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Présumées consentantes

vendredi 1er février 2002, par Nicolas Bégat

Les flics violeurs d’Albi ont été relâchés dans la nature. Ils avaient été condamnés le 24 janvier, à trois ans de prison ferme pour trois d’entre eux, 18 mois avec sursis pour le quatrième. Ils ont fait appel, et voilà les compteurs remis à zéro ; nos condamnés redevenus prévenus bénéficient de la présomption d’innocence. C’est la loi - sauf qu’elle n’est pas appliquée de la même façon pour tout le monde.
Les braves garçons ne contestent pas les faits. Affirmatif, ils se sont bien envoyé Laetitia, 19 ans, venue leur demander protection contre les violences de son ex-concubin. Mais pourquoi le leur reprocher ? Elle était consentante. Le pire, c’est qu’il se peut qu’elle ne leur ait guère opposé de résistance. Une jeune fille violée à l’âge de 14 ans, soumise à des violences, vivant selon le président de la cour d’appel de "prostitution occasionnelle", possédait-elle encore la force de résister aux assauts des représentants de l’ordre et de la loi ?
Si par " consentant-e", on entend écrasé-e par la peur, la honte et le dégoût, alors, monsieur Badinter a bien raison de demander davantage (encore) de clémence pour les clients des prostitué-es mineur-es ! Que les pères emprisonnés pour inceste se soulèvent et réclament justice ! Car, enfin, leurs enfants ne sont-ils pas restés muets tandis qu’ils les sodomisaient ? Et qui ne dit mot consent, c’est bien connu. Les cris, les pleurs, les regards affolés, ne sauraient être pris pour des refus. Le faible a tort de l’être. Circulez !
Et que fait Laetitia tandis que ses agresseurs fêtent leur libération ? Allez savoir, elle a disparu. Le pied de grue sur un trottoir, gagneuse d’un quelconque minable qui lui file des taloches avec son consentement ? A moins qu’elle n’ait enfin consenti à accepter un emploi précaire pour un salaire misérable ? Ou peut-être attend-elle, consentante, la mort au bout d’une seringue, au hasard d’une rixe, dans un fossé gelé. Eh ! oui, monsieur Badinter, il n’y a pas que la guillotine qui tue ! Messieurs les juges qui avaient libéré les flics violeurs, consentiriez-vous à une vie de consentement ?

P.-S.

Dominique Foufelle

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