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Quand libéralisme rime avec loftstorysme

mardi 1er mai 2001, par Nicolas Bégat


Pouvait-on vraiment y échapper ? A quoi ? A l’objet ou au sujet ? Aux deux, sûrement. Car, l’affaire ne repose pas tant sur le contenu du real-feuilleton que sur le battage que les médias ont réussi à en faire... de l’auto-promo ? pire. De la contamination. Aussi pire qu’un virus, ce montage a réussi à atteindre tout le monde, même ceux qui ne regardent pas la série sur la petite chaîne qui monte... y compris les regards critiques dont nous pourrions au minima être, compte-tenu de la couche de fond imprégnée de sexisme, d’homophobie et de racisme... mais pour cet isme-là, il y a eu des associations pour le dénoncer. Il y a même une télévision citoyenne qui a voulu faire de M6 son MacDo, axant principalement son action sur l’emprisonnement et l’embrigadement des participants au sitcom. Mais est-ce vraiment le sujet ? Si on revient au point de départ, il s’agit bien là d’une opération réussie de communication, génératrice de profits. M6 n’a jamais fait autant d’audience, ce qui signifie des parts de marché et donc des annonceurs, et donc des sources de revenus juteux. Et puis comme un malheur n’arrive jamais seul, il va s’agir maintenant pour les chaînes concurrentes de rivaliser pour récupérer leur part du gâteau et pour les copieurs hors frontière de recycler le tuyau. Cela nous promet des beaux jours ! Mais surtout, cela nous conforte dans l’idée que la Communication, avec un grand C, est au cœur du processus libéral. Avec les nouvelles technologies, GSM, WAP, UMTS, et j’en passe, les Vivendi et autres commerçants vont pouvoir continuer à nous délivrer par tous les bouts leur conception de la démocratie : propre, lisse, riche et gardée. Invisibilité des mouvements sociaux assurée, information appauvrie et réduite à sa stricte utilité : gérer des consommateurs. Les femmes boivent de cette eau depuis un bail, puisqu’elles sont totalement ou presque absentes des colonnes ou des ondes des médias de presse généraliste. Leur sont réservés la presse féminine, qui, depuis fort longtemps, les proclame unilatéralement consommatrices de mode, de cosmétique, d’astrologie, de recettes culinaires... et l’espace public, où elles sont réduites à l’état d’objet de consommation. Alors, à quand une alternative féministe à ce libéralisme triomphant ?
Joelle Palmieri

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