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Compassion sur commande

lundi 1er octobre 2001, par Nicolas Bégat


Chères concitoyennes, chers concitoyens,
Vous savourez sans doute avec moi la chance d’avoir à la tête de notre pays un président bien informé. Il vient en effet de découvrir que les femmes afghanes subissaient un sort cruel, auquel il serait de notre devoir de s’intéresser. Bravo ! Cette clairvoyance, il la partage avec de nombreux personnages politiques qui ont versé avec un bel ensemble une larme de compassion et juré de remédier à cette flagrante injustice. N’est-ce point merveilleux ? Les Afghanes ont mis tous les politiques d’accord. Sans rien vouloir ôter au mérite de nos dirigeants, il faut avouer que nul ne peut plus ignorer les méfaits des talibans. Quelle abondance de reportages, de témoignages, de débats ! Les médias assouvissent la soif de savoir du public avec une générosité remarquable. On peut juste regretter que tout cela ne se fût pas su plus tôt. Car enfin, ne me dites pas que les Etats-Unis auraient poussé au pouvoir les talibans si de tels projets leur avaient été exposés ! Si ? Pendant que vous y êtes, ajoutez donc que la communauté internationale a fermé les yeux sur ces flagrants manquements aux droits fondamentaux de la personne ! C’est vrai qu’on entend de drôles de choses...Je me suis laissé dire que des associations les dénonçaient depuis plusieurs années déjà...Mais c’est un peu de leur faute si on ne les a pas entendues : pas de moyens, pas d’entregent, pas d’intérêts financiers à faire valoir dans des négociations. Il paraît que des Afghanes risquent leur peau pour faire sortir des informations de la forteresse qu’est devenu leur pays. Il n’y a là rien de stupéfiant : c’est tout ce qui leur reste. Malgré tout, ce sujet de conversation ne va pas tarder à s’épuiser. Gouverner, c’est prévoir ; il faudrait songer à en trouver un autre. Il serait bon, je pense, que médias et politiques, pour ne pas lasser leur auditoire, prennent d’ores et déjà contact avec d’autres opprimées. Le choix des méchants à vilipender risque de leur poser un problème. Car on ne peut pas se permettre de mécontenter des Etats avec lesquels on entretient des relations commerciales juteuses. Les femmes ne pensent pas à ces choses-là ! Elles sont idéalistes. Et têtues, avec ça ! D’un autre côté, c’est pratique, cette manie de rester fidèle à des engagements. Prenez Marie-George Buffet. On l’appelle à la tête d’un parti moribond, elle y va ! Peut-être qu’elle se dit qu’on aurait pu y penser plus tôt ? Elle fait avec. Voilà une femme qui a devancé la mode des Afghanes, tiens ! A l’époque, on n’y a pas prêté grande attention. Qui sait si elle ne va pas le secouer, notre bon vieux PC ?

P.-S.

Dominique Foufelle

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