Accueil du site > Dossiers > Sous dossiers > Mères en colère

Mères en colère

dimanche 1er septembre 2002, par Dominique Foufelle

La complaisance de l’administration Bush envers le lobby des armes, comme sa férocité à l’égard des usagers de drogues, menacent la sécurité de la jeunesse américaine, notamment parmi les plus pauvres. Des mères se mobilisent pour la réforme de lois qu’elles jugent iniques et dangereuses.

Le mot "mère", en France, évoque rarement l’engagement politique ! Encore moins l’engagement féministe, tant est ancrée l’image de militantes forcément célibataires, majoritairement lesbiennes, bref pas "féminines", et donc pas mères (image fausse, faut-il le préciser ?). On a certes un peu entendu parler des Mères de la Place de mai - mais trop souvent sous leur appellation de "folles". Et peu de gens connaissent l’existence de ces milliers de mères de famille qui, partout dans le monde, œuvrent pour le développement, la sauvegarde de l’environnement, les droits civiques et sociaux… Ces femmes sur qui repose la survie des leurs, qui se battent pour faire face à leurs responsabilités, et finalement remettent en cause l’ordre patriarcal.
Des Américaines se sont organisées en se définissant, se présentant d’emblée comme des mères. Au départ, il s’agissait de lutter pour la sécurité de leurs enfants. Mais à partir du symptôme, tout individu-e pensant-e cherche, puis identifie le mal. Et c’est alors que les luttes se politisent.

Moms contre le lobby des armes


Fondé en 1999, le mouvement Million Mom March a pu rassembler le jour de la Fête des mères 2000 quelque 750.000 personnes à Washington, et des dizaines de milliers dans tout l’Etat fédéral. Pour réclamer, non un équipement ménager plus performant, mais des mesures efficaces pour stopper les ravages d’une législation sur les armes dangereusement permissive. Il a fusionné en 2001 avec le Brady Center to prevent gun violences (Centre de prévention de la violence par les armes).
Le second amendement de la Constitution octroie aux citoyens le droit de posséder des armes, dans l’éventualité de leur participation à une milice d’Etat. Pour le lobby des armes National Rifle Association, cela ne fait aucun doute : toute personne a donc le droit de détenir des armes à feu chez soi. L’Etat ne le suivait pas franchement dans cette interprétation, bien que ne touchant à l’amendement. Jusqu’à l’arrivée à la justice de John Ashcroft. Il a publiquement approuvé la NRA, devenant du même coup la cible privilégiée des attaques des Moms et de leurs alliés, qui l’accusent de faire passer un penchant personnel avant la sécurité des citoyen-nes, en particulier celle des enfants et des adolescent-es.
Sur son site (www.millionmommarch.org), l’association publie à l’appui de ses protestations et préconisations des articles relatant des drames imputables à une législation clémente pour les cow-boys. Pas les tueries complaisamment médiatisées. Des faits divers, des morts passées inaperçues, dues à des accès de violence, à des accidents, à l’imprudence criminelle d’adultes qui laissent leur artillerie à portée de plus jeunes, en toute impunité.

Impliquées dans la guerre de la drogue


Si l’Etat est permissif avec le lobby des armes, il se montre de plus en plus féroce avec les usagers de drogues illicites. Parmi de nombreuses associations, MAMA (Mothers Against Misuse and Abuse - www.mamas.org) s’est lancée dans la "drug war", la guerre de la drogue. Il s’agit d’obtenir la réforme d’une politique exclusivement répressive, qui met dans le même sac les usagers non violents et les trafiquants (les "petits", les "gros" restant comme partout ailleurs peu inquiétés).
La politique de "tolérance zéro" conduit en prison des personnes, majoritairement jeunes, dangereuses uniquement pour elles-mêmes, qui y perdent toute chance de se ressaisir. Les interventions de policiers dans les écoles, dans le cadre du programme D.A.R.E., proposent une vision simpliste du problème. Pour MAMA, les enfants ont besoin d’une information honnête, également sur les drogues licites que sont l’alcool et le tabac, de propositions réalistes, et surtout d’alternatives au désœuvrement qui les précipite dans l’usage de drogues.
La répression policière s’abat plus particulièrement sur les Afro-américains. Représentant 12% de la population totale, et 13% des usagers de drogues, ils n’en constituent pas moins un tiers des personnes arrêtées dans ce cadre. Ce qui, au passage, les élimine des chiffres du chômage, et a fait perdre à 1,4 millions d’entre eux leur droit de vote. A New-York, 94% des 21.000 personnes incarcérées pour des délits liés à la drogue sont noires. La Rockfeller Drug Law, en vigueur depuis 1973 dans l’Etat, prévoit dans certains cas des peines aussi lourdes que celles infligées aux meurtriers.
A l’approche des élections, des New Yorkais-es favorables à son abrogation talonnent le gouverneur Pataki, qui lorgnent vers les voix des minorités. Parmi eux, les Mothers of the Disappeared (les Mères de disparus, en hommage aux Argentines). En fait, le groupe a été fondé par deux hommes, l’ex-toxicomane Randy Credico et l’ex-détenu Anthony Papa, qui ont recruté des militantes aux arrêts des bus menant aux prisons. L’idée leur est venue, avouent-ils, parce qu’ils connaissaient le pouvoir médiatique d’une mère affligée, nettement supérieur à celui d’un jeune noir. Une exploitation pour la bonne cause, en somme. Là sont sans doute les limites du "label mères" : susciter la compassion mieux que la révolte. Heureusement, quand elles prennent leurs luttes en main, les femmes les franchissent allègrement.

P.-S.

Dominique Foufelle - août 2002

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0