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Déprime

mercredi 1er novembre 2000, par Nicolas Bégat

Tribunes, interventions, représentations, porte-paroles, leaders,... autant de mots qui semblent ne se conjuguer qu’au masculin. Que les tables de conseil d’administration des grandes multinationales ou le Conseil de sécurité de l’ONU, ne soient bordés que de costumes-cravattes, rien de bien étonnant. Plutôt rassurant même. Je me trouve ainsi confortée par l’idée que le libéralisme s’inspire largement du système patriarcal qui nous mène par le bout du nez depuis des millénaires en nous imposant et inculquant verticalité, hiérarchie, domination. Mais, quand je suis à Millau, Prague, St-Brieuc, bientôt Nice, Dakar ou Porto Alegre, je me dis que l’absence des femmes à la dictée est suspecte. Nos camarades militants auraient-ils oublié les leçons des années 70 ? Certes, les médias ont fait leur sale boulot mais trente ans ont-ils suffi pour éradiquer tout doute dans ces têtes généreuses et sincères ? Se sont-ils laissé aller à la tourmente de la domination masculine ? Sûrement. Pourtant, les chiffres de la précarité et de la pauvreté les atteignent, mais emprunts d’une couche opaque de glue qui les empêche de voir leur dimension sexuée évidente. Alors, pourquoi tant d’indifférence ? Pourquoi cette erreur flagrante de jugement ?
La fulgurante arrogance de la mondialisation financière m’inspire quelques délires. Avec la mise en avant du profit maximum et immédiat, la production a perdu le sens noble qu’elle pouvait avoir jusqu’au baby-boom. La re-production, apanage du genre féminin, ne serait-elle pas en train de perdre du terrain ? d’être attaquée par les libéraux ? Ne sont-ils pas en train de financiariser le vivant ? La cartographie du génome humain éveille quelques inquiétudes. Les gènes stérilisateurs mâles utilisés par les multinationales agricoles terrorisent les militants paysans... Mais cette force - la reproduction - ne stigmatise-t-elle pas toutes les violences, les craintes ou les inhibitions ? Y compris chez les militants ?
J’en suis à craindre, avec une certaine dose de désespoir, que les organisations qui se battent contre le libéralisme, en ne déconstruisant pas le système dominant, en reproduisant les mêmes fonctionnements, ne soient largement dépassées par les événements, rattrapées à chaque avancée, voire pourvoyeuses d’idées pour le FMI, la Banque Mondiale, l’OMC... en témoigne la criminalisation extrêmement organisée contre les militant-es.
Malgré mon état dépressif temporaire, je veux rester confiante et suis convaincue que ces quelques questionnements atteindront des âmes sensibles...

P.-S.

Joelle Palmieri

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