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Sexisme de Maternelle

vendredi 1er octobre 1999, par Nicolas Bégat


Il y a peu de temps, l’individu de sexe masculin qui partage mon existence m’a lancé d’un ton ferme : "Tu ne peux pas être le chef, tu es une fille !". Précision : il va avoir 4 ans. Ça vous rassure ? Pas moi. Où est-il allé chercher ça ? me suis-je demandé. Et d’accuser l’école. "Vous allez voir ! m’avait prévenu la maîtresse, qui semblait juger la chose fatale. Plus les mois passent, et plus garçons et filles se séparent !" Oui, j’ai vu ! Ou plutôt, j’ai entendu. On en apprend de belles, dans la cour de la Maternelle ! Les filles seraient affligées de multiples incapacités, dont la plus rédhibitoire : elles ne peuvent endosser le rôle de Batman. En guise de compensation, la couleur rose leur est réservée. Les débats orageux qui suivent de semblables affirmations m’ont permis de repérer une autre coupable à ce sexisme précoce : la langue française. Avec son masculin qui tient lieu de neutre. Après avoir entendu parler de "musiciens" en général, pourquoi mon rejeton ne se sentirait-il pas en droit d’affirmer que c’est "un monsieur qui joue du saxophone dans le poste" ? Et "le" docteur, donc ! Encore un "monsieur", évidemment, comme il l’affirme à sa copine Leïla, 7 ans. "C’est pas parce qu’on est des filles qu’on peut pas être docteur ! réplique celle-ci. Moi, mon docteur, c’est une femme." Le macho miniature réfléchit, puis il rétorque, je cite : "Moi aussi, le mien de docteur, c’est une femme !". Qui a dit que la féminisation des noms de métiers était une lubie d’obsédé-e-s ? Et je ne suis pas au bout de mes peines ! D’ici peu, il va apprendre que "le masculin l’emporte sur le féminin".

P.-S.

Dominique Foufelle

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