s’intéresse à toi, rien ne se fait par passion, tout se fait pour l’argent !

Une chose est sûre en tout cas ! Quand tu sortiras tu n’auras rien fait pour toi même, tu ne te seras pas construit un seul rêve de liberté et ce qui te restera de cette expérience sera uniquement une note sur ton casier judiciaire. C’est comme si le temps s’était arrêté mais ce n’est pas le cas, et tu te retrouveras dans la réalité dans une société différente mais toi tu es toujours la même, à la limite un peu plus âgée sur l’état civil et certainement avec un peu plus de problèmes à affronter.

C’est pour cela qu’aujourd’hui comme jamais, nous sommes toujours plus convaincues que la prison n’est utile à rien ni à personne, sinon pour remplir les sales poches de ceux qui la gèrent et des merdes qui choisissent d’y travailler.

C’est un système qui doit être combattu, comme toute société qui le prévoit, parce qu’il est clair que 1 an ou 16 ou 30 ne font pas de différence et ne changent rien à la personnalité d’une femme ou d’un homme, et si ça sert " seulement " à punir, ben alors bravo !

Avec l’espoir que toutes les prisons du monde explosent.

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0