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Dénonçons le crime organisé

mardi 1er août 2000, par Nicolas Bégat


Si on vous disait qu’il faut remettre en cause le système guerrier et militaire, que la guerre et ses auteurs constituent le premier fief patriarcal à combattre. Si on ajoutait que la guerre appartient aux hommes qui ont toujours, au fil de leurs conquêtes, laissé derrière eux des bordels avant de faire le lit du tourisme sexuel (Vietnam, Corée, Amérique Latine...), que les femmes ont toujours été définies et représentées comme des victimes, non-actrices de leur destin. Disponibles en quelque sorte, bonnes à tout-faire, bonnes à baiser, bonnes à se taire. Si on vous en resservait une louche en affirmant que les milliers de soldats appartiennant à une force armée soutenue par la communauté internationale sont fabriqués sur le mode identitaire du héros, pour qui l’ennemi c’est l’" autre ", et dont la règle de conduite repose sur la haine ? Si on osait, sinon conclure, dumoins proclamer avec véhémence, que toute violence faite aux femmes, et en particulier aux petites filles, est systématiquement le fait d’hommes et que cela procède d’une démarche fasciste ?
Je crains fort que nous soyons traitées, une fois de plus, de furieuses qui exagèrent, ou encore que l’on nous reproche de dénoncer ce que tout le monde a déjà dit, en d’autre temps. Certains, voire certaines, ne se priveraient pas d’ajouter que des situations spécifiques jusfifient l’intervention militaire pour rétablir la démocratie et le droit des populations à vivre dans la paix. Qu’une bonne force armée contrôlée permet même de protéger les plus démunis.
Ceux-là, et celles-là, seront alors peut-être en mesure de m’apporter quelques raisons d’accepter sans colère et sans révolte l’événement que le journal Le Monde, nous délivrait début août. L’article relate pourquoi Frank Ronghi, membre d’un régiment de parachutistes, appartenant à la force de maintien de la paix au Kosovo (KFOR), a été condamné à la prison à vie pour le meurtre d’une jeune Albanaise. Agé de 36 ans, ce vétéran de la guerre du Golfe a, le 13 janvier 2000, violé puis tué une petite fille âgée de onze ans, qui avait été placée sous sa protection, avant de dissimuler son corps dans des sacs de farine distribués par l’ONU ; des sacs qu’il a consciencieusement enfouis dans la neige.
Comment ne pas relier cet acte d’apparente folie subite avec les pratiques des Serbes et en particulier à Srebrenica ? Ou encore avec celles des dictateurs chiliens ou argentins ? Comment ne pas lire cet assassinat comme un signe puissant d’une " folie " organisée et légitimée par l’état de guerre qui s’appuie sur la terreur, libère et suscite les pulsions les plus sanglantes, les plus enfouies ?
Lors du procès de cet ex valeureux membre de la force de maintien de la paix au Kosovo, devenue bête humaine, les parents de la petite fille assassinée ont exprimé leur désespoir de ne pas pouvoir offrir une tombe à leur enfant. Une enfant dont le corps a été réduit à de la chair débitée et dont la vision hante leurs jours et leurs nuits.
Alors nos voix, même si les mots ne portent pas aussi loin et aussi forts que nous le voudrions, continueront de s’élever pour dire ce que chacun sait mais que le monde continue d’accepter : le fait que la guerre oppose systématiquement, dans un combat dont l’issue est toujours la même, des hommes armés à des femmes aux mains nues. Le fait que la guerre engendre une violence institutionnelle démesurée qui dépasse toute notion de camp, où s’exprime dans sa dimension la plus féroce la haine de l’autre, la haine des femmes. Sur le champ de bataille comme au lit des bordels.

P.-S.

Joelle Palmieri

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