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Ecrire une histoire sexuée

dimanche 1er novembre 1998, par Nicolas Bégat

Les Pénélopes en ligne, ouais pas mal. Mais pour quoi faire ? Par delà les frontières, mettre en réseau celles qui résistent, qui luttent, qui pensent, qui créent, qui innovent, qui rêvent. Mettre en commun des énergies et des initiatives pour démultiplier les forces individuelles, sortir du sentiment de minorité dans lequel chacune peut être parfois enfermée.
Hum, d’accord. Mais encore ? D’une génération à l’autre que sommes-nous capables de transmettre ? D’une origine sociale à l’autre, comment construire des relations transversales, d’une compétence de l’une vers la compétence de l’autre, comment articuler nos complémentarités en ne les inscrivant pas d’emblée dans une attitude figée fondée sur le modèle dominant ?
OK, OK. Tout cela n’est finalement pas très nouveau. Le féminisme des 30 dernières années a déjà beaucoup produit en la matière. Mais dites-moi, que sont devenues notre histoire et nos histoires ? Qui les connaît, qui les raconte, qui les chante ou les murmure ? Qui pourrait bien les entendre, pour mieux les raconter encore, demain, après-demain ?
Alors les Pénélopes en veulent encore plus. Résolument mixte, même si les hommes y sont minoritaires, notre association (créée en 1996) prône effrontément la révolte des hommes, l’expression d’une colère déferlante qui les emporterait au-delà de leur inaptitude à être.
Qu’on ne nous accuse pas d’être de douces rêveuses. Nous n’oublions pas que les systèmes auxquels la majorité des hommes se réfère engendrent une domination brutale : la violence des marchés, les crimes de l’intégrisme, la barbarie des guerres, le viol, l’inceste.
Cependant, parce que les femmes ne se résignent jamais nous voulons que des hommes, las d’être complices ou victimes, s’insurgent contre les violences qui leur sont faites, au quotidien, et dans le temps. Messieurs, l’heure est venue pour vous de tisser, avec nous, les premiers fils d’une histoire métissée, colorée et vivante. Une histoire sexuée et universelle.

PS : cet édito devait porter sur La domination masculine de Bourdieu, édité en 1998. Cet appel propret au refus de la fatalité pourrait-il constituer un timide premier pas ?

P.-S.

Michèle Dessenne

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