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Nous ne sommes rien, soyons toutes !

jeudi 1er juin 2000, par Nicolas Bégat


Comme l’affichait Attac le 17 juin à la Marche mondiale des femmes à Paris, la " mondialisation est à 100% contre les femmes ". Réunies à New York du 5 au 9 juin à l’ONU, les 10 000 femmes qui participaient à la rencontre Pékin+5 l’ont proclamé à l’occasion de tous les ateliers portant sur la pauvreté bien entendu mais aussi la santé, les conflits armés, la violence domestique... Dénonçant les inégalités dont elles sont l’objet, elles ont aussi marqué une entrée forte dans le politique en affirmant qu’il fallait changer radicalement la donne économique : celle du capitalisme et de son frère jumeau, le patriarcat. Leurs ambitions portent désormais sur la transformation de l’ensemble des questions politiques, sociales et environnementales.
Pourtant, ces militantes des droits des femmes ne sortent pas heureuses du résultat des négociations qui portaient sur l’évaluation de la plate-forme signée à Pékin par 186 pays. En effet, à peine la moitié des amendements de " l’outcome document " ont finalement été intégrés. Pour le reste, il faudra se contenter du document initial.
Alors, finalement faut-il continuer à participer à ces négociations ? Produire des documents, proposer des amendements, mobiliser des forces durant des mois pour en arriver là, est-ce réellement utile ou n’est-ce pas simplement une façon d’épuiser et de faire entrer dans le rang du langage onusien, donc de la pensée onusienne, des milliers de femmes qui s’arqueboutent chaque jour contre les violences et les injustices ?
Quel espoir peut-on nourrir de la part des Etats dont on sait à l’avance qu’ils bafouent les droits des femmes, les enferment dans des carcans économiques, idéologiques et culturels ? Quels intérêts communs peut-on défendre ?
Sans doute les femmes avaient-elles tout intérêt à se rendre sur le terrain de la négociation afin de faire entendre leurs droits et leurs actions. Sans doute leur visibilité a-t-elle été accrue par ce processus. Encore faut-il ne pas oublier que cette reconnaissance est le fruit d’un véritable rapport de forces. Le risque que nous encourons aujourd’hui est d’affaiblir nos ressources humaines en vaines négociations et ainsi de nous couper de celles qui souffrent réellement sur le terrain quotidien des injustices et des barbaries patriarcales. La perte de vitesse des politiques eu égard à la mondialisation financière et à la spéculation, à la main mise des multinationales sur le devenir du monde amoindrit de fait la distance précédemment érigée entre gouvernants et gouvernés. Le fait d’impliquer les ONG pour œuvrer aux cotés des Etats à l’amélioration du sort des femmes sur la planète ne peut-il pas être interprété comme une terrible résignation des politiques qui cherchent de nouvelles réponses à la pauvreté et à l’effondrement de leurs économies nationales, régionales et locales ?
Si les femmes en lutte et leurs ONG acceptent de jouer ce rôle, elles doivent tout du moins être conscientes des enjeux. Ainsi donc pourraient-elles en tirer parti. Donner la main aux politiques signifie en même temps reprendre de la marge de manœuvre en tant que citoyennes. Redonner du sens au politique, remettre à sa place l’économique : un outil, une activité au service des femmes et des hommes qui produisent des richesses et sont en marche pour répartir ces richesses équitablement. Que les Etats désignent les responsables de la mondialisation financière c’est bien. Qu’ils cessent de se compromettre en favorisant la spéculation et la délocalisation et qu’ils entrent en lutte aux côtés des citoyens pour élaborer d’autres façons de produire, de distribuer c’est mieux. C’est même indispensable pour que l’humanité se dessine un autre monde. L’entrée des femmes en politique est un formidable espoir pour la paix et la pérennité de la planète. Investissons le politique pour qu’il ne nous dicte plus sa loi, afin que nous élaborions nos lois, plus justes, plus humaines, plus égalitaires.
Solidaires des femmes du monde entier " Pensons global, agissons local ". C’est certainement une voie pour être toutes !

Michèle Dessenne

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